Billets d'humeur

mar, 2016-09-20 16:06 -- ALIX

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Des billets de... bonne humeur, d'avenir, humeur poétique, zoologique, réflexive, verte, joyeuse, vagabonde, légère, grave, philo, contemplative, chagrin, gilets jaunes...
 
 
> février 2019 : billet d'humeur de Philippe Gutton, Président de OLD’UP: « L’homme qui marche I et II » (1947) est exposé au Musée Maillol. Nombreuses interprétations et ouvrages commentent. Giacometti y dévoile, dirai-je l’activité des processus de vieillissement de l’homme déchainé qui marche, ne marche pas, adhère à son socle. « Il est trop penché en avant » dit le sculpteur lui-même. Il est même tendu vers l’avant sous le poids de sa vulnérabilité et d’un long parcours d’artiste. Va-t-il tomber ? Il ne pointe pas le bras comme « La femme qui marche » (1932-1946). Il est solitaire. L’homme, « c’est lui, c’est vous, c’est moi », est dans une réalité revalorisée (après sa période surréaliste cubiste) mais dans « un inconnu » qu’il qualifie de « merveilleux encore jamais vu » ; peut-on rendre visible cette intimité invisible de chaque humain ? Dans la sculpture, l’homme est puissant et frêle, ce lien des paradoxes dont je parle volontiers ; on le retrouve au piano entre main gauche incertaine et main droite qui court sur les notes (je l’ai entendu récemment chez Gabriel Fauré ou Maurice Ravel). André Breton écrit (1934) à propos de son ami de façon sensiblement optimiste : « C’est la lutte d’Alberto Giacometti entre l’ange de l’invisible qui lui a donné rendez-vous dans les pommiers en fleurs ».
 

> février 2019 : billet d'humeur pédagogiqude Claude Caillart. Le secret de l’art d’exprimer, selon le Professeur Jean GUTTON, consiste à dire la même chose trois fois : on dit qu’on va la dire, on la dit, et on dit qu’on l’a dite... C’est tellement simple que ça en devient difficile, et on attend d’avoir quelque chose à dire. On peut aussi parler pour ne rien dire. Je vais donner, en exemple, l’expression d’une théorie sur la « sémantique optionnelle », selon un ami proche :    - Distinguons, me dit-il, le sens et le dit.    - Il y a un sens du dit et un dit du sens.    - De même, le sens du dit est plus facile à percevoir que le sens du non-dit.    - Mais si le sens vient à la fois du dit et du non-dit, le non-sens va dans la même direction, puisqu’une direction comporte nécessairement deux sens opposés : le bon et le mauvais ...     Impossible d’interrompre la démonstration, dont le bon sens évident semblait prendre une mauvaise tournure. J’arrêtais d’écouter, laissant mon esprit s’évader, et mon sourire se figer. Sous la pluie des vérités premières, le temps s’écoulait. L’orage menaçait d’éclater, et ma patience d’entrer dans le rouge. Mon ami continuait à débiter, mais il eut rapidement la bouche sèche. Il sentit aussi, à mon air fermé, qu’il devait arrêter. Tournant son regard vers son verre vide, et sans rien dire de plus, il me le tendit; je m’empressai de le remplir, mettant ainsi un terme à son discours. Le rouge étant mis, nous levâmes nos verres, à notre amitié encore debout.

 
> février 2019 : billet d'humeur de Paule Giron.  Vous voyez qui est Elisabeth QUIN ? La journaliste d’ARTE qui a des cheveux blancs, un air juvénile et un regard bleu qui m’évoque la remarque d’un ami : « Elle avait les Caraïbes dans le regard ».
 Elisabeth QUIN vient d’écrire un livre : « La nuit se lève », chez Grasset. Elle raconte son parcours du combattant depuis qu’à 51ans, une médecin lui a dit qu’elle avait un glaucome et qu’à terme elle perdrait la vue. Froidement. Comme çà. Constat médical sans fioritures, sans humanité non plus. C’est avec ce constat-là qu’Elisabeth va désormais avoir à faire. La traversée du combattant commence. Qu’est-ce qu’elle va faire avec « cela » ? Elisabeth, en racontant le parcours, nous offre la plus magistrale leçon de vie que l’on puisse écrire. L’immense fragilité, la peur, imparable, l’amour (m’aimera-t’il encore, aveugle ?), l’humour, (le glaucome, lui dit un ami, c’est emmerdant mais tu peux encore faire ton métier, tandis que si tu étais sourde…), la colère (Tobie Nathan évoque Tiresias condamné à être aveugle pour avoir trop su, trop vu, mais qui, en contrepartie devint devin. Commentaire d’Elisabeth : « La cécité, rançon de la lucidité ? » Va te faire voir chez les Grecs !...). Le questionnement sur le regard de l’autre : « Et si une autre femme lui plaît ? Je n’en saurai rien puisque je ne verrais rien ? ».
Toutes les questions, toutes les peurs, toutes les angoisses, tout l’humour et l’amour du monde se bousculent dans la tête et le cœur d’Elisabeth. C’est de l’humain à l’état pur qui traverse l’épreuve. A lire absolument.
                                                                                        
> février 2019 : billet d'humeur de Paule Giron : Vous êtes « bluzzie » ? Vous n’avez pas la pêche ? Vous vous demandez où va le monde ? Arrêtez de ressasser et plongez toutes affaires cessantes, dans le monde des trois compères qui nous ont déjà expliqué ce qu’était la sagesse et qui clament maintenant « A nous la liberté ! » Christophe André, Mathieu Ricard et Alexandre Jollien sont des anti-pesanteur. L’air, avec eux, redevient léger, respirable, enviable, à condition de bien vouloir plonger comme eux en eaux profondes et dégager ce qui nous leste, nous pèse, nous enfonce. Ils sont uniques pour mêler la plus grande rigolade aux choses les plus sérieuses, à nous rappeler qu’être libres, ça s’apprend, que mourir, ça s’apprend, que vivre, ça s’apprend, qu’aimer, ça s’apprend. Rien n’est donné, tout est à découvrir. Et que malheur à celui qui attend que la vie vienne d’ailleurs que de lui-même. Malheur aussi à celui qui aimerait devenir un saint. Dans l’inimitable langage d’Alexandre Jollien, la vie, jour après jour, heure après heure est un lent travail à être petit à petit « un peu moins con ».
Rien que ça ouvrir sur une grande espérance !
 
> février 2019 : billet d'humeur de Paule Giron à propos de «Réflexions sur la question antisémite» Delphine Horvilleur, éditions Grasset. 
C’était pendant la guerre j’avais 10 ou 11 ans. Un matin, dans le métro, je me suis retrouvée en face d’une petite fille de mon âge. Elle portait une étoile jaune. Qu’avait-elle fait de mal cette enfant qui aurait pu être ma copine pour porter sur le revers de sa veste ce signe d’infamie ?
J’ai lu Sartre et d’autres sur la question de l’antisémitisme et chaque fois, je suis restée sur ma question. Il y avait mille raisons à ce rejet millénaire, aucune n’apportait de réponse claire… jusqu’à aujourd’hui, où le petit livre de Delphine Horvilleur, femme et rabbin à la fois éclaire ma lanterne en donnant des réponses à ce problème récurrent.
«Réflexions sur la question antisémite» est un livre incontournable pour quiconque cherche une réponse intelligente à une question vieille de tant de siècles et jamais éclairée.
Fallait-il une femme, et rabbin de surcroît pour permettre de mettre des   mots intelligibles sur une fracture qui dure depuis 2000 ans et renaît de ses cendres quand on ne l’attend plus. A quels ressorts de l’âme humaine fait-elle appel ? C’est à cela que tente de répondre l’incontournable livre de Delphine Horvilleur. On savait le racisme bête et méchant mais on ne comprenait pas pourquoi.
Merci Madame Horvilleur.
                                                                               
> janvier 2019 : billet d'humeur de Marie-Claire Chain La crise des Gilets Jaunes nous interpelle ? (A partir de l'Atelier d’ Ecriture de OLD'UP animé par  B.  Aumont et M. Guyard).
Amie, l’autre soir tu m’as semblée pessimiste et découragée. J’ai écouté ce monologue répétitif comme si tu te parlais à toi-même. Je te ressentais bouleversée par la violence des évènements que nous vivions tous à des degrés divers. Oublié ton travail, ta culture, tes activités de loisir. Tu me disais être obsédée par ce que tu lisais, ce que tu voyais et que tu ne comprenais plus. Mon silence ne paraissait pas te troubler. A la question « es-tu là ? » je répondais : « mais oui  je t’entends et comprends ton désarroi ». Tu poursuivais sur ton incapacité à trouver les mots justes pour crier ton impuissance, écrire à un journal.
Tout ce qui avait fait le sel de ta vie passait au second plan. Tu n’y pensais même pas exprimant avec émotion que l’essentiel n’existait plus. Tu avais fermé ta télévision et jetais les journaux avant de les lire. Je n’avais aucun mot pour te consoler et en raccrochant j’ai pris ma plume : «Cette lettre voudrait te dire que tu es mon amie, que je t’aime et partage d’une certaine manière tes incertitudes, ta colère et la profondeur de ta peine même si elle me paraît excessive.
Ton corps douloureux, ta solitude, ton isolement sont à peine perceptibles. Tu sembles subitement avoir perdu ta vitalité, ton courage, ton sens de vie que j’apprécie tant. Est-ce momentané ? je ne le pense pas. Ces évènements font partie d’une crise que nous traversons tous et j’aimerai t’en  faire ressentir l’aspect positif. Ce qui se passe en France, comme dans d’autres pays d’Europe, nous conduit à notre âge à réfléchir autrement à chercher,à inventer des mots, des comportements pour avancer dans le présent sans céder à la « dépression ambiante » qui nous guette. En t’écoutant j’ai pris conscience qu’il faut ralentir nos rythmes de vie, prendre le temps de lire de revenir aux origines de nos engagements professionnels associatifs amicaux. Nous vivons depuis longtemps très proches les uns des autres éloignées peut-être de la réalité de ce que vivent certains et certaines autour de nous.
J’aimerais t’entraîner avec moi vers une autre façon de « regarder le ciel ». Aujourd’hui tu as le droit de pleurer, de ne pas voir l’horizon. Ces mouvements violents pour nous tous étaient t’ils prévisibles alors que personne n’a su les anticiper ? Je crois profondément qu’aller seule à contrecourant est « plombant» et inutile. Partager avec d’autres notre questionnement pourrait modifier notre point de vue.
En te souhaitant une belle nuit, je  vais  écouter en pensant à toi l’Andante du Concerto 21 de Mozart. Je t’embrasse avec mon amitié fidèle.
 
> janvier 2019 : billet d'humeur de Paule Giron, à propos de « Sérotonine » Michel Houellebecq Editions Flammarion
Le best, le meilleur, l’unique, celui dont on attend impatiemment le prochain livre et, lorsque l’enfant paraît, tire à 320.000 exemplaires toutes nationalités confondues. C’est qui ça ? C’est Houellebecq, l’écrivain de la fin d’un monde qui n’en finit pas d’expirer à longueur de livres.
22€ pour se payer le trajet. C’est pas cher. Et qu’avons-nous pour ce prix-là ? Du Houellebecq comme d’habitude. Toujours le même bonhomme penché avec sollicitude et compassion sur son «zizi errant». De livre en livre, ça ne s’arrange pas. On se demande même si ça n’empire pas. A la centième page, tout de même, quelques signes de fatigue, de plus envie, de «débandé» qui frise l’impuissance, on s’étonne un peu. Il en met du temps à en avoir marre de lui-même le bonhomme, c’est tout de même une sacrée santé que de se répéter livre après livre pour nous annoncer la fin d’un monde qui meurt. De temps à autre, il envisage son suicide. L’on se dit qu’à sa place, il y a beau temps que j’aurais sauté le pas. Mais non, il repart, des fois qu’il reste un petit quelque chose à achever dans ce monde qui n’en finit pas de finir.  En tous cas, ça vaut le détour : 320.000 péquins qui vont dévorer le livre du siècle en criant au génie.
Faites comme vous voudrez, pour modeste ma part je vous avoue n’avoir pas pu finir «le clou du siècle».
P.S. Au passage, j’ai tout de même appris que les femmes : « Toutes des salop es »….c’est ce qu’on appelle un « grand classique » !!!
 
> janvier 2019 : billet d'humeur de Claude Caillart : Comme une plume au vent
Dans un récent billet d'humeur, vous avez ouvert un vrai débat. Vieille huppe impliquée, je vous prête une plume, pour vous répondre.
Vous me dites huppée, et donc privilégiée ? Je n'ai qu'un privilège, monsieur : celui de l'âge. J'existe depuis la plus haute antiquité. J'ai guidé le roi Salomon vers la reine de Saba, dit-on.
Mon espèce, Upopa, était  ainsi nommée par les Romains, transcrivant mon cri : Oup Oup Ah. Vous pouvez prononcer Oupopa, ou Upopa, mais pas Eupopa, même si les Grecs m'identifiaient comme Epops. En m'entendant, les Francs avaient décidé, eux, que je pupulais.  Le verbe a survécu, mais j'ai l'impression que  personne ne fait plus attention au langage du temps passé.
Ma génération de vieilles huppes - dont certaines hippies repenties -,  a survécu aux modes du be-bop et du hula-hoop ; certaines ont raté le rap,  d'autres évitent naturellement le hip-hop ; toutes s'efforcent de rester dans le coup, Old'Up Up-to-date. Depuis la nuit des temps, la huppe symbolise l'âme, qui conduit les vivants au-delà de la vie, vers l'éternité. Je souhaite contribuer à transmettre cette tradition, quoi qu'il arrive.
Les grands chapeaux ont disparu, qui voilaient les chignons de nos grand-mères, quand elles sortaient en ville. Les plumes, comme les fruits, n'ornent plus que les couvre-chefs de la reine d'Angleterre. Personne, de nos jours, ne regrette ces plumes. A la recherche du temps, perdu et retrouvé,  Marcel Proust décrivait cependant l'occiput d'un de ses bons amis, huppé sans houppette, comme "une aigrette d'or aux cheveux déplumés."
Si je reviens vers vous, en ce début d'année, c'est pour émettre un vœu, vous demandant de le transmettre : la création sur notre site d'un groupe de parole virtuel, une sorte de forum des oiseaux, où les hérons cendrés, les roitelets  casqués, les hiboux veilleurs de nuit, et naturellement les huppes, viendraient échanger sans contrainte, dans cet espace  dédié, sous la houlette bienveillante d'une web-mistress. Les serins à jabot jaune seront peut-être à éviter. Merci de bien vouloir faire suivre ma réponse et mon vœu.
Une vieille huppe qui s'obstine à pupuler.

> janvier 2019 : billet d'humeur chagrin de Geneviève Mansion : «Parle plus fort, elle est sourdingue !»
Voilà comment mes charmants enfants bien élevés et délicats signalent aux « copains »que je suis handicapée !
Que dire, que faire ?
Intérieurement je crie au scandale, mais c’est un cri inaudible. Parfois je réagis par de mimiques de reproches : rien n’y fait. Dans bien des domaines, je pense avoir de l’humour et plutôt bon caractère. Mais là NON ! Ça ne passe pas.
Si je proteste verbalement j’ai droit à des « mais Maman, c’est une mise en boîte, c’est pas méchant ! ».Comprendre : tu es trop susceptible…C’est comme ça : les malvoyants sont touchants, les malentendants sont agaçants, et leur entourage gentiment maltraitant.
Et cela ne s’arrête pas là…nous, les sourds, nous faisons rire ! Je suis de la génération Tintin. Et comme tous les lecteurs de 7 à 77ans j’ai beaucoup ri  des défaillances auditives du délicieux Professeur Tryphon Tournesol. Hergé ne ménage pas ce doux et génial savant. Avec talent il sait utiliser les ressorts comiques des coqs à l’âne, contre sens et quiproquos en tout genre et ça marche !
Le pauvre Tryphon est toujours à côté de la plaque et semble descendre de la lune, l’objectif de toute sa vie. Ouvertement moqué par tout son entourage il ne s’en soucie guère et poursuit son bonhomme de chemin, son rêve et ses recherches : un modèle enviable de « zénitude ».Pour ma part, ayant passé la barrière des 77ans, j’ai aujourd’hui une autre approche du problème et ne suis plus du côté des rieurs puisque moi aussi je « tryphone » sérieusement !
Dans ma détresse de sourde incomprise un livre me console, me soigne et m’enchante. L’écrivain anglais David Lodge a écrit il y a une dizaine d’années « La vie en sourdine » un roman sans doute autobiographique. Il décrit avec finesse et justesse la vie quotidienne du malentendant appareillé.
La dépendance aux prothèses auditives et leur délicat maniement, le drame que peut être leur perte, le bruit dans les restaurants, la foule insupportable, le regard des autres, le sentiment d’isolement, tout y passe. Le lecteur malentendant sourit  (ou s’esclaffe) à chaque page tant il se reconnaît. Ce qui frappe surtout c’est la distance, l’humour et la légèreté du ton et de l’écriture : un régal !
Ce livre me plaît car il présente une valeur thérapeutique pour qui vit cet handicap et une haute portée pédagogique pour son entourage agacé et agaçant ! Un conseil : offrez-le !  Ps : Il est désormais en collection poche.
 
Les billets d'humeur de 2016, 2017 et 2018 sont archivés ci-dessous en documents pdf.

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