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LES CHRONIQUES ET BILLETS D'HUMEUR

Sont publiés ici les textes, chroniques et billets d’humeur que les membres de OLD’UP souhaitent partager. Humeur bonne, d’avenir, poétique, zoologique, réflexive, verte, joyeuse, vagabonde, légère, grave, philosophique, contemplative, chagrin, réjouie… tout est possible et tout est ouvert !

Si la plume vous démange, foncez et envoyez-nous vos textes : contact@oldup.fr

Nous retrouverons régulièrement les billets pleins de sagesse de Maître Kong, ainsi qu'une chroniqueuse très oldupienne : Martine Gruère. Vice-présidente de OLD’UP, elle tient une chronique régulière dans le journal Notre Temps - Le Vieux est une personne – dans laquelle elle livre son humeur, ses emballements et ses agacements avec un objectif : partager ses découvertes peut-être éclairantes ou utiles à d’autres… Martine trouve ses ressources dans sa vie (longue et variée) professionnelle, familiale, associative, amicale… Toutes les chroniques de Martine peuvent se lire ici.

Bonne lecture !

Juin 2024
Un nouveau billet de Martine Gruère à lire ci-dessous :

Passé, présent et avenir !
Il y a quelques années, en séjour à Dubaï pour retrouver notre fils et sa famille, nous nous promenions dans "Le plus grand mole du monde". En effet, la terre entière y circule, c'est impressionnant. Nous avons été attirés par un groupement un peu dominé par une femme, belle et calme. En nous approchant, nous avons compris qu'il s'agissait d'un robot - d'une robote? -. Son visage, sa peau, le haut de son corps étaient parfaits. Elle penchait la tête, nous regardait avec pénétration et modestie, clignait des yeux de façon très naturelle… C'était fascinant et inoubliable! J'ai eu envie de lui proposer de partager un bon verre de bourgogne pour rappeler à tous qu'il ne s'agissait pas d'une femme normale… Comment les robots peuvent-ils boire et manger, partager ces plaisirs vitaux ? [lire la suite sur le site de Notre Temps]

Et un nouveau billet de Maître Kong, à lire ci-dessous :

Harmonie des mondes

Harmonie des mondes

Le vieux Sage, sur le rivage, médite.
Il croit entendre des voix, dont il distingue mal l'harmonie.
Les sons qu'il perçoit lui semblent  même désaccordés.
Des voix graves de vieux hommes plus très jeunes, et celles plus aigües de jeunes femmes pas si vieilles.
Une œuvre étrange, où basses, ténors, contraltos et sopranos vocalisent ou chevrotent à l'envi, sans unisson.
Des morceaux de bravoure s'affrontent, se succèdent, se multiplient : on croirait assister à l'avant-première d'un opéra moderne expérimental.
Sur la ligne d'horizon, le soleil s'efface dans les nuages.
Le Sage attend d'y voir plus clair, pour pouvoir décrire ce qu'il a entendu.
Il continue à rêver, bercé par cette lointaine rumeur intérieure, atténuée par la brise de mer.
Du drame qui se joue et qui s'exprime, il entend bien la dysharmonie. Mais peu à peu le sens de l'œuvre se dégage, soutenu par un même thème, riche de tempos différents ; le résultat est surprenant. C'est le tempo de la jeunesse d'un monde, face à la vieillesse qui ralentit le sien.
Il imagine la partition à écrire. Des notes accrochées aux lignes d'une portée universelle, des bémols et des dièses à la clé, des blanches et des noires accolées, des rondes et des croches simples ou quadruples , des intervalles et des silences.
L'aube met fin au concert imaginé. Il en a gardé l'impression d'une symphonie nouvelle. Ni celle "du Nouveau Monde", ni celle "des Adieux", mais plutôt celle d'un "Hommage à l'Ancien Monde".
Les oiseaux saluent maintenant le soleil, et le lent réveil du Vieux Sage.
Respirant à pleins poumons, il ouvre les yeux.
Il écoute le silence qui suit le dernier chant, se gardant d'applaudir.
Puis il reprend sa méditation, en  profondeur.

Chronique du Vieux Kong du 3 juin 2024
PCC Claude Caillart

Mai 2024
Deux billets de Martine Gruère parus dans le journal Notre Temps à découvrir ce mois-ci !

Se séparer, une épreuve redoutable
Je déteste les départs, les séparations. Je crois l'avoir déjà dit dans une chronique précédente en évoquant les somatisations - le corps qui ose dire quand les mots ne sortent pas -.
Je déteste les séparations et à plusieurs reprises je me suis débrouillée pour m'absenter au moment le plus important, à l'instant T où la séparation devenait inéluctable. [lire la suite sur le site de Notre Temps]

Comment lutter contre l'agisme ?
Il y a quelques mois dans les abribus et le métro parisiens des affiches montraient un homme ou une femme d'une cinquantaine d'années sur le dos desquels il était écrit en majuscules: "PÉRIMÉ", "PÉRIMÉE".
En s'approchant, on comprenait qu'il s'agissait d'une provocation délibérée signée de l'APEC (l'Association Pour l'Emploi des Cadres) afin de questionner les choix des recruteurs dès qu'il s'agit d'un ou d'une senior. [lire la suite sur le site de Notre Temps]

Février 2024
Des nouvelles de Maître Kong, alias Claude Caillart

Apprendre à devenir

Apprendre à devenir

Le Vieux Kong médite, assis sur le rivage :
"- Alors que je suis plus âgé, je ne me sens pas si vieux que ça."
Sortant des flots, et de la nuit des temps, une vieille connaissance s'approche. C'est la Reine des Araignées de mer, qui vient pour se faire conseiller :
"- Cher vieux Kong, comment faire pour devenir centenaire, face à la montée de l'océan des âges ?"
Le Vieux sourit, plissant les yeux :
"- Comment devient-on navigateur ? "
Il  développe sa question, en réponse :
"- C'est en navigant qu'on devient navigateur.
C'est aussi en s'entrainant qu'on reste trentenaire, longtemps.
C'est donc en centenant qu'on devient centenaire ."
"- ?? En centenant ??" s'étonne la Reine.
"- Oui, en s'en tenant, sans s'y tenir ...
"D'abord en s'en tenant à ce qu'on a su faire.
"Mais sans s'y maintenir éternellement.
"L'avenir est dans ce qui vient, alors que le passé, advenu, est dépassé.
"Mon ancêtre Confucius le savait bien, qui nous l'apprenait, il y a environ 25 siècles.
"Et l'Ecclésiaste, aussi, qui nous le répétait aussi :
    "- Une saison pour tout, un temps pour tout désir, dans le ciel.
    "- Un temps pour faire naître, un temps pour mourir.
    "- Un temps pour planter, un temps pour arracher.
"Ainsi, pour devenir centenaire, il parait préférable de s'en tenir à ce qu'on a su faire.
"Sans tenir à le refaire. Passer le flambeau aux plus jeunes, même si l'expérience du passé se "partage difficilement. "

La Reine des profondeurs avait bien reçu le conseil du Vieux Sage. S'en tenant là, elle repartit sous les flots pour muer, entourée de sa cour et des siens.

Le Vieux Kong se remit à méditer, en regardant l'horizon.

PCC- Chronique du Vieux Kong . Février 2024

Janvier 2024
Hervé de Truchis (OLD'UP Var) a écrit un texte très personnel qui a été lu en public lors de la journée des régions organisée par OLD'UP le 16 novembre dernier. Le voici, ci-dessous.

Sur ma vieillesse

Sur ma vieillesse

M’interroger
Il me reste peu de temps à vivre. Dois-je m’interroger ? Pour faire un bilan…qu’ai-je fait de mes années de vie ? Ont-elles été bien ou mal employées ?

Enfance sous l’occupation à Lyon. Mon père prisonnier de guerre Oflag XB. Ma mère sans ressources subsistant grâce à l’aide de sa famille. Active dans la Résistance.
L’enfance, l’adolescence, ensuite.
Mon père, retour de captivité, trouve un travail modeste dans une entreprise de scierie. Mes parents se séparent. Je suis interne dans un collège, puis demi-pensionnaire plus tard à Tours, puis pensionnaire à la Pierre-qui-Vire jusqu’au bac.
Etudes à l’Ecole Spéciale d’Architecture à Paris. Diplômé en 1960. Travaille chez Vago, puis Heaume, puis à mon compte. Marié avec Jacqueline, pianiste et prof de musique, deux enfants, deux artistes.
Séparé de Jacqueline. Je me remarie avec Chantal, psychologue, à 45 ans, en 1981. Mon agence fondée en 1961, fermée en 2012 (j’ai 77 ans). Nous avons deux enfants brésiliens adoptés.

Où en suis-je ?
Ma vie n’a pas été glorieuse, pas triste ni misérable non plus. Professionnellement, le fait de quitter Paris m’a fait me concentrer sur l’expertise : personne ne me connaissait comme architecte dans le Var, alors que le manque d’experts compétents était ici ressenti. D’où ma carrière d’expert- j’étais déjà connu à Paris- qui a démarré fort sur le Var et alentours.

Old’up Var
Old’up nous force à nous interroger sur notre façon de vivre notre vieillesse, tout en nous montrant, par des exemples, comment cet âge peut être vécu pleinement avec des amis vieux, si ce ne est pas forcément avec de vieux amis.
Que puis-je encore faire ? A qui ou à quoi puis-je encore être utile ?

Que puis-je encore faire ?
En réalité plus grand-chose. Le jardin, tailler les arbres, couper les troncs et branches qui abondent autour de la maison…ce n’est plus possible pour moi. Peindre…notre dernière expo, à Chantal et moi a eu lieu en début septembre à Toulon. Et je pense que ce sera la dernière. Ecrire, c’est encore possible…laisser à la foule de mes admirateurs encore un ouvrage qui va changer le monde, en bien ! C’est toujours possible, dans ma tête, mais cette dernière perd la mémoire, confond les dates, oublient les noms, les faits. Là, il faut se cramponner, fermer les portes pour éviter que nos acquits ne s’envolent « dans la nuit froide de l’oubli. » (1)

Ma famille
Heureusement, il y a les enfants et les petits enfants, qui ont besoin de nous, enfin ils le disent plus ou moins. Et s’ils ne le disent pas, nous savons que c’est vrai. Et il nous faut trouver des moyens d’être présents, d’être éventuellement un recours, une aide, une boîte à idées, une consolation. Si les smarphones facilitent les échanges et les rendent vivants, ces moyens sont plus difficiles à maîtriser pour les vieux. Et nos petits enfants ne seront pas forcément demandeurs de la sagesse (supposée) des grands parents, loin d’eux géographiquement et loin socialement. Les téléphones, les télés, la Lgbt, qu’ils maîtrisent mieux que moi, me font penser que nous leur sommes étrangers tellement l’écart socio-technique  a grandi entre nos générations.
Investir du temps dans des activités charitables, culturelles, socioéconomiques, politiques, artistiques…ce n’est plus pour moi qui ne conduis presque plus.
Pourtant je pense avoir encore des choses à dire, à partager, à débattre. Peut-être que je n’intéresse plus grand monde ! Ma famille, mes amis me sont chers et m’aident à vivre, est-ce réciproque ? Je voudrais me sentir encore utile ! Mais en quoi puis-je avoir de l’intérêt pour eux ?

L’approche de la mort
Je la sens proche, effectivement. Regretter ce que j’ai raté n’a pas grand sens, même si j’ai le sentiment d’avoir raté beaucoup de choses ; il vaut mieux se rappeler les bons moments, les bons amis, les amours. Je ne sais pas si le purgatoire existe pour me faire payer mes péchés, mes erreurs, mes manques ; à vrai dire j’en doute. Mais la mort proche doit me faire mettre de l’ordre dans les choses, les meubles, les livres, les relations ; pour ces dernières, je n’en ai plus de toxique, même mon dernier client furieux (10 ans de procédures que j’ai gagnées) a abandonné, mon assureur m’ayant soutenu sans relâche et le Tribunal s’étant rangé à mes arguments.
Ce qui m’est possible est de m’efforcer de laisser à ceux que j’aime le souvenir d’un type plutôt gentil, à défaut de laisser de l’argent et des biens. Et pour moi surtout dans le temps qui me reste à vivre, de m’efforcer de dire merci à ma famille, mes amis, mon amour.     
le 08/11/2023   jour où nous rénovons la toiture de la maison d’Ollioules
Hervé de Truchis
 

(1) Citation des « Feuilles mortes », une de mes chansons préférées de Prévert et Kosma.

J.G, très actif pour le développement du réseau brestois de OLD'UP, a publié un blog pendant le confinement. Il y met fin et s'en explique dans un beau texte qu'il nous autorise à reproduire.

Réflexions d'époque

Réflexions d'époque

La vie n’est certes pas un fleuve tranquille, mais elle a ses lois. Ainsi, à une certaine époque autour de 80 ans, et pour la grande majorité des individus, l’avenir n’a plus de sens. Non pas qu’il n’y ait plus de projet, tel un voyage ou une réunion entre amis, mais pour l’essentiel les dés sont jetés. À de rares exceptions, tel un Biden en politique, ou quelques rares intellectuels quasi centenaires, nous n’avons aucune chance d’influer sur le cours de l’histoire (petite ou grande), ou sur la vie professionnelle.

Le temps est venu d’être un « has been », comme on dit outre-Manche. C’est tout à fait normal, peut-être difficile à admettre dans un premier temps, mais on s’y fait : la vie continue ; aux jeunes de jouer.

Certes, dans son for intérieur, on aimerait bien ne pas être trop vite oublié, dans les divers milieux qu’on a fréquentés, mais il ne faut surtout pas jouer à la statue du commandeur, qui revient hanter ses descendants. Bref, le temps passant, et son emploi du temps reconstruit, on vit sa vie.

Plus pernicieux est le phénomène qu’on peut appeler la perte de son passé. Il survient incidemment à un âge avancé et il s’accroît avec le vieillissement. On n’est plus aux affaires, les enfants vivent leur vie, on a déjà des souvenirs, ou du moins le croit-on. Car tout à coup, sauf bien sûr pour ceux qui sont déjà inscrits dans l’Histoire, un détail, une annonce de journal, une conversation, un livre qui paraît vous privent d’une partie de ce que vous croyez être votre histoire. Un acte ou une décision, dont vous étiez fiers, sont tout à coup mis au crédit d’un autre, soit par abus volontaire, soit par ignorance insouciante. Certes, ce n’est ni une décision ni un acte qui ont transformé le monde, ou qui appartiennent à l’Histoire, mais c’était pour vous un pan de votre vie et cette préemption par un autre distille chez vous le doute : on se croit quelqu’un, et en fait on est un autre. Le passé nous échappe, et on en arrive au complexe de l’imposteur. Pour le vaincre, il n’y a qu’une solution : se replier sur ce qui a de plus solide : la famille et le cercle - hélas de plus en plus restreint du fait de l’âge - des compagnons de route, des vieux amis.  Avec eux, on partage un passé assuré, et on goûte aux plaisirs du présent. Ce repli est nécessaire à moment donné, pour profiter d’un avenir limité certes mais serein.

Ce moment est venu pour moi, et j’arrête donc toute publication avec vous, chers abonnés. Vous m’avez aidé à traverser une période difficile pour tous, et je vous en sais gré. Et n’oubliez pas que malgré la dureté des temps, nous vaincrons, pompompompom .

 

J.G. à Brest et à Sète

La retraite, ce n'est pas que le bonheur
Certes du jour au lendemain on se découvre "libre!". Libre de son temps, de ses occupations et relations, tout en percevant un revenu régulier: la pension de retraite. Le plaisir de ne plus connaître la sonnerie du réveil, les contraintes de chaque jour, des transports et… du travail - ne plus être cadré, ni encadré -. Mais quoi alors? [lire la suite de ce billet de Martine Gruère sur le site de Notre Temps en cliquant ici]

Et un nouveau billet de maître Kong.

La ceinture et les bretelles

La ceinture et les bretelles

Que désirer, quand vient Noël ? En ce temps d'incertitude, le Sage souhaite la paix, et le moyen d'y réfléchir, sereinement.
Il imagine pénétrer dans une baleine pour y être transporté sous les mers ! Comme le prophète Jonas,  ou comme le capitaine Achab, en recherche d'une aventure mythique.
Le vieux Kong n'a pas peur d'un tel voyage, à l'aise dans l'antre du Léviathan. Le moment venu, il en sortira, vainqueur ou vaincu. Au bout d'un certain temps, sans doute.
Il s'y voit continuer à naviguer, dans un espace-temps inconnu des mortels. En explorant ses souvenirs marquants et insistants, qui reviennent et qui restent, il existera encore, intérieurement.
Une invitation extérieure le rappelle à la réalité du moment, lui demandant ce qu'il souhaite recevoir sous le sapin traditionnel.
Quel cadeau s'attendre à recevoir, entouré d'affection ? Il hésite, il se tâte, il réfléchit.
Faisant le tour de ce qui lui manque, ou ce qui lui ferait plaisir, il constate que son pantalon ne tient plus sur ses hanches, malgré une ceinture bien serrée. Des bretelles lui permettraient de se sentir plus à l'aise, tout en affichant son agrément et son confort.
Car si un jour son pantalon tombait sur ses mollets, il paraîtrait ridicule. Une paire de bretelles lui rendrait bien service, c'est vrai, bien plus qu'un nouveau cran à la ceinture. Et comme il tient à ses vieilles affaires, il va rester dans son ancien pantalon, même devenu un peu trop large. Son grand-père, le Vénérable Vieux Kong, se serait réjoui, en affirmant que "plus la culotte est large, plus l'homme est fort".
C'est ainsi qu'il reçut des bretelles à Noël, et qu'il put continuer à replonger dans cette histoire, là où souffle Moby Dick.

Noël 2023 - Maître Kong - 2 janvier 2023

Décembre 2023
Vieillir, pour ou contre ? Après le "5 à 7" de Pierre-Henri Tavoillot, qui prenait pour point de départ cette interrogation philosophique, les membres de l'atelier d'écriture "Jouer avec les mots" ont eu l'idée de réagir par de courts textes. Vous les découvrirez ci-dessous.

Un texte de Brigitte

Vieillir : pour ou contre ? Questionne Pierre Henri Tavoillot

 

Atelier du 21 novembre 2023, à partir des mots glanés au colloque OLD’UP et au « Contre salon ».

…tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite…

Entretien journalistique avec une octogénaire

Q - Vieillir, êtes-vous pour ou contre ?

    - Et vous, êtes-vous pour ou contre le fait d’avoir faim ou d’avoir soif ?

Q - Depuis que vous êtes à la retraite, comment occupez-vous votre temps ?

    - Je VIS et cela prend tout mon temps… j’espère qu’il en est de même pour vous.

Q - Puis-je me permettre de vous demander votre âge ?

    - Cela dépend des moments ! Je suis comme les poupées russes : la plus grande est « une vieille dame » de 80 ans, elle contient « une jeune vieille » de 60 ans, qui elle-même abrite « une femme mûre » de 40 ans… La moins accessible, la plus petite, la plus mignonne, est une petite fille de 5 ans. Laquelle, lesquelles, rencontrerez-vous aujourd’hui ?

Q - Quel est le projet qui vous tient le plus à cœur ?

    - C’est de regagner les centimètres que l’affaissement de mes voutes plantaires mais surtout le poids de tous les malheurs du monde d’aujourd’hui m’ont fait perdre. Je sens que ce projet avance : ainsi après les trois journées du Contre Salon passées en compagnie de vieux et de vieilles débordant de vitalité, je me suis retrouvée station République pressée par la foule. Je vous assure, ce n’est pas une image mais une sensation vraie, j’avais regagné au moins trois centimètres et, tête haute, j’étais devenue une vénérable et joyeuse « tête blanche » à laquelle passants et passantes devaient le respect.

Q - Est-ce important de continuer à plaire ?

    - Je vais vous faire une confidence, ceux et celles à qui j’ai envie de plaire, donc de faire des efforts pour cela, sont de moins en moins nombreux. Cela libère le temps précieux, l’énergie dont j’ai besoin pour réaliser ce qui fera que je me plairai, à moi, de plus en plus.

Q - Qu’est-ce qui, pour vous, est encore à découvrir ?

    - Tout ce qui m’émerveillera, me fera rire, pleurer, me mettre en colère, me donnera envie d’aimer encore et encore… La VIE 

                                                                                                                      Brigitte

Un texte de Claire-Marie

Vieillir : pour ou contre ? Questionne Pierre Henri Tavoillot

Atelier du 21 novembre 2023, à partir des mots glanés au colloque OLD'UP et au « Contre salon ».

…tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite…

Vieillir, pour ou contre ? Comme si on avait le choix. On n’a pas le choix de ce qui nous arrive, de ce qui nous tombe dessus, mais il nous reste toujours le choix de le vivre à sa façon. Le mot « tomber » est d’actualité au moment où les feuilles et la pluie rendent les trottoirs dangereux. Les chutes sont dit-on la première cause de mortalité des personnes âgées. Les branches lâchent leurs trésors dorés sans regret, ce sont les futurs bourgeons qui œuvrent à les précipiter. Mais les nouvelles feuilles qui se préparent auront toujours besoin de l’arbre tutélaire qui les porte. Des ministres qui ont l’âge de nos petits-enfants se penchent sur la vieillesse en la bousculant. Le temps que les vieux debout avaient mis à préparer le colloque s’est vu ratiboisé par de jeunes gens pressés. Et nous tombons de haut. Mais nous avons fait face.

                                                                                                          Claire-Marie

Un texte de Geneviève

Vieillir : pour ou contre ? Questionne Pierre Henri Tavoillot

Atelier du 21 novembre 2023, à partir des mots glanés au colloque OLD’UP et au « Contre salon ».

…tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite…

Vieillir : pour ou contre ? À vous qui êtes encore jeune et qui vous posez la question je vais tenter de vous répondre. Depuis la création de OLD'UP, j'ai eu maintes occasions d'y réfléchir seule ou en groupe pour approcher cette réalité incontournable. Je ne dirais pas que j’étais contre mais je redoutais la vieillesse. Je n'ai arrêté de travailler qu'à 74 ans, comme si une activité professionnelle m'empêchait de vieillir. Je n'étais pas à la retraite et n'étais pas pressée de l’être. J'avais en tête l'image de ma grand-mère, toujours en noir qui avait l'air d'une très très vieille dame à 70 ans. Ma mère au contraire, au même âge, après avoir eu 12 enfants en paraissait 10 ou 15 de moins. C'est à elle que je voulais ressembler. Je suis la cinquième de ma fratrie : j’observe comment mes aînés vieillissent, et je vois ce qui m'attend : pas toujours plaisant.… Je me suis investie avec enthousiasme dans la réflexion autour du « vieillir debout » de OLD’UP » Quelle belle idée ! Il y avait fort à faire pour changer certains stéréotypes et tant d’images négatives. Je voulais le faire pour moi et aussi pour les autres. Alors je dirais aujourd'hui que je ne suis pas contre mais avec. Je veux la panser et la penser. J’apprivoise la vieillesse, je la scrute, tantôt pour essayer de la freiner tantôt pour la regarder avec une certaine tendresse car elle m'apporte nombre de bonnes choses

> le lâcher prise qui peut se décliner de différentes façons,

 > la liberté , quel bonheur !

> des découvertes sur moi, sur les autres, sans limites,

> des échanges d'une richesse assez exceptionnelle : mes amis de OLD’UP , comme moi, n'ont rien à prouver, rien à perdre, sinon être soi simplement !

>Tout cela permet la mise à distance des bobos et autres pertes inévitables que nous partageons tous.

Je sais bien que si je m'exprime ainsi c'est parce que je ne suis pas encore dépendante.

                                                                                                                      Geneviève

Un texte de Marie-Claude

 Vieillir : pour ou contre ? Questionne Pierre Henri Tavoillot

Atelier du 21 novembre 2023, à partir des mots glanés au colloque Old’up et au « Contre salon ».

…tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite…

Que m'inspirent ces mots dérisoires communs : tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite, relevés aux différents ateliers du contre salon du CNAV? Vieillir pour ou contre ?

Tout d'abord je répondrai OUI je suis heureuse de vieillir. Car c'est avoir la chance d'être riche de tous les âges.

Vivre en continuant d'avancer, évitant les chutes bien sûr, pour découvrir des nouveautés, des 1ères fois, de nouvelles aventures aussi, mais surtout ne pas se mettre en "retraite". je n'y suis pas tombée, si ce n'est sur un des sens de ce terme "basculer" dans un autre monde, qu'est celui de choisir ce que l'on désire faire de sa vie nouvelle.

Etre acteur, continuer à participer à la vie citoyenne, être force de propositions, ne pas se considérer en grandes vacances perpétuelles.

C'est un bonheur de ne plus se sentir obligée de "paraître", mais d'être simplement, authentique enfin.

Je suis comme je suis et n'y changerai rien, j'ai toujours envie de plaire, d'être aimée, attendue.

Nous avons du temps, jouissons de ce temps, soyons à l'écoute des autres, de notre corps vieillissant, gardons notre curiosité en éveil.

Et ne nous culpabilisons pas, quand nous prenons le temps de ne rien faire !

Jean Cocteau disait : " De temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire"

                                                                                     Marie-Claude L.

Un texte de Philippe

Vieillir : pour ou contre ? Questionne Pierre Henri Tavoillot

Atelier du 21 novembre 2023, à partir des mots glanés au colloque OLD’UP et au « Contre salon ».

…tomber, chute, plaire, avancer, découvrir, perte, projet, transmettre, retraite…

Tombé déjà quatre fois depuis une quinzaine d'années, en me précipitant pour attraper un métro qui fermait ses portes , en courant devant un tramway qui démarrait, en dévalant trop vite un escalier, et autres impatiences coutumières chez moi, je vois que ma dernière chute sera précisément pour la tombe, dans ma tombe prévue dans cette vieille chapelle familiale du cimetière Montparnasse, côté petit cimetière, sauvée par mes soins de l’abandon et de l'oubli où elle était elle-même tombée, entre les deux dernières grandes guerres, prélude au suicide de l'Europe. J'espère qu'elle servira après mon décès, je ne souhaite évidemment pas avant, aux divers membres de ma famille, auxquels je pensais comme à moi, aux ayant-droits comme le dit joliment le langage juridique de l'administration de la République.

Avant cette dernière chute prévisible, inévitable sans être datée, je suis en ce moment obsédé par la transmission. Je veux laisser les choses, ou plutôt que les choses, mes affaires, en ordre. Pas si simple : recensement de tous les chapitres et objets de ma vie, sélection, tri, rejet, donner, jeter, conserver un peu, attribuer aux uns et aux autres, préparer, abandonner, détruire pour ne garder au centre que l'essentiel :  l'amour pour ceux que j’aime et la connexion avec la lumière, l'éternel, le sans limite, l'indescriptible, la Présence avec grand P ou la conscience avec un grand C dans laquelle je sais me dissoudre et où je me plais à séjourner de temps à autre en m’y évaporant, quand j'y pense.

En arrière-plan, la douleur permanente, ou presque, depuis bientôt trois ans, celle qui se manifeste par à-coups, violents et imprévisibles dont je découvre, au fil des nuits surtout, la sournoiserie et la perversité à contourner les barrages que je construis contre elle, à coups d’analgésiques, d'infiltrations, de morphine et d'opérations chirurgicales successives. Je finis par ne plus en parler à mon entourage qui se lasse à compatir, ne peut rien y faire, pas plus que moi si bien que je reste seul en tête à tête avec elle. Elle devient un apprentissage de la solitude en voulant colorier d'une teinte grise et sale la quasi-totalité de mes activités, par exemple en ce moment même dans le fait d'écrire si bien que j'arrête à l’instant de bouger côté droit. Je fais ainsi le mort par périodes avant de l'être pour toujours.

J'aime écrire. Point-barre. Ecrire comme une activité en soi, se suffisant à elle-même. Mais maintenant la douleur m’arrête, dans l’épaule, dans le bras, dans la main étonnée de ne plus être conduite. J'attends que cette brulure se lasse pour reprendre ce qui me fait plaisir de faire, qu'elle fasse piteusement retraite pour aller vers ce qui me fait encore sourire.

                                                                                                          Philippe

De la nécessité d'avoir trois pieds
Martine Gruère
Dans les années 90, Edith Théodose, Directrice d'une association située en Seine et Marne a demandé à me rencontrer car elle souhaitait que sa structure soit affiliée au réseau des Ecoles des Parents et des Educateurs. Sa spécialité? Prendre en charge, accueillir, les jeunes les plus en difficulté, les plus abîmés de sa Commune et des alentours. "Ces jeunes qui galèrent"* retrouvés dans la rue, dans des caves ; en rupture avec le système scolaire et leurs familles ; sans projets qui les tiennent. [l'article intégral sur le site de Notre Temps]

Et pour ce dernier mois de l'année, Françoise Gerbaulet nous offre non pas un mais trois billets d'humeur. A lire ci-dessous sans attendre !

Joyeusement

JOYEUSEMENT : un billet de bonne humeur que je dois à l'intervention de Perla Servan-Schreiber au colloque "Vivre à tout âge". Son évocation de la joie m'a fait penser à une prière indienne qui m'accompagne au quotidien en ces temps qui ne sont pas pour moi particulièrement joyeux.

En voici un extrait :

 

 

P R I È R E   A U  D I E U  H I B O U

Hibou

(…)

mes jambes redonne-les moi

mon corps redonne-le moi

mon esprit redonne-le moi

ma voix redonne-la moi

aujourd ’hui retire ton mauvais sort de moi

(…)

n’ayant plus mal fasse que je marche

insensible à la douleur fasse que je marche

(…)

joyeusement fasse que je marche

joyeusement d’abondants nuages sombres je désire

joyeusement d’abondantes averses je désire

joyeusement une abondante végétation je désire

joyeusement un abondant pollen je désire

joyeusement une abondante rosée je désire

joyeusement dans la beauté terrestre fasse que je marche

que cela soit joyeux devant moi

que cela soit joyeux derrière moi

que cela soit joyeux au-dessous de moi

que cela soit joyeux au-dessus de moi

tout joyeux autour de moi fasse que je marche

accompli dans la beauté

accompli dans la beauté

 

(Extrait d’une cérémonie navaho retranscrite par Florence Delay et Jacques Roubaud dans LA PARTITION ROUGE )

L'oignon, une métaphore de la vie ?

L’oignon, une métaphore de la vie ?

Rien n'est plus beau que la peau La peau blonde fine et fragile De l'oignon mordoré.
Si tu déshabilles l'oignon Sous sa peau
Il en a une autre
Un peu plus pâle
Et en dessous  une autre encore
Et en dessous  encore une autre.

Rien n'est plus beau que la peau
La peau blonde fine et fragile
De l'oignon mordoré.

Si tu  enlèves toutes les peaux
De l'oignon il ne reste rien
Et c'est ce qui te fait pleurer
Car l'oignon n'a pas de corps
Il n'est qu'une fleur de peaux
Qui disparaît quand on la pèle.

(La Jardinière de Légumes, 80 poèmes sur les légumes, CD Radio France 1999)

Que fais-tu là grand-mère ?

Ce texte d’une nonne bouddhiste,  Joshin Luce Bachoux, dit bien ce que nous disons souvent  dans les groupes de parole. Je ne résiste pas à le partager.

- Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ?

- Eh bien, vois-tu, j’apprends. J’apprends le petit, le minuscule, l’infini. J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne. J’apprends à être transparente, à regarder au lieu d’être regardée. J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent, la précipitation du cœur qui bat trop vite. J’apprends à marcher doucement, à bouger dans des limites plus étroites qu’avant et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

- Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ?

- J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j’apprends avec les nuages. J’apprends à rester en place, et à vivre dans le silence. J’apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j’apprends la patience et aussi l’ennui ; j’apprends que la tristesse du cœur est un nuage, et nuage aussi le plaisir ; j’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.

- Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ?

- Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée ; parce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées, j’apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux. J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs. J’apprends qu’on avance mieux en se donnant la main, que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille. Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

- Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu donc grand-mère ?

- J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends à être vieille !

Novembre 2023
Des crèmes anti-rides ?
Martine Gruère
Deux heures dans un train pour participer à l'anniversaire de mon beau-père, 90 ans. Il fallait s'occuper… Ma fille âgée de 11 ans avait choisi de dessiner mon visage. Elle s'était beaucoup appliquée. Avant notre arrivée, elle m'a montré sa réalisation… Stupéfaction! C'était bien moi mais j'étais couverte de rides !! À 48 ans ! Jamais je ne m'étais vue ainsi. [la suite sur le site du journal Notre Temps]

Et un nouveau texte de Maître Kong (livraison sans achat), ainsi qu'un nouveau billet d'humeur proposé par Paule Giron. A lire ci-dessous.

Livraison sans achat

Livraison sans achat

Mais que fait le Vieux Kong ? Il court au marché.
Pénétrant dans le temple d'une grande surface, il y est aspiré dans ses profondeurs.
Un tapis roulant l'y incite, l'y entraîne, sous les injonctions répétées :
"Partez léger...  Livraison à domicile... En bas à droite ..."
Il descend, en pliant les chevilles. Un étage plus bas, il n'a plus envie de se livrer à des achats. Il préfère repartir vers la surface, à gauche. Ses doigts de pieds se crispent, et ses chevilles se contractent douloureusement vers le haut, tandis qu'il remonte, en conservant son équilibre. Il reprend goût à l'exercice, immobile sur ce tapis incliné. Il repart vers la descente.
Arrivé à nouveau au sous-sol, ses chevilles le rappellent à l'ordre, lourdement.
Il renonce à nouveau à la légèreté annoncée (en bas, à droite), et repart, montant vers la liberté de respirer à domicile (en haut, à gauche). Dans ce chemin ascendant, il est doublé par une horde de ménagères, le cabas alourdi de marchandises ; il serre à droite et se tient à la rampe, pour éviter d'être renversé.
Il repart léger, sans achat et sans délai, vers son domicile, sans livraison assistée.
Ayant pris goût à l'exercice, et il y revient le lendemain. Il s'y livre sans ordonnance médicale.
Chaque jour, il fait ainsi travailler ses articulations : il descend au sous-sol, en remonte aussitôt, puis il recommence. Au bout de quelques jours, une caméra de surveillance l'a repéré. Après la deuxième descente, une hôtesse l'intercepte, au pied du tapis roulant :
- Bonjour Monsieur, avez-vous besoin d'aide ?
- Simplement besoin d'air. Je ne fais que passer.
Il remonte dignement, et chaque fois, lorsqu'il emprunte la sortie "Sans achat", le vigile lui sourit.

PCC de Maitre Kong. Le 13 novembre 2023

Les poètes au secours du grand-âge

Les poètes au secours du grand-âge

J'assistais, récemment, au centenaire d'une charmante dame, hôte comme moi d'une résidence pour vieux et autonomes. Autrement dit, pas un EHPAD.
Jour de fête pour elle : un siècle, ça se célèbre. Et nous étions tous fascinés par cette fraicheur, cette clarté dans le propos et le regard, tout ce qui fait dire une phrase aussi bête que creuse : "Quel est votre secret ?"
Et pourtant il y a un secret dont je viens d'apprendre que Dante, Baudelaire, Rimbaud ont livré la "formule" : Baudelaire souhaite que sa mère vive suffisamment âgée pour jouir elle-même de sa transformation. "Lui et les autres poètes de même trempe souhaitent l'advenue d'un moment spirituel qui ne répond à aucune religion donnée, qui ne spécule sur aucun salut, qui ne s'en remette à rien d'autre qu'à soi-même". Souvenons nous du Dalaï Lama : "Je ne sais rien de la mort, mais je me réjouis de découvrir". Jouir de sa transformation, c'est sans doute ce secret-là que portent en eux certains centenaires, au point de nous interpeller ?

(Propos recueillis par Paule Giron dans le livre d'Hélène Grimaud : "Renaître" ; chez Albin Michel)

Dinard, le  18 novembre 2023

Octobre 2023
Un joli texte de Françoise Seraine-Aubin, en hommage et clin d'oeil à Jacques Prévert, décédé en 1977 dans sa petite maison d'Omonville la Petite, dans la Hague, à l'ouest de Cherbourg. A lire ci-dessous.

A peine la journée commencée...

A peine la journée commencée et... il est déjà six heures du soir.

            A peine arrivé le lundi et c'est déjà vendredi... et le mois est déjà fini.. et l'année est presque écoulée
            ... et déjà 40, 50 ou 60 ans de nos vies sont passés

            ... et on se rend compte qu’on a perdu nos parents, des amis.
            et on se rend compte qu'il est trop tard pour revenir en arrière...
            Alors... Essayons malgré tout, de profiter à fond du temps qui nous reste..
            N'arrêtons pas de chercher à avoir des activités qui nous plaisent...
            Mettons de la couleur dans notre grisaille...
            Sourions aux petites choses de la vie qui mettent du baume dans nos cœurs.
            Et malgré tout, il nous faut continuer de profiter avec sérénité de ce temps qui nous reste. Essayons d'éliminer les "après"...
            Je le fais après...  Je dirai après...  J'y penserai après...
            On laisse tout pour plus tard comme si "après" était à nous.
            Car ce qu'on ne comprend pas, c'est que :
            après, le café se refroidit...
            après, les priorités changent...
            après, le charme est rompu...

            après, la santé passe...
            après, les enfants grandissent ...
            après, les parents vieillissent ...
            après, les promesses sont oubliées ...
            après, le jour devient la nuit ...
            après, la vie se termine ...
            Et après c’est souvent trop tard.... Alors... Ne laissons rien pour plus tard...
            Car en attendant toujours à plus tard, nous pouvons perdre les meilleurs moments, …
            les meilleures expériences,
            les meilleurs amis,
            la meilleure famille...
            Le jour est aujourd'hui...L'instant est maintenant...
            Nous ne sommes plus à l'âge où nous pouvons nous permettre de reporter à demain ce qui doit être fait tout de suite.

             

            Aurez-vous le temps de lire ce message et ensuite de le partager
            Ou le laisserez -vous pour... “plus tard” ?

            Et vous ne le partagerez “jamais”  ?
         

        Françoise

Septembre 2023
C'est la rentrée de Maître Kong. Un nouveau texte à lire ci-dessous.

Alerte au gaz

Alerte au gaz

En pleine préparation de son repas, fin du gaz : sa bouteille est vide.
Le vieux Kong est désemparé. Il doit la remplacer par une neuve.
Pour enlever la bouteille vide, il consulte et lit la notice avec attention.
"Démontez le détendeur...".
Il comprend l'injonction.
"... en pressant horizontalement sur le bouton de verrouillage situé sous le robinet, et en tirant le détendeur vers le haut."
Il cherche le bouton, et ne le trouve pas. Il regarde la notice illustrée, où le pouce d'un gaucher cherche à presser un bouton caché. En tâtonnant de la main droite, il cherche et trouve le robinet, avec pour objectif de "le tourner vers le haut, dans le sens contraire des aiguilles d'une montre". La photo d'une main gauche ne l'aide en rien, et même le perturbe.
Il presse, tire, et tourne. Le bouton résiste, et le robinet tourne librement, vers le haut et vers le bas. A force de tâtonner dans tous les sens, le diabolique détendeur se détache, enfin.
Reste à mettre en service la nouvelle bouteille, qui s'avère plus facile : il presse sans se presser, ouvre vers le bas puis vers le haut, cette fois-ci dans le sens des aiguilles d'une montre.
Le Vieux Kong se réjouit du résultat : après avoir contemplé la photo d'une main de gaucher, sa main droite n'a rien compris aux explications de la notice. Cette notice, cependant,  reste un trésor inestimable, à conserver soigneusement dans un lieu secret, à portée de l'utilisateur perplexe.
"Pour agir efficacement, une main qui tâtonne est plus efficace qu'un texte qui ânonne", conclut le Vieux Sage.
C'est ainsi que la flamme a pu renaître.

Chronique de fin de vacances du Vieux Kong
11 septembre 2023

S’adapter, un défi ? Non, une nécessité
Martine Gruère
Nous le voyons - le ciel est trop bleu -, nous l'entendons - dans la diminution des chants d'oiseaux et les bulletins météo -, nous le sentons - sur nos peaux trop chaudes, par nos envies de déguster une bière fraîche ou une glace lorsque nous marchons…
Nous le savons par nos difficultés à déclarer nos impôts ou obtenir facilement un rendez-vous, une information dont nous avons besoin : "allez donc sur internet"…
Nous le vivons par la difficulté croissante à rencontrer des "êtres humains disponibles" pour nous orienter, nous aider quand nécessaire.
Le monde change et nous voici contraints de nous adapter, de changer nos habitudes, nos comportements, nos rêves… Ce n'est pas facile ! [la suite sur le site du journal Notre Temps]

Juillet 2023
Trop c'est trop !
Martine Gruère
Parfois, au petit matin, il se confirme que la liste de ce que l'on doit faire est trop longue, beaucoup trop longue, car il y a aussi ce que l'on voudrait ou aimerait faire, ce dont on rêve, ce qui serait bien ou bon pour soi et pour les autres, le "rien" devenu précieux…
Et pourtant je suis "à la retraite!"
Nous les femmes - plus souvent que nos chers amis, les hommes - sommes prises dans un réseau de contraintes évidentes. [la suite sur le site du journal Notre Temps]

Juin 2023
A consommer sur place ou à emporter ?
Agnès Lamoureux
Un jour ou l’autre, on prend le train, pas le vieux tout moche, tout taché, relégué sur le Paris Lille parce que le trajet est court, non, le nouveau TGV , avec ses beaux sièges bleu azur et ses prises de courant , sa cabine Zen grand confort même en seconde, avec écran qui défie les kilomètres et le temps restant , encore deux heures douze avant l’arrivée, juste le temps d’un film sur tablette et d’un encas au wagon-bar, le bonheur .
A peine installée confortablement, la douce voix chantante du préposé de la voiture 4 susurre à votre oreille. On s'attend aux délices boissons chaudes et froides, plats mijotés ou simple sandwich, mais pas du tout, le préposé nous propose alors que midi vient de sonner et que notre estomac réclame, un défibrillateur en guise d’apéro. [pour lire la suite de cette chronique, c'est ici.]

Nous avons plus besoin de considération que de compassion
Martine Gruère
Dès les premiers jours de la pandémie -du dit COVID- nous avons appris, découvert que nous appartenions désormais -à partir de 65 ans- à la catégorie des "fragiles", des "vulnérables".  À soigner et protéger même si nous sommes en pleine forme!
Les statistiques sont impitoyables.
Le "Prenez soin de vous" est devenu l'au revoir et s'est peu à peu généralisé à toutes les générations.
Nous les vieux, les plus âgés, sommes les premiers concernés par ce regard attentionné, ce "care" qui connaît tant de succès et nous enferme dans une place forcément réduite. Une place qui au nom de la gentillesse, de l'attention généreuse ne prend en compte qu'une partie de nous. [la suite sur le site de Notre temps].

Mai 2023
Un billet de Maître Kong, à lire ci-dessous. Et un texte de Paule Giron qui remet les pendules à l'heure !

Grands-mères, réjouissez-vous !

Grand-mères : réjouissez-vous !

Une psy, nouvelle génération, vient justifier vos craintes ; vous qui n’avez pas apprécié «l’éducation positive» donnée à vos petits-enfants par vos enfants, adeptes eux-mêmes d’«il est interdit d’interdire». Combien de fois avez-vous eu de prises de bec avec vos enfants pour tenter de leur faire entendre que «créativité de l’enfant» n’a rien à voir avec «laisser-aller». Et que si les parents n’avaient plus le droit d’avoir tous les droits il leur restait encore un peu de jugeote pour s’en réserver quelques uns avant le naufrage absolu d’une génération !
Dans un livre libérateur, Caroline Goldman remet les pendules à l’heure. Non, tout n’est pas permis dans l’éducation d’un enfant, le non est aussi utile que le oui pour permettre de croître en douceur sans passer par l’hyper activité, l’hyper j’ai bien le droit, l’hyper colère que personne ne sait plus que contempler sans intervenir.
Nous, grands-parents, avons souvent fini par abdiquer nos remarques aux générations suivantes. On se tait. On laisse faire. On subit. On culpabilise à mort ou l’on se fâche mais personne n’osera dire non à l’enfant qui a pris les commandes.
Il était grand temps que cela s’arrête. Nous frisions l’absurde.
Le livre de Caroline Goldman «Etablir les limites éducatives (Dunod)» va sans doute faire grand bruit, sauf si nous lui préférons l’actuelle surdité générale. La faute à qui ?

Paule Giron

Méduses de rêve

Méduses de rêve

Le Vieux Kong, aujourd'hui, voit la vie en bleu.

Il la rêve parfois en double, comme si la cataracte opérée lui avait procuré une vision nouvelle, à la fois multicolore et incolore, brillante et floue.

Il se voit alors allongé au fond de l'eau, loin de ce monde, qui devient et qui rend fou.

Au-dessus de lui, la surface tapissée de méduses translucides tamise la lumière du soleil. Elles dérivent au gré des courants, se nourrissant surtout de plancton et de plastique.

Une aimable sirène le prévient d'un danger :

"- Une colonie de méduses-boites* s'approche. Méfie-toi de leurs longs cheveux. Dans chaque coupole, douze paires d'yeux balaient la sphère liquide qui l'entoure, en quête de nourriture pour son estomac exigeant. Quand elle l'aura détectée, elle s'en approchera, projetant des milliers de dards urticants et mortels.

Vieil homme, fais attention à ces grosses méduses qui passent : elles risquent de te paralyser et de te prendre la vie. Ces méduses-boites, ces "guêpes de mer", peuvent te tuer en quelques minutes. Surnommées "les mains de la mer", ce sont les filaments du destin qui se déploie et passe. Même si leur espèce existe depuis  500 millions d'années, elles ne vivent pas plus de 12 mois, avides de proies vivantes. Ces méduses sont les animaux les plus dangereux de la planète. Les requins du Groenland et les tortues-luths s'en nourrissent, pourtant, jusqu'à indigestion."

Il sait qu'il ne craint rien tant qu'il reste immobile, sage comme une image, sans consistance, sans existence. Son image étant fixe, presqu'effacée, son corps ne craint rien.

Après s'être éveillé, frais et dispos, mais plus vieux d'une nuit, il remercie  la gentille sirène qui a veillé sur lui.

 

PCC Claude Caillart, le 27 avril 2023

 

* Voir les vidéos du National Geographic Magazine sur Youtube,

Avril 2023
Paule Giron, suite. Quelque temps après son installation à Dinard, elle nous envoie une nouvelle lettre, La lettre de l'absente, à lire ci-dessous.

Lettre de l'absente

Merci à vous tous, de m'avoir témoigné tant de présence dans l'absence.
Encore que vous, vous étiez ensemble ; moi, seule avec ma nouvelle vie qui attend de ressembler à quelque chose, je nageais dans le pâté de l'inconnu, devant moi.
Certes, la Bretagne ; certes, les goélands ; certes, des lieux très civilisés où l'eau chaude coule à tous les robinets, assurant ton hygiène journalière.
Mais qui mettra un peu d'âme dans tous ces regards qui ont, eux aussi, tout perdu de l'avant ; mettant 2 heures à dégoter des piles pour assurer le changement d'heure, et dans les yeux desquels tu lis : qui es-tu toi qui vas faire la même démarche, ensemble, quitter l'avant pour rejoindre un après ?
Les premiers jours ont été durs - très durs - mes neurones ne suivaient pas. "Keep quiet ! ", répétait le fond de sagesse qui résiste aux pires enterrements !!! Certains tenaient le coup. D'autres attendaient un miracle. D'autres semblaient avoir définitivement paumé leurs neurones. Quitter - Partir - Mourir. Tout ça se ressemble. Se ressemble dans le rien.
Et puisque tu ne t'es pas sauvée le deuxième jour, parce que tu attends de voir où tu vas avec "ça", quelque chose prend forme et te souffle : continue pour voir où ça débouche. Et ça débouche, ô surprise, sur du connu : le deuxième jour, ce n’est pas le premier ; c'est sa suite, on n'en meurt pas !!!
Et ces regards perdus, qui reflétaient ton désarroi, deviennent amis, paumés mais amis ; on est là pour s'aimer si l'on veut faire société. Sinon, on arrête tout de suite. Je n'ai jamais tant aimé les autres que ces jours-là. Ils sont venus me dire : tu cherches un boucher pour tes repas du soir ? - il y en a un au bout de la rue ; tu cherches un super-fromage ? - il y en a un dans tous les coins du marché, et du meilleur. Tu cherches un sourire, ils n'attendaient que ça, un sourire, un prénom, un tutoiement, et le huitième jour, tu t'endors en douceur avec un grand sourire.
Parce que tu avais enfin compris qu'ils sont partout les autres, à Paris, à Dinard, et que ce que tu as pris pour une épreuve de séparation n'était qu'un passage à un élargissement. Sommes-nous couillons tout de même, ne jamais anticiper, ça aiderait ...
Je vous aime.
Paule

Mars 2023
Deux nouveaux billets de Maître Kong, à lire ci-dessous.

Goualante

Goualante

Le Vieux Kong, sur le rivage, regarde la terre.
Un menhir se dresse devant lui. Décapité par la foudre, il est maintenant retaillé pour prendre une forme humaine, face au large.
Sur la statue de pierre, un goéland vient de se poser, échappant à tous les dangers : les éoliennes et leurs pales meurtrières, la grippe aviaire, la pénurie de poissons et l'abondance de plastique.
Il pleurait, comme tout goéland qui s'exprime.
Il venait de la ville voisine, où il nichait sur les toits. S'y nourrir était facile : en descendant dans la rue, où les sacs-poubelles s'entassaient, encombrant les trottoirs. Prendre un sac au hasard, l'emporter dans les airs, le larguer en vol, ou le poser et le crever d'un coup de bec, et le garde-manger s'ouvrait, dégageant des odeurs entêtantes.
Les habitants appréciaient peu leur concours, et chassaient les oiseaux par tous les moyens ; des oiseaux de proie étaient lâchés sur eux; des haut-parleurs diffusaient des cris effrayants.
Les goélands étant une espèce protégée, ils étaient intouchables. Les hommes avaient imaginé de stériliser leurs œufs, les empêchant d'éclore.
Le Vieux Kong eut envie d'entendre chanter la triste goualante des goélands ; il écouta Damia sur Youtube :
"- Ne tuez pas le goéland / qui plane sur le flot hurlant / ou qui l'effleure / car c'est l'âme d'un
matelot / qui plane au dessus d'un tombeau / et pleure, pleure ..."
Avant de décoller pour aller planer, l'oiseau fut invité à un dernier repas d'adieu, où le Vieux Sage partagea son ordinaire et ses restes. L'estomac plein, le goéland s'envola vers son destin, au large.
Alors que les résidents empilaient les sacs dans les rues, les touristes en faisaient le tour, et les grévistes parcouraient la grève.

Pour Maitre Kong, et PCC - mars 2023

Un baleineau sort de la Rance

Un baleineau sort de la Rance *

 

Maître Kong s'était endormi, accablé.

Quand il se réveilla, il lut quelques bonnes nouvelles.

D'abord, dans l'horreur des décombres, en Syrie et en Turquie, après les chocs, les ruptures et les failles de la croûte terrestre, des enfants avaient survécu. D'autres y avaient même vu le jour sous les gravats. Ensuite, la solidarité humaine se mobilisait, laborieusement, pour venir en aide aux sinistrés.

Enfin, proche de chez nous, il apprenait qu'un baleineau, égaré dans la Rance, allait être conduit au large. Il naviguait actuellement dans l'estuaire, remontant jusqu'à 10 kilomètres dans les terres. Comment sauver ce bébé rorqual, déjà grand pour son âge inconnu : 7 mètres et plus !

La Préfecture Maritime avait envoyé ses gendarmes, et l'association Al Lark ses bénévoles.

Sans délai, Maître Kong rejoignit le barrage sur la Rance, entre Dinard et Saint-Malo.

Il y rencontra les gendarmes qui verbalisaient, les bénévoles  qui chevauchaient leurs embarcations pneumatiques, accompagnant et protégeant le gros bébé.

Les techniciens de l'usine marémotrice avaient arrêté toute production d'énergie électrique, et ouvert en grand les vannes de libre accès à la mer.

Sur le barrage, les enfants des écoles venaient saluer l'événement. La télévision locale diffusait les images et le son du souffle animal. Les journalistes dictaient leurs commentaires, éclairant les témoignages.

Avisant Maître Kong et ses tongs hors saison, ils lui tendirent le micro.

Et Maître Kong parla :

"- La baleine va passer. Vers l'ailleurs d'où elle est venue, quand la marée l'y ramènera."

Pour les journalistes, l'événement était clos.

Pour les bénévoles, l'accompagnement continuait : vers le large, loin des côtes polluées par l'homme.

Maître Kong rejoignit son rivage personnel, en imaginant l'avenir du baleineau. 

Il s'endormit en remâchant son inquiétude. Allait-il éviter les sacs et les billes de plastique ?   

 

Pour Maître Kong - CC - Février 2023

 

*Taper "Baleine Rance", puis "Le Monde", pour avoir l'image et le son.

Février 2023
Un billet rédigé par Claude Caillart, avec la complicité de OLD'UP Marseille. Et un nouveau billet de Maître Kong. A lire ci-dessous !

Du nombril, signature de l'humanité

Du nombril, signature de l'humanité

Dans le cadre de OLD'UP Marseille, Bruno VIARD anime un atelier, où le groupe travaille sur les fondamentaux de notre culture, à travers notre littérature, et nos "humanités".

Dans son blog passionnant, vous pouvez trouver une chronique sur le nombril, signature de l'humanité.

Je cite, avec l'autorisation de l'auteur :

"Le nombril symbolise à juste titre l'individualisme puisque le cordon a été coupé mais il est aussi la signature de l'espèce. Tout homme qui possède un nombril est empêché de dire qu'il s'est fait lui-même. Les organes sexuels disent la même chose dans leur merveilleuse complémentarité que l'ébénisterie reproduit quand elle assemble deux pièces par tenon et mortaise. On prête deux étymologies au mot sexe, couper de secare et accompagner de sequor. Ces étymologies sont pertinentes toutes les deux. L'androgyne a bel et bien été divisé mais il est clair que l'autonomie libidinale est impossible : chaque sexe est destiné à l'autre. On n'offensera pas les homosexuels en rappelant cette structure élémentaire de la reproduction.

Deux choses résultent de cette observation.

1) Les individus sont bel et bien coupés les uns des autres, autocentrés sur le fonctionnement de leurs sensations, de leur affectivité et de leur rationalité. L'humanité n'est donc pas un corps fluide comme l'eau : elle est douée d'une importante granulométrie car chacun est à soi le centre du monde. Le défaut du totalitarisme et de l'oublier.

2) Mais la personne est loin d'être indépendante et autonome pour autant. C'est comme si une certaine partie de chaque être était réservée pour le partage et l'échange avec autrui. L'individu est donc mal nommé, il est en fait divisé en deux parties, l'une qui lui appartient en propre, l'autre qui appartient à l'humanité. L'économie est mal inspirée de l'oublier."

 

Si d'aucuns veulent bloguer avec l'auteur, ou pour en savoir plus, consultez brunoviard.fr

Kong était songeur

Kong était songeur.

Du rivage, il regardait la mer, et les débris qui l'envahissaient peu à peu.
Quelque part au large de la Caroline du Sud, un ballon chinois venait d'être abattu dans l'Océan Atlantique, et les Américains en ramassait les débris. D'autres ballons récupéraient des informations,  au gré des vents .
C'était aussi la coque d'un porte-avions, qu'on sabordait au large du Brésil. Le vieux Foch venait de sombrer, bourré d'amiante. Il avait perdu son nom pour devenir une épave, dont personne ne voulait plus, pas même les Turcs. Fallait-il s'inquiéter ? Par 5000 mètres, de fond, allait-il se faire oublier ?
Dans ces profondeurs désolées, qui irait désormais visiter cette épave engloutie ? Des bactéries devenant mollusques, des mollusques devenant crustacés, des crustacés devenant mammifères, dans quelques milliards d'années. Des cachalots, alors, éviteront cette masse métallique éventrée, et des calmars géants viendront s'y reproduire, à l'abri du pont d'envol de cette masse métallique.
Sur nos côtes, de joyeux pinnipèdes continueront à batifoler ; phoques moines dans leurs grottes ; otaries dans un cirque, qui  joueront au ballon devant des enfants ébahis.
Et sur les plages, nous récolterons à la pelle des perles de plastique, échappées de containers éventrés, non identifiés. Nous mangerons des coquillages bivalves, en espérant qu'ils savent filtrer ces perles.
Les perles naturelles grossiront dans les huîtres. Les Perles de Vénus, en zircon authentique, produites en Auvergne, seront disponibles sur internet. Le collier Marie-Antoinette, en perles sphériques d'Australie, sera facturé 68500 euros. Mais la livraison sera gratuite.  
Restant en Australie, le Vieux Kong pense  aux malheureux kangourous, et aux wombats à nez poilu, fuyant les incendies de forêt pour se faire écraser par les automobiles.
Notre sphère terrestre devient bizarre. Elle incite au sommeil, mais amène des cauchemars.

Pour Maitre Kong - Février 2023

Janvier 2023
Paule Giron, auteure de plusieurs ouvrages et membre historique de OLD'UP, quitte Paris pour la Bretagne. Elle a écrit un texte que nous vous proposons de découvrir ci-dessous.

Créer un nouvel humanisme

A tous  les membres de OLD’UP
Ceci n’est pas un adieu mais un "au revoir", et bonne route à vous, et bonne route à moi.
Nous resterons en contact parce que nous avons  encore beaucoup à faire et particulièrement passer à la seconde partie du programme de OLD’UP : la première fut de dire haut et fort que les Vieux existaient et entendaient le faire savoir. C’est en cours et continuons sur cette bonne voie. La seconde est de créer ce que Jean-Daniel Remond appelle un nouvel humanisme qui a, pour exister, besoin de toutes les bonnes volontés.
Un nouvel humanisme ? Quoi encore ? Eh bien convenir qu’ils sont très gentils les papys et les mamies gâteau, conseil, les vieux qui se réchauffent à la vitalité des jeunes. Bien gentille la jolie image de la famille revue et adaptée à chaque génération, non qu’elle soit devenue caduque (la chaleur, on en a tous besoin) mais singulièrement insuffisante à définir des vieux qui ont, et c’est nouveau, un beaucoup plus long parcours que leurs aînés et une nouvelle utilité.
J’ai été frappée récemment par une question d’un membre de OLD’UP qui demandait : « Que dire à un enfant qui pose des questions sur la mort ? ».
Si les Vieux n’ont pas de réponse à donner à l’enfant, quelle qu’elle soit, c’est que OLD’UP a négligé de travailler sur le thème de la mort ou pas assez.
Pas très marrant, direz-vous !
N’empêche que si un enfant ne peut pas poser une telle question à un vieux entièrement concerné par le sujet, c’est que quelque chose cloche dans son évolution de vieux. La mort, ça le concerne plus qu’un jeune, que je sache. Éviter ce thème, c’est se laisser en friche et l’enfant aussi, dans un déni pour l ‘une et une question ouverte sans réponse pour l’autre.
Nous ne nous posons pas assez la question : Qu’avons-nous à transmettre qui soit spécifique de notre âge et peut intéresser les plus jeunes ? Pas nos douleurs d’arthrose tout de même ! Mais peut-être plutôt le regard paisible d’un vieillard sur sa propre évolution qui n’est ni bien ni mal, qui est tout simplement, et permet ainsi au plus jeune d’assurer son propre parcours sans en dramatiser le cours.
La question n’est pas la transmission mais la qualité de la transmission, le message inclus dans l’information dont le plus jeune fera ou ne fera pas son miel selon que ça lui « parle » ou pas.
Des questions comme celle-là, j’en relève plein au cours de mon parcours et par exemple, pour aider à l’avènement d’un nouvel humanisme, pourquoi pas un atelier ou l’on nous rappellerait que l’inégalité des relations, entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, n’est plus au goût du jour mais où parents et enfants, s’élèvent ensemble, un jour tu sais, un jour je sais, parfois personne ne sait. Fini l’éducateur et l’éduqué, vivre et échanger ensemble, c’est le nouveau mot d’ordre.
Ce serait sympathique par exemple de lire un bouquin dont le sujet serait « Voilà ce que mes enfant m’ont appris et que je ne savais pas ».
Bref, ce que je souhaite pour OLD’UP c’est bien sûr de se réjouir du travail obtenu mais de ne surtout pas s’y installer. Continuer de devenir, toujours plus, être une génération vraiment innovante et qui puisse aider ce monde en… transformation chaotique.
Paris, le 26 janvier 2023     

 

 

 

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