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LES BILLETS D'HUMEUR

Sont publiés ici les textes ou les billets d’humeur que les membres de OLD’UP souhaitent partager. Humeur bonne, d’avenir, poétique, zoologique, réflexive, verte, joyeuse, vagabonde, légère, grave, philosophique, contemplative, chagrin, réjouie… tout est possible et tout est ouvert !

Si la plume vous démange, foncez et envoyez-nous vos textes : contact@oldup.fr

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Pour lire un billet dans son intégralité, il suffit de cliquer sur le titre (sur fond rectangle bleu). Les billets plus anciens se trouvent en bas de la page.

Bonne lecture !

Quelques citations à méditer en période de crise: “J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé”. “Arroser mon cœur tous les matins pour qu’il ne se dessèche pas”. Nettoyer mes lunettes pour voir les soucis des autres”.

Septembre 2022
Nous attaquons la rentrée avec trois textes de Pierre Caro, "retraité professionnel", à découvrir ci-dessous. Et le retour de Maître Kong !

L'eau et la vie

L’eau et la vie*, vieux et société !

Je viens de terminer la lecture de T 10, La revue de la Tribune, Juin 2022, qui m’a été offerte par mon amie Ghislaine lors de son séjour à Saint-Gildas des Bois : Pourquoi faut-il sauver l’eau ? «Et puis un jour l’eau vint à manquer. On n’avait pas voulu y croire. On avait repoussé le moment où il aurait fallu affronter cette réalité. Enfin… «on»… en tout cas «nous» - car c’est bien du collectif dont il s’agit- savions...»
Premières lignes de l’Edito de Valérie Abrial Directrice éditorial de T.
J’ai l’envie de reprendre ces lignes dans le contexte de mon travail sur les conséquences d’un long temps de vieillissement. «Et puis un jour, «la politique du grand âge» vint à manquer. On n’avait pas voulu y croire. On n’avait repoussé le moment où il aurait fallu penser une population toujours plus nombreuse et plus âgée, où les problèmes de vieillissement s’aggraveraient. Enfin … «on» … en tout cas «nous» - car c’est bien du collectif des boomers actuels dont il s’agit - savions… que nous serions, en 2022, environ 15 millions** de citoyennes et citoyens, nés après la seconde guerre mondiale, une majorité d’entre eux en bonne santé et autonome.
Entreprendre aujourd’hui en regardant les réalités en face : nous vieillissons 20 années de plus que nos parents, que faisons nous de ce temps ?
Lors de mon entrée en situation de retraite, 1997, j’ai espéré trente, quarante années de vie heureuse entourée de ma famille, de mes amis, dans un projet de vie construit. C’était motivant.
Ces vingt cinq premières années passées en bonne santé, je les ai entreprises comme une nouvelle carrière professionnelle, et j’envisage les quinze prochaines avec la même confiance et sérénité. Je serai centenaire.
Nous avons les promesses d’une «Loi grand âge» qui ne demande qu’à approuver et reconnaître ces boomers qui servent la société en France et au-delà, en demeurant intégrés, engagés, initiateurs de projets dans les associations et organisations humanitaires, culturelles, sociales, dans les responsabilités sur leur territoire (Mairie, Communauté de communes…), auprès de cette quatrième génération***que sont les parents des boomers !
Toujours plus âgés et plus nombreux, la preuve est apportée : le nombre des plus de 85 ans passera de 4 % aujourd’hui, à 8 % en 2070 ; 1100 centenaires en 1975, 22000 aujourd’hui, il pourrait être de 270 000 en 2070 … dont mes enfants.
Anticiper : une nécessité, une obligation.
Quelle politique ? Elle doit se construire sur une société de prévention où la perte d’autonomie n’est pas inéluctable, où l’usage des technologies est adaptée aux besoins, où l’isolement est combattu dans une solidarité responsable.
Nous connaissons nos réussites, nous avons conscience de nos erreurs, il nous appartient d’inviter nos enfants, dès aujourd’hui, à construire leur long temps de vieillissement. Ce n’est plus une histoire de famille d’aidants bénévoles, c’est l’ouverture de formations nécessaires et indispensables pour de nouvelles professions, de nouvelles responsabilités,
nouvelles relations entre quatre, cinq générations. Construisons, aujourd’hui, la société qui ne gère plus le déclin mais qui accompagne professionnellement un long temps de vieillissement dans la dignité****.
Dernier vœu pour une société plus âgée : une politique qui connaît, reconnaît, les engagements des aînés dans des activités d’utilité sociale, au-delà du seul bénévolat, la bonne volonté ne suffit. Je l’affirme d’autant plus aisément que c’est la politique que j’ai choisie, dont je suis entièrement satisfait : retraité professionnel, bénévole.

… et la politique du bien vieillir longtemps s’est mise en place en place en 2022, nous sommes en 2070, notre société est un exemple pour le monde.

Pierre Caro
retraité professionnel

   * j’aurai pu ajouter l’air, la terre, le soleil … indispensables  à notre vie.
   ** des chiffres connus de tous : 20 millions et 24 millions en 2030 et 2050.
Les plus de 85 ans, 1,4 million en 2021, 5 millions en 2060. Seuls 8% des plus de 60 ans sont dépendants et 1 personne de plus de 85 ans sur 5 (20%).  solidarites-sante.gouv.fr
***ATD Quart Monde, Emmaüs, Handicap International, Médecins sans frontières, Croix Rouge, Secours Populaire, SOS enfants… pour n’en citer que quelques unes.
****Comme le précise la Drees en préambule de son étude publiée en octobre 2021 : "l’espérance de vie sans incapacité correspond au nombre d’années que peut espérer vivre une personne sans être limitée dans ses activités quotidiennes".
 

Quelle priorité face aux désordres de la vie ?

Quelle priorité face aux désordres de la société ?

La question à nous poser est peut être de savoir pourquoi nous regardons « la maison brûler* » sans avoir conscience qu’elle est à l’origine de la vie ? Que cette vie n’aurait pas été possible sans les partages accidentels ou naturels à l’intérieur de cette maison ?
Ceux qui regardent la maison brûler, ne sont pas chez eux, sans quoi ils appelleraient les pompiers. Sans doute ont-ils d’autres projets plus prenants ?
Durant ces huit décennies, je n’ai connu qu’une société en progrès, par la paix en Europe. Les progrès ont ouvert portes et fenêtres de notre maison pour jouir sans autre raison que celle de profiter de la vie.
L’ignorance étant sans doute l’un des pires états, peut être devrions-nous commencer par l’école du citoyen responsable, capable d’esprit critique constructif. Je me rends compte que mes enseignants des classes primaires à l’enseignement supérieur m’ont fait connaître les meilleurs de l’époque, ceux qui « pensaient » la société du bien-être demain. Les résultats ne sont pas aussi enchanteurs, de profondes et nombreuses inégalités sont nées de nos choix de modes, conditions et environnements de vie. J’en ai pris conscience, avec davantage d’attention, lors de mon entrée en situation de retraite … je n’avais que cela à penser diront certains ...
Les conséquences des évolutions climatiques inquiètent certaines et certains d’entre nous, à des sensibilités ou pour des intérêts différents. Il faut attendre des évènements tragiques pour « démontrer » l’état de notre situation mondiale.
Depuis mon entrée en situation de retraite j’ai appris que si le vieillissement est un état normal, le danger dans cette société était dans le long temps de vieillissement, ce dernier tiers de vie, 60/90 ans possible aujourd’hui, 65/100 ans et plus probable demain.
«Comment, dans le contexte de la mondialisation, l’humanité peut-elle concilier les nécessités économiques avec le fait incontournable que les ressources naturelles sont limitées ? » Pierre Calame**
Quelle gouvernance*** face aux évolutions rapides de la nature et des territoires, au fait qu’aucun problème sérieux de nos sociétés ne peut se traiter à un seul niveau ? Il nous faut apprendre pour comprendre à gérer les relations, produire à la fois plus d’unité et plus de diversité.
Le principe de subsidiarité active oppose aussi à la gouvernance segmentée, si caractéristique de nos institutions publiques, une approche globale qui ne peut être que territorialisée. Enfin, la mise en œuvre de ce principe permet de dissocier légitimité d’exercice du pouvoir et légalité de cet exercice : la légitimité, c’est le sentiment de la majorité de la population d’être gouvernée au bénéfice de l’intérêt commun ; la légalité c’est le fait d’avoir nommé les dirigeants selon des règles convenues…. Extrait

J’ai compris que l’important était dans « l’anticipation » comment, pourquoi, avec qui, où… ? je construis demain… 2050, la fin du siècle… mes arrière petits-enfants auront mon âge.
Pour ne pas ajouter aux désordres, partager mes savoirs et expériences afin de les multiplier ; continuer ma seconde carrière de retraité professionnel en participant à la construction de ce que je souhaiterais qu’ils vivent, dans une société qui soit la leur, où ils seront heureux dans la paix de leur maison dans leur territoire choisi.
Quelles priorités : l’éducation et la formation pour acquérir l’esprit critique, la formation continue afin de comprendre pour participer, les relations aux autres dans les métissages des populations, des cultures, des projets pour un monde de paix, de responsabilité, d’humanité partagé dans le respect de chacun et de tous.
J’aime à faire savoir que je suis un privilégié : patriarche de quatre générations (10 arrière petits-enfants) tous en bonne santé, pour ceux en activité passionnés par leur carrière ; aîné d’une fratrie de six enfants, en retraite, dont trois octogénaires ; de nombreux amis et voisins… je veux partager ce privilège.

Pierre
retraité professionnel retraite et long vieillissement

* Petit rappel d’il y a 20 ans ! « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » est une phrase prononcée par Jacques Chirac, président de la République française, en ouverture de son discours devant l'assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud . En se référant en particulier au réchauffement climatique, la déclaration du chef de l'État français fait à la fois le constat de la destruction de la Nature et la critique de l'indifférence des habitants de la Terre face à cette catastrophe qui mettrait pourtant à l'épreuve et en danger l'espèce humaine tout entière.

** Pierre Calame.Petit traité d’oeconomie 2028 Etude. « En 1755, l’Encyclopédie jette un « o » à la poubelle : ce qui s’appelait jusque-là « œconomie » devient « économie ». En perdant son « o », l’économie perd aussi progressivement la mémoire de son sens premier (oïkos, maison, nomos, loi), et s’autonomise de la gestion du reste de la société jusqu’à présenter les lois qu’elle énonce comme des lois naturelles auxquelles on ne peut que souscrire. Mais aujourd’hui, l’humanité est confrontée à une exigence pressante : assurer le bien-être de tous dans le respect des limites de la planète. Seul un retour à l’œconomie peut permettre de concilier les nécessités économiques avec le fait incontournable que les ressources naturelles sont limitées, et c’est l’objet de ce petit traité. En assumant pleinement son étymologie, l’œconomie devient ainsi la branche de la gouvernance qui s’applique aux domaines particuliers de la production, de la circulation et de la consommation de biens et de services. Pierre Calame démontre que c’est en y revenant qu’il sera possible d’assurer à la société la maîtrise collective et démocratique de son propre destin » 4 e de couverture Ed CLM

*** La gouvernance à multi-niveaux Article pour la Fondation Jean Jaurès Pierre Calame FPH, 12 décembre 2013, 9 pages (bip 4818)  
 

De l'Ecole à la Formation tout au long de la vie

De l’Ecole à la Formation* tout au long de la vie !

Dans « Une école qui peut mieux faire » Monique Canto Sperber** écrit : «...  L'autonomie scolaire peut être une solution pour renouveler l'école française. L'enjeu est de taille : recréer un système éducatif qui favorise la croissance, renforce la cohésion sociale et crée aussi l'espoir en l'avenir ».

Mon travail de réflexions et actions sur les conséquence d’un long temps de vieillissement dans le monde, depuis 1997, confirmé par ma situation actuelle d’octogénaire, m’ont appris, entre autres connaissances, que pour bien vieillir longtemps il fallait prendre soin et conserver une bonne santé, avoir une capacité d’autonomie responsable pour un projet de vie qui anticipe, au mieux, les risques possibles «  Le risque est devenu la mesure de notre action, il est une transformation de la modernité » selon Ulrich Beck (1944-2015)

L’Ecole a été importante en décidant d’une part de mes apprentissages futurs, ceux de ma formation professionnelle et, tout au long de ma carrière, dans une formation continue. Elle est depuis mon entrée en situation de retraite, formation permanente pour demeurer, le plus longtemps possible en capacité d’assumer mes engagements de citoyen âgé responsable, en continuant d’apprendre par les échanges de savoirs et d’expériences de chaque jour.

J’ai pris conscience combien transmettre est la possibilité de partager. Il ne s’agit plus de savoir, mais de capacité à « mettre en jeu » mes acquis afin de les enrichir par les partages avec toutes les différences qui sont nos richesses communes, celles qui font société.

Celles d’une société mondiale ouverte où chaque citoyen doit pouvoir entrer sur la scène publique avec le droit au respect dans le dialogue, dans la réalisation de son projet de vie aujourd’hui entre quatre, cinq générations dans le métissage des populations et de leurs cultures.

Je vous ai fait part de mon projet d’ouverture d’une « Chaire citoyenne  » Il ne s’agit plus des seuls savoirs universitaires indispensables, mais d’acquérir l’esprit critique afin de demeurer en capacité d’apprendre pour comprendre et entreprendre les politiques - manières de gouverner - de nos sociétés dans ce XXIe siècle où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés, au moins pour les décennies prochaines.

Ce temps où j’ai le devoir de comprendre les évolutions climatiques actuelles sur une terre dont les surfaces habitables, diminuent, où les ressources naturelles s’épuisent chaque année plus tôt, le 28 juillet pour 2022. Une société où le mal vivre de nombreux humains, augmente à mesure que les progrès se développent C’est ma génération qui a créé, en partie, cet état général mondial. Je me sens responsable d’entreprendre auprès des générations plus jeunes, de partager ce que nous avons réussi afin qu’ils les développent, et nos échecs afin qu’ils ne les reproduisent pas.

Le territoire est la base des projets à taille humaine qui doivent être menés par et pour toutes les populations.

J’ai beaucoup de choses à apprendre pour continuer à comprendre, et assumer correctement mes engagements de citoyen âgé responsable. Voulez-vous partager avec moi, retraité professionnel, au moins les quinze prochaines années de de ma seconde carrière 2000-2040 ? Voulez vous faire de votre long temps de retraite et vieillissement un projet pour « recréer un système éducatif et de formation permanente, qui favorise la croissance, renforce la cohésion sociale et crée aussi l'espoir en l'avenir » ?

Je demeure à votre disposition

Pierre Caro

retraité professionnel, retraite et long vieillissement.

* les majuscules sont volontaires pour marquer l’intérêt que je porte

** Monique Canto Sperber, philosophe, directrice recherche CNRS, ancienne directrice ENS...

 

Dans le brouillard

Dans le brouillard

Kong s'éveille dans un brouillard cotonneux. L'horizon se trouve partout et nulle part. Les sons se propagent au ras de l'eau, puis s'évanouissent aussitôt.

La mer est là ; il la sent sans la voir. Il y apprend des nouvelles inquiétantes.

Un bélouga tout blanc et une orque - noire sur fond blanc- ont remonté la Seine, et sont stoppés dans une écluse. Pour leur éviter de se perdre à Paris, les hommes les achèvent.

Un phoque est signalé, la corde au cou, comme un bourgeois de Calais, jadis.

Un rorqual de vingt mètres s'échoue sur la chaussée de Sein.

Un homard albinos trouve refuge dans un aquarium accueillant, où l'eau est plus propre et moins acide qu'au large. Derrière une vitre, il va vivre une retraite paisible.

Les fous de Bassan s'abattent sur terre, frappés par la grippe aviaire. Les pêcheurs déplorent la perte de ces éclaireurs aériens.

Par contre, sur le continent breton, les porcs prolifèrent ; 365 000 porcs sont abattus par semaine, et le cours du cochon augmente.

Le temps passe en silence ; le Sage le laisse passer, sans même y penser, car il ménage ses méninges. Les sirènes tentent de l'attirer dans les profondeurs. Sourd à leurs chants, il n'en a cure. Il se contente de son pâté de porc habituel.

Il fait sa vaisselle à l'eau de mer, pour économiser l'eau douce.

Il essuie sa gamelle, et pense en essuyant. Penser à essuyer, essuyer en pensant : le sage se fait torchon,  pensant au bonheur de l'essuyage, et au temps qui passe.

Il se récite une maxime, notée dans le livre d'un moine errant :

"Le plaisir est le bonheur des fous ; le bonheur est le plaisir des sages."

Les fous de Bassan ont-ils enfin trouvé le bonheur éternel ?

 

Pour Maitre Kong, et pour CC

 

Juin 2022
Jean Ray-Capet, membre et administrateur de OLD'UP, a lu attentivement le livre de Pierre Gouabault, Les Aventuriers de l'âge perdu. Il en a tiré un florilège que nous vous invitons à découvrir en bas de la page ou en cliquant ici. Et ci-dessous, un dernier billet de Maître Kong avant l'été.

Conques & Strombes

 

CONQUES & STROMBES

 

Le vénérable Kong, perclus de rhumatismes, reste songeur sur le rivage. Il pense au temps qui passe ; et quand il est passé, le sage arrête de penser à panser ses douleurs. Il pense au changement de temps, à la chaleur du soleil qui va enfin chauffer ses vieilles articulations.

 

Au large, les jeunes adeptes du Kung-Fu s'agitent follement. A l'inverse des éoliennes, ils brassent de l'air, dépensant leur énergie, heureusement renouvelable.

 

Venant de loin sur sa jument, un chevalier à la triste figure longe la plage, suivi de son écuyer. Don Quichotte contemple  le groupe des fous qui moulinent, au large. Instruit par l'expérience, et conscient de la distance, il va s'abstenir de les attaquer. Devenu écolo, il voudrait  même les voir croître et multiplier.

L'écuyer, sur son âne Grison, réfléchit à haute voix :

"- Il serait prudent de ménager l'avenir, tout  en manageant le présent. Ces ventilateurs géants "menacent les oiseaux de mer, qui s'y cassent  les ailes, ou y laissent des plumes. Que faire "pour les écarter ?"

Maitre Kong  réfléchit, imagine,  et propose une solution :

"- Offrons des conques aux Kung. Aux chercheurs de trouver ces coquillages, quelque part au "fond des mers. Pour aller les chercher et les livrer aux jeunes Kung, je crois avoir trouvé "l'équipe qui convient."

Maitre Kong fait appel au Commandant Cousteau, et lui demande d'activer son réseau. Enfourchant leurs hippocampes, aussitôt, les plongeurs du monde entier vont chercher l'introuvable. Faute de conques, ils ramènent  aussi des strombes.

Vidés et percés, tous ces coquillages seront  livrés aux jeunes Kung, qui souffleront dans ces trompes pour prévenir les fous de mer du danger.

Quand les éoliennes géantes moulineront l'air bruyamment,  pour fournir de l'énergie durable, les oiseaux de mer pourront éviter le son des coquilles. 

 

PCC-Juin 2022

 

Mai 2022
Découvrez ci-dessous un billet revigorant de Pierre Caro. Et deux billets de Claude Caillart, alias Maître Kong.

La saga du naga

 

La saga du naga

 

Le Vieux Sage, dans un sommeil lourd, entend les dieux qui grattent leurs luths.

Il a sans doute trop mangé de poisson saturé d'algues toxiques : il sent bien qu'il a attrapé la gratte.

Dans sa tête, des tortues s'agitent.

Une première sort des abysses, s'appuyant sur un tourbillon ; une seconde montre une voute lumineuse. Entre les deux, quatre éléphants,  en équilibre, sont arcboutés. Sous la première tortue, et sur la seconde, un serpent est lové en plusieurs couches. Il a sept têtes, qui dévisagent Kong endormi.

" Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur ma tête ?" se demande-t-il ?

 Il se revoit au sud de l'Inde, où des voix sacrées l'interpellent, à l'entrée d'un temple :

"  OM ... OM ... OM ...". Des serpents balancent leurs têtes en tous sens, au son d'un sitar hindoustani. L'une menace de mordre, à tout instant.

Gare à la souris qui s'en rapprocherait sans méfiance. Fascinée, elle pourrait être mordue, puis avalée, par une des sept bouches serpentines.

Un éléphant l'en protège, psalmodiant successivement auprès de la  divinité : "OM, protégez-nous "  ... "Allez l'O.M. La Garde veille !"

Ses congénères l'appuient, agitant leurs oreilles en cadence, et  reprenant :

"OM... OM... OM ...", soutenant éternellement l'O.M.

Ici finit la nuit d'un Sage, entre les chants d'éléphants roses et les couinements  des souris vertes. La victoire, en chantant, nous ouvrait sa barrière.

Il y eut une nuit, il y eut un matin.

 

 Ainsi dormit et s'éveilla Maître Kong, avatar de la Sagesse, en mai 2022.

 

Nota d'avatar : Pour vous informer davantage, consultez Wikipedia, au gré des rubriques intéressantes rencontrées, avec  des tortues, des éléphants, un serpent septicéphale, et une souris ;  soyez accompagnés par des luths, joués par des artistes qui célèbrent leurs origines.

Saute mouton

 

Saute mouton

 

Au large, des éoliennes brassent l'air, obstinées.

Maître Kong les entend ronfler, sans troubler son sommeil.

Dans son rêve, un enfant aux cheveux d'or lui demande :

" - S'il vous plaît, dessine-moi un mouton... "

Le Vieux Sage lui montre du doigt l'horizon :

" - Ciel moutonné, beau temps passé, vent annoncé."

En effet, le ciel est couvert d'alto-cumulus. Le vent s'est levé, frottant  le ventre de la mer.  Chaque vague accouche d'un mouton frisé.

" - S'il vous plaît, donne-leur à manger." insiste le Petit Prince.

Dans les prairies marines, sous la surface, paissent les moutons.  Ils boivent l'écume de mer, et sucent le sel  des embruns.

Les chiens de mer les gardent, sous des amas de goémons en dérive.

Les surfistes sillonnent la mer, debout sur des coques sophistiquées.

Un serpent de mer ondule mollement au gré des vagues.

Il se plaint :

" - J'ai avalé un éléphant de mer, sans le mâcher.

Pendant six mois, je ne peux plus bouger ; le temps de digérer. "

Que peut faire le Vieux Kong ? Il compte les moutons.

Mais quand le soleil se couche, ils se cachent.

Kong entend la Bergère chantonner : la pluie vient d'arriver.

" - Il pleut, il pleut, Bergère, rentre tes blancs moutons ... "

La suivant au clair de lune, devant l'étoile du Berger, sous la constellation du Bélier, ils rentrent.

Au fond de la mer, les crabes-chèvres et les crevettes-chevrettes s'agitent.

Au large, dans la nuit, les enfants de Kung-Fu font la fête, face à l'agitation des éoliennes.

Sur le rivage, les souris continuent à danser.

Les poissons-chats sont endormis.

Le Vieux Kong continue à rêver.

Sagement.

Le Petit Prince a disparu, comme il était venu.

 

Rêve de Kong, exposé par C. Caillart - Mai 2022

Imaginer et/ou savoir

 

Imaginer et/ou savoir !

Dans ma fratrie, l’une de mes responsabilités d’aîné était de faire le fier en expliquant à mes cadets ce qu’ils ne savaient pas … où ce que je voulais qu’ils apprennent, sachant que leur confiance dans un grand frère était acquise… Cela n’a pas duré, après quelques années, il a fallu partager, ce qui nous a tous enrichis, nous le reconnaissons aujourd’hui.

Les ans ont fait de moi un arrière grand-père, un aîné vieillissant qui fait son possible pour demeurer en bonne santé, autonome et participant actif dans cette société de plus en plus complexe et compliquée.

Participer c’est, en premier lieu, avec mes proches, sur mon territoire de vie, d’échanger des questionnements pour lesquels je suis impliqué, où, éventuellement, compétent. En même temps je dois comprendre les politiques prises par les personnes qualifiées, élus et responsables de cette société, de mon territoire de vie au monde devenu un grand village par les développements des moyens de communications, d’informations, de déplacements.

J’ai décidé d’être un octogénaire, drôle, amusant, tout comme génial… on ne se refait pas, et « viser » un objectif sur l’échelon au dessus de mes connaissances me permet d’avancer … « L’employé est au bas de l’échelle, certes, mais au moins il est déjà sur l’échelle » disait Michel Crozier*

Mon outil, c’est « l’apprentissage tout au long de la vie ». Il est partagé entre les richesses acquises des autres, et celles qui naissent d’idées, d’envies, d’essais, de passion … qui « me passent par la tête » comme disait notre maman.

Dernièrement j’ai découvert les nudges** et je réfléchi à quelques astuces pour orienter en douceur mes comportements vers une vie sereine, calme, et toujours animée de relations, de découvertes, pour éliminer certaines de mes habitudes pas toujours réfléchies.

Je n’ai pas envie de placer quelques grosses mouches dans mon lieu de vie, je veux me faire plaisir, c’est une condition première, et partager, si l’occasion m’en est donnée.

J’ai déjà quelques essais. Devant l’entrée de ma maison par exemple, un grelot avec un écriteau  : Ah non c’est vous ! … Mon potager est marqué d’ardoises indiquant les plantations : pommes de taire, les plus silencieuses ; père Sil, la mère Si est à côté ; Lu pin… ou dessiné ; Bette rave mais pas party ; sur un vieux poste radio « radio légumes, la radio qui pousse » ….

Certaines personnes, mais sont elles bien intentionnées ? disent qu’à partir d’un certain âge, ou d’un âge certain, les vieux n’ont plus toute leur tête. Albert Einstein, en écrivant « L’imagination est plus importante que le savoir » avait ses raisons. A mon âge je pense que mes expériences de vie nourrissent mes savoirs autant que mon imagination … et que je suis capable d’une « teuf » avec, ou sans, mes cadets… .

 
PS j’oubliais, pour éviter l’isolement, j’ai toujours un petit en-cas gourmand sous la main … plus question d’âge pour passer un moment ensemble ! J’ai également acquis une trompette pour essayer d’apprendre, les voisins ne peuvent plus m’ignorer ...

 

* Michel Crozier 1922-2013, sociologue.

**Popularisés en français sous le terme « coups de pouce », les nudges servent à orienter en douceur les comportements. Autrement dit, ce sont des incitations non coercitives

"Le travail choisi, appris, compris et entrepris avec plaisir est le meilleur vaccin contre un vieillissement trop rapide"

 
Pierre Caro.

 

Avril 2022
Trois billets de Maître Kong pour le mois d'avril. Sans oublier les illustrations (voir ci-contre)

Tortue luth qui chante

 

Tortue luth qui chante

 

Les tortues luths entourent le Vieux Kong.

Elles sont présentes partout.  En haut de la plage, elles pondent, couvent, et repartent. Les bébés vont rejoindre la mer ; les adultes y copuleront, au péril de leur vie.

Les ambitieuses s'élèveront dans les airs, entre deux canards, et retomberont sur la terre, où elles vont gésir, mourir et pourrir.

Le Sage médite sur le sens de la vie. Dans son rêve, un chant d'espoir s'élève :

"Après ta mort, tu pourras chanter fort bien".

Pour chanter avec les dieux, comment faire ?  

Comme Hermès, célébrant son frère Apollon, en partant d'une coque de tortue, vide de vie.

A cette caisse de résonance bombée,  Hermès a ajouté un manche en bois de palme, sur lequel il a tendu sept  boyaux de génisse. Luthier autodidacte, il vient d'inventer un instrument pouvant chanter.

 S'exerçant aussitôt à en pincer les cordes, pour le plaisir d'Apollon et l'étonnement du Vieux Kong, il a déclamé :"Mon frère, prends ce luth, et me donne un baiser" .

Le Vieux Sage, surpris, s'en éloigne, et laisse Hermès poétiser.

Par le son attirée, une séduisante créature s'approche.

C'est Vénus, tout entière à sa proie attachée, qui se lamente, prenant à témoin  sa sœur : "Ariane, ma sœur, par quel amour blessée, vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée ? "

Là, Kong perd le fil, et le contact,  avec cette famille. Son regard cherche la ligne bleue de l'horizon. Pour voir plus loin, il se retire sur la falaise.

Plus bas, sur le rivage, Hermès poétise, pas plus haut que son luth.

C'est ainsi  que des coques de tortues évidées ont fait résonner les plus lamentables des chants homériques. Les chants désespérés sont les chants les plus beaux.

 

Pour Maitre Kong, le 29 avril 2022

Icare, fils sans père

 

Icare, fils sans père

 

Le Sage croit rêver : il voit une tortue qui vole. Encadrée par deux canards, elle mord un bâton.

Une tortue légère, qui lasse de son trou, voulait voir du pays, sans doute.

Mais lâchant le bâton en desserrant les dents, elle tombe, elle crève, aux yeux des regardants*.

Elle gît, estourbie par le choc de la chute.

Mais du large apparaît un jeune homme, émergeant.

"- Tombé dans les flots, après m'être trop approché du soleil, je viens maintenant de réaliser ma folie."dit-il.

"Une énorme tortue  m'a aidé à revenir en surface. Elle m'a sauvé la vie, en me ramenant à la lumière."

"- Icare, fils de Dédale,  les tortues te montrent la voie du salut. D'une coquille échouée, fortune tombée du ciel, tu vas faire une coque de noix, qui sera ta planche à voiles. Et quand tu auras récupéré des ailes d'oiseau,  tu  pourras voguer au gré des vents, et voler sur les flots."

Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

Depuis, sur cette coque ailée, Icare a commencé à sillonner les mers.

Il a même perfectionné le système : attelé aux pattes d'un pétrel, il garde les pieds sur la tortue retournée.

Émule de son père, stimulé par le Vieux Kong, le jeune Icare vient d'inventer l'aile flottante, puis le surf volant.

Sans jamais s'arrêter, balloté par les vents, il surfe; nuit et jour, sous la lune et les étoiles.

Humant et fuyant la brume, il se prend pour Le Vaisseau Fantôme, condamné à naviguer sans fin. Fuyant le mugissement de la corne de brume, Icare s'écarte de son père, pour l'éternité.

Sur le rivage, Dédale continue à souffler dans sa conque, pleurant la perte de son fils.

 

Pour Maitre Kong, et PCC  - 19 avril 22

 

 *La tortue et les deux canards

Dédale dans la brume

 

Dédale dans la brume

Le vieux Kong somnole, sous l'orage qui gronde. Une voix intérieure s'élève, dans son rêve :
- Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux dans la plaine ?
Ami, entends-tu les cris sourds d'un pays qu'on enchaîne?
Le Sage s'éveille, et distingue la silhouette d'un vieil homme, cheminant tristement, qui se
confie :
- Je pleure mon fils Icare, détruit par le soleil. Je l'avais équipé d'ailes d'aigles, cousues à ses
bras, et de plumes de canard, collées à la cire. Il est parti de la falaise, pour s'envoler vers la
lumière du soleil montant.
- Votre nom serait-il Dédale, l'ingénieur du labyrinthe, qui en sortit par les airs ?
- C'est bien mon nom, Vieux Sage, et ce fut ma fonction. J'ai formé Icare à voler, à surmonter
sa peur du vide.
- Aurait-il volé trop haut ? Se serait-il trop approché du soleil ?
- Je crains une imprudence, dit Dédale, un oubli des consignes.
- La cire aurait fondu, peut-être, et il serait tombé ?
- C'est probable, en effet. Une ambition coupable l'a poussé à négliger la prudence. Tombé du
ciel, il a disparu sans laisser de trace.
Le Sage interroge ses réseaux d'oiseaux. Les corbeaux, sur la plaine, n'ont rien vu. Les
cormorans ont aperçu un oiseau géant, qui tombait à la mer, au loin. Les fous masqués n'ont
repéré que des plumes flottant en surface.
Dédale est accablé de chagrin. Son fils est passé dans le Monde du Silence.
Jamais, au grand jamais, sur la tombe d'Icare, ne refleuriront les roses.
En sa mémoire, Dédale souffle dans une conque, dont le son funèbre signale désormais les
dangers à venir.
Ainsi fut inventée la corne de brume, nouveau medium d'information et de communication.

Pour Maitre Kong - C.C. Mars 2022

 

Mars 2022
Un premier billet pacifiste de Maître Kong, entre tristesse et prudence, pour ce mois de mars qui porte bien son nom. Toujours à propos de la guerre et d'autres sujets essentiels, un court billet de Paule Giron sur un livre très recommandable de Boris Cyrulnik. Billet auquel a réagi Claude Caillart, citant une phrase de ce livre : Les smartphones composent aujourd’hui un monde virtuel, qui améliore les communications, mais altère les relations. "Je propose une question : dans le monde fermé où nous vivons, comment optimiser l’utilisation de  ces outils, pour mieux nous relier à l’extérieur ?"

Le Laboureur et les mangeurs de vents

 

A LIRE ABSOLUMENT

 

J’ai rarement lu un livre à ce point dans le mille de l’actualité : Boris Cyrulnik a encore frappé pour nous offrir «Le laboureur et les mangeurs de vents» (Ed. Odile Jacob). On y parle de guerre et de ce qui fait les guerres. On y parle de la liberté intérieure qui s’oppose aux confortables servitudes. C’est un livre pour les Russes et c’est aussi pour nous. C’est un livre au cœur même de la réalité humaine, celle d’hier, d’aujourd’hui et demain qui nous concerne tous. Il nous dit qu’en dehors des chemins battus, on peut conquérir la liberté de penser par soi-même, repousser les emprises, trouver le chemin de la liberté intérieure. Si vous rencontrez dans les jours qui suivent un Ukrainien, offrez-lui ce livre. Il est pour lui, pour nous, pour tous jeunes et vieux.

 

Paule Giron

La Boîte de Pandore

 

Boîte de Pandore

 

Le Sage s'éveille sous l'orage. Pendant la nuit, le ciel s'est fâché, et la tempête se déchaîne. La foudre libère ses éclairs. Les vagues, soulevées par le vent furieux, assaillent la plage. Là-haut, au dessus des nuages, Prométhée affronte la colère des dieux.

A l'aube, sur le rivage, une boîte est restée, quand la mer est partie. Le Vieux Kong tourne autour. Que contient cette boîte inconnue ? A qui appartient-elle ? Une étiquette difficilement lisible, affiche "Propriété de Pandora. Don des dieux à Epiméthée. Danger."

La sagesse recommanderait la prudence.

Osant cependant transgresser l'interdit, Maître Kong rencontre la Vieillesse, qui fait face à la Maladie - avec virus et masques.

Il rabat le couvercle aussitôt, barrant ainsi l'arrivée d'autres malheurs, possibles et non souhaitables, contrôlés par les dieux : la Guerre, la Famine, la Fuite, l'Exode. Et aussi la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, activées par la Passion et l'Orgueil.

Au fond de la boîte, il aurait pu accéder à l'Espérance, celle de jours meilleurs.

Mais avant d'arriver au bonheur final, il aurait dû affronter tous ces "beaux malheurs", prévus et couchés dans la boîte.

Ce cadeau des dieux constituait la dot de Pandora, avant d'épouser Epiméthée, le frère de Prométhée. La boîte fut livrée à la mer, dans la tourmente, abandonnée au gré des courants et des flots.

Le Vieux Sage rajoute un solide cadenas au coffre de Pandora, et s'empresse de l'enterrer dans les sables.

Par son téléphone rouge, il appelle l'Olympe, et le pouvoir suprême, pour arrêter la tempête et le tonnerre.

Le Conseil des dieux avoue son impuissance, depuis que Prométhée, libéré et immortel, dispose des pouvoirs du feu et de la science.

Ils se contentent d'un vœu pieux : "Que ce coffre reste éternellement enfoui".

 

Pour Maître Kong - mars 2022

 

Février 2022
Belle moisson de textes en février avec deux billets de Maître Kong, deux haïkus venus de Brest. Et aussi un texte très revigorant de Roland Bugat : Debout les papyboomers ! A lire ci-dessous !

Opération cataracte

 

 

Opération Cataracte

 

Un vacarme effrayant réveille le vieux sage assoupi.

Des rochers tombent avec fracas, accompagnés de hurlements stridents.

Un géant surgit sur la rive, en colère:

"- Je cherche ce Personne, lui qui m'a fait perdre la vue. Il est passé par ici? "

"- Il repassera par là, peut-être. Racontez-moi votre fureur."

"- Ce Personne a débarqué dans ma grotte, avec ses compagnons. Je les ai abrités, et j'en mangeais tous les matins une paire, au réveil. Nous étions apparemment très amis.

Un soir, Personne m'a enivré d'un vin rouge épais, puis il m'a enfoncé un épieu dans l'œil.

C'était très douloureux. Il s'est ensuite enfui en s'accrochant aux  flancs de mon bélier.

Depuis, je n'y vois plus très clair, mais je lance des rochers dans sa direction. Comment le retrouver, et recouvrer ma vision d'antan ? Je sens que vous l'avez vu, de vos yeux vu."

"- C'est exact, dit le Sage du rivage, je l'ai vu qui passait, qui repartait comme il était venu. Vous aurez du mal à l'atteindre, car il est déjà loin. Mais je peux vous aider à résoudre ce mal, en guérissant votre œil à jamais. Allons voir ensemble un site remarquable, non loin d'ici. Je vais vous y mener."

Polyphème saisit l'épaule du Vieux Kong, pour le guider vers le site visé.

En cheminant vers la montagne, ils arrivent au pied d'une chute.

"- Allongez-vous en toute confiance.  Mettez la tête sous l'eau, et ouvrez l'oeil ; vers le ciel."

Le Cyclope obéit, soumis aux soins du Sage. L'eau cascadante agit sans délai.

Sous l'effet de la cataracte,  l'œil disparut ;  ainsi que la douleur.

De cette opération radicale, le patient mourut.

Le vieux Sage, ayant montré son savoir faire, regagna le rivage.

Les crabes nettoyeurs conclurent cette affaire.

 

 

PCC C.Caillart-Février 2022

Ulysse fait escale

 

Ulysse fait escale

Omphale a disparu, le nombril dénudé, son étoile abandonnée. Le Vieux Kong contemple rêveusement le bijou qui brille au soleil d'hiver.

Au large, un navire lutte contre les vents tournoyants. Une silhouette s'en détache, nageant vers le rivage abrité.

Nu comme un ver, poilu comme un singe, barbu comme un dieu grec, couvert de posidonies , un hirsute animal émerge et s'avance :

- Je suis Ulysse, roi connu par Homère, et je reviens chez moi. Contrarié par les vents, j'ai échappé au Cyclope. Après mon séjour chez Calypso, refusant l'immortalité, j'ai choisi de rentrer dans mon île, où Pénélope m'attend. Les sirènes m'ont conduit vers vous.

Le Vieux Kong fronce les sourcils et se bouche les narines, devant la forte odeur dégagée par Ulysse :

- Si tu veux un cadeau, je peux te remettre un bel ornement pour nombril : Étoile et croissant de lune souriant* .

- A ce prix, mon désir va l'emporter. Je vais me l'accrocher sur ma  barbe royale.

- Personne ne va te reconnaitre, nu sous ta longue barbe frisée. Mais ta pendeloque va sûrement séduire Pénélope. Elle commence à trouver le temps long, tous les jours à tisser un linceul. Pour retarder le moment du devoir, et désigner ton remplaçant, elle défait chaque nuit son ouvrage ! Tu dois te dépêcher, après ce temps perdu en escales joyeuses.

Seul ton chien pouilleux va t'identifier, grâce à ta puissante odeur personnelle, à nulle autre pareille ; à son nez, elle sera douce et suave.

Ulysse se jette dans les flots pour rejoindre sa trirème. Fendant les flots parmi les noctiluques, son sillage scintille. Attiré par la lueur et l'odeur forte, un requin gobe le bijou.

Et la barbe.

Pour Maitre Kong, Claude C.

(* 7,99 euros sur le site Néo-piercing)

Debout les papyboomers !

 

DEBOUT LES BABYBOOMERS !

Dans un article récent (le Monde du 29/09/21), Marie de Hennezel dénonce « l’inconscient âgiste » de nos gouvernants qui, en renonçant de façon réitérée à la loi « grand âge et autonomie », laissent nos aînés sur le bord du chemin. Nous partageons ce point de vue, la solidarité bienveillante, rempart à la vulnérabilité doit, en effet, constituer un engagement sans concession.

Aujourd’hui, l’offre d’hébergement pour les personnes âgées en France, est toujours plus onéreuse, alors que l’accompagnement adapté, pour les personnes en perte d’autonomie ou dépendantes ne suit pas! Au plus fort de la crise sanitaire que nous venons de traverser, des « pensionnaires », d’ EHPAD, isolés, privés de visites au nom du principe de précaution, sont morts d’effroi et de solitude, claustrés dans une grande souffrance morale.

En tant que médecin, j’ai veillé, au cours de ma carrière, à ce que « le souffrant » reste au centre du projet de soins. Devenu à présent un " boomer septuagénaire", je ressens pour ma vieillesse, et celle de mes contemporains, un avenir bien sombre et figé. Nous n’avons plus le temps d’attendre la bienveillance de l’Etat. Ne restons pas, sidérés et immobiles, n’attendons pas dans la résignation « notre tour ». Décidons pour nous-mêmes de ce que nous voulons ! Sans attendre un "placement », une « prise en charge ». Gardons la maitrise de notre devenir, sans peser sur les générations futures.

L’association Old’Up° Paris qui essaime dans les Régions, constitue une veille précieuse, et donne sens et utilité à la vie prolongée, incitant les « vieux » à rester debout et actifs, en lutte contre la fatalité. Entre domicile et hébergement en institution, des solutions tierces voient le jour. L’habitat participatif, groupé et autogéré permet, par exemple, à de petites communautés intentionnelles de développer un projet social sans rupture jusqu’au bout de la vie. Il faut y réfléchir vite, y travailler ensemble, et décider librement de donner du sens à cette période de la vie avant de décider de la quitter.

Roland BUGAT
Pr émérite d’oncologie
Membre du comité national de suivi du développement des soins palliatifs et de l’accompagnement de la fin de vie

Deux haïkus

 

Donner la parole aux Vieux

A ces Vieux Piteux ?

Et s’ils allaient la prendre

Et ne pas la rendre ?



Je pense donc je suis

Je pense encore

Mais je suis vieille dans mon corps

Alors je ne suis plus

 

C.R. (Brest)

 

Janvier 2022
Un billet en forme de réflexion sur l'âgisme pour commencer l'année. Il est signé Evelyne Larguèche, oldupienne, auteur de L'Injure. La blessure du Moi (éditions InPress, Psy pour tous, 2021). Un nouveau rendez-vous avec Maître Kong. Et une petite note de Marie-Paule Debray écrite à chaud après le premier rendez-vous de l'Amicale de OLD'UP.

L'Amicale de OLD'UP

Un café mis à notre disposition pour 2h de convivialité  et de partage.
Une jolie pause pour se rencontrer sans motif, pour se découvrir.
Un temps d'amitié qui réchauffe les cœurs et donne le sourire à  chacun.
Un moment gratuit (je règle tout de même mon thé !) qui nous fait vivre une belle rencontre.
C'était notre premier café "Chez Georges", accueillis par Nicolette qui nous ouvre son établissement avec tellement de gentillesse.
MERCI Nicolette !

Marie-Paule Debray

A propos de l'âgisme

Nouvelle adhérente à OLD'UP, j’ai assisté à quelques réunions, entendu des interviews, participé à certains groupes, dans lesquels la notion d’âgisme revenait à plusieurs reprises et…semblait aller de soi.
Sagesse de l’âge, personnes âgées, respect dû à l’âge, grand âge, etc. sont des euphémismes pour ne pas nommer directement la vieillesse, les vieux.
OLD'UP, merveilleuse formule, a tourné la difficulté par un emprunt anglosaxon et ce n’est qu’une fois traduite qu’elle se révèle : «Vieux debout».
En revanche les titres de ses publications s’assument pleinement : «Créer sa vieillesse» «Vieillir : un retour d’idéal», «Vieux et debout», «Les nouveaux vieux sont arrivés», «Vieillesse oblige»…
La désignation d’âgisme dans notre contexte s’expliquerait, semble-t-il, par la référence à l’association belge «Age Platform Europe», «Plateforme européenne des et pour les personnes âgées, dont le but est de renforcer la coopération entre les organisations de seniors et de personnes âgées au niveau de l’Union européenne». Ici pas d’ambiguïté, le critère de l’âge renvoie d’emblée aux personnes âgées.
L’âgisme entend lutter contre la discrimination due à l’âge, tout comme le font sur un autre critère le racisme et le sexisme, mais il ne désigne pas dans le terme même la référence à la vieillesse. L’âgisme peut renvoyer à toute autre tranche d’âge, il catégorise, exclut ou même promeut à partir d’un critère «administratif». Le jeunisme lui, renvoie bien d’emblée à la jeunesse.
Nous sommes vieux parce que cela se voit (l’allure, les cheveux blancs, la démarche, etc.) ou qu’on le dit nous mêmes, et non parce que cela se sait. Nous véhiculons les stigmates de la vieillesse. Nous discriminer, nous exclure, nous infantiliser, nous culpabiliser, c’est notre lot, nous dit-on.
OLD'UP a choisi de prouver le contraire.
Alors pourquoi ne pas oser le vieillisme, l’affirmer et le revendiquer, au lieu de le subir et de se cacher derrière l’âgisme.
Évelyne Larguèche

Accessoire essentiel

 

Accessoire essentiel

Le Sage contemple les nuages, et veille. Dans la brume, une silhouette s'approche, à pas solennels : une femme plus très belle, mais qui l'a certainement été. Sur son nombril, mis en évidence, un pendentif brillant est accroché.

"- Puis-je vous aider, Madame ? " propose le Maître, courtois.

"- Maître, je cherche mon admirant mari, qui vient de disparaître. Pendant un an, il avait été condamné à filer la laine, face à mon nombril. J'étais alors le nombril du monde, et il m'adorait.

- Qui était votre mari, chère madame ?

- Mon Jules était Hercule. Mais il a disparu, alors que nous vivions heureux, en vieux. Il est parti un matin,  sa massue à la main, traînant un peu la patte. Il semblait avoir perdu un peu la tête. Qu'est-il devenu ?

- Il cherchait peut-être à s'en sortir ? J'ai vu passer un homme, habillé en femme, marchant vers l'ouest.

Mais parlez-moi plutôt de votre pendentif ombilical ?

- C'est un précieux objet, cadeau de mon Hercule. Sous forme d'une étoile de mer en or, il attire les regards, et sur moi cet accessoire est essentiel. Du temps que j'étais belle, Hercule à mes genoux regardait mon nombril. Il était venu à bout de ses travaux, et j'étais le repos du guerrier.

- Pour Hercule, cet essentiel était-il dans l'accessoire ? Et pour vous, cet accessoire n'était-il pas  essentiel ? Sans doute en a-t-il eu assez de contempler votre nombril ?

Oui, je l'ai vu passer, et partir vers le large, faisant son trou dans l'eau ; et plus jamais  ne le verrez."

Omphale écrase quelques larmes, avant de repartir vers son destin.

Elle abandonne son étoile de mer, et sa lune souriante, ramenés à l'état d'accessoires, sur la plage.

 

 

Maitre Kong - janvier 2022

 

Décembre 2021
Deux billets de Maître Kong en décembre : Chaîne alimentaire et Le temps confiné.

Chaîne alimentaire

 

Chaine alimentaire

 Le Sage se désole : échouées sur le rivage, les baleines-pilotes vont bientôt périr.

A qui faire appel pour les ramener dans leur élément ? Au Président, peut-être ?

Un algo-rythme lui répond :

- Pour un problème urgent lié à la politique, tapez 1. Pour un problème lié à l'éthique, tapez 2. Pour un problème ... 

Il raccroche, découragé. Il n'y a rien, ni personne, sur la ligne du Président.

En attendant que la mer remonte, comment éviter que les peaux se dessèchent ? Feu Rhabi, consulté, propose de mobiliser les colibris, et tous les oiseaux de bonne volonté. Une escadrille de pélicans se porte spontanément volontaire pour déverser de l'eau de mer sur le troupeau gisant.

Du large, sont arrivées les otaries. A grand coup de nageoires, elles dispersent le plastique omniprésent. Mais sous le tapis, le sable est trop dense pour rendre efficaces les sauveteurs bénévoles.

Pour aérer le sol, le vieux Sage sollicite les services des arénicoles, et autres animaux fouisseurs comme couteaux ou autres bivalves. Sapant le terrain, ils ouvrent des chenaux vers l'eau. La mer va enfin attendre le troupeau de globicéphales en souffrance.

Vague après vague, les naufragés vont être déséchoués.

Le flux les apporta, le reflux les remporte.

Pilotés par les rémoras, ils peuvent rejoindre la haute mer.

Hélas, les baleines tueuses rôdent, à l'affût de ces proies vulnérables. Leur  repas est servi, au bout de la chaine alimentaire. Les orques-épaulards broient les corps fatigués, saturés  de particules plastiques. Il n'est pas de sort favorable pour une baleine pilote qui ne sait pas où elle va.

Le Sage, sur la plage, constate que le monde animal est cruel. Si chacun contribue à la vie des autres, c'est toujours le mammifère carnivore qui en profite.

 

 

 

Maitre Kong - Novembre 2011

Le temps confiné

 

 

Le temps confiné

Le vieux Kong se sent bien seul, ce Noël.

Pour partager sa solitude, il cherchera des échanges avec des êtres isolés du virus et du froid.

Dans le limon boueux, au fond du lit asséché d'une rivière, il ira sans doute rencontrer un ancêtre éloigné, un poisson étrange, le barramunda*.

Depuis longtemps, cet ascendant lointain a évolué : des poumons pour vivre sans eau pendant l'hiver austral, et des branchies pour respirer sans air, l'été revenu avec la pluie. Depuis 360 millions d'années, il survit, et nous le montre à sa façon.

Comme nous, maintenant, il a une belle paire de narines externes, et ses dents sont devenues broyeuses, plus que celles des cœlacanthes. Ses nageoires sont restées moins développées que nos bras.

En hiver, il estive, tout en hibernant. Pour rester confiné, et protégé, il sécrète  un mucus durcissant, s'enfermant dans un cocon protecteur, relié à l'air par un conduit aspirateur. Son gilet immunitaire continue à produire des filets anti-bactériens.

Ce poisson n'a toujours pas la parole, mais il a une patience à toute épreuve. Il a le temps d'attendre.

Au matin de Noël, le vieux Kong mettra un bonnet rouge et une fausse barbe blanche. Même si le barramunda n'a jamais pu croire au Père Noël - ni au Commandant Cousteau-, Kong aura fait un geste pour honorer et célébrer cet ancêtre lointain. Le poisson confiné ne pourra lui répondre. Attendant la saison des pluies pour sortir de son cocon, il rejoindra alors le cours de sa rivière, revenant s'ensouiller quand l'été reviendra.

Le sage, sur le rivage, trouve insensée cette histoire de poisson amphibie.

Il lèvera son verre en l'air, à la santé du temps qui passe, et de nos ancêtres.

 

Maître Kong , en sa chronique - Noël 2021

 

 *Dipsneute à poumons d'Australie

Novembre 2021 :
Oser la confiance
: Claude Caillart a participé à un atelier sur la spiritualité. Et voilà la résultat ! Dans un tout autre registre, découvrez ce mois-ci un autre billet de Maître Kong : Sauvetage.

Oser la confiance

Qu'est ce qui (me) donne confiance, en cet atelier du 16 novembre ?

 

Ce qui me donne confiance, c'est un échange équilibré, un véritable dialogue.

Réfléchir en regardant, à travers nos lunettes respectives, déformantes, en cherchant à comprendre l'Autre, qui ne m'entend pas toujours, qui me dépasse parfois, mais qui m'incite et m'oblige à patienter.

Si l'Autre n'accepte pas mon regard intérieur, ne tend pas l'oreille en silence pour entendre ce que je voudrais dire, j'ai une tendance naturelle à me mettre en boule, tel le hérisson, et à attendre le rétablissement du lien distendu.

L'obstacle, c'est la réponse sans écoute. Cette interruption, je peux la percevoir comme un abus de position dominante, et elle devient alors une cause de rupture potentielle du contact.

La confiance passe par la parole, la parole donnée, écoutée, entendue, et reçue.

A ce stade, à vous de parler, de répondre aux attentes exprimées dans ces lignes.

En toute amitié.

Claude C.

Le 16 novembre 2021 

Sauvetage

 

Sauvetage

Avec l'aube aux doigts de rose, le Vieux Sage s'éveille.

La mer descend, et sur l'estran, un troupeau de globicéphales est échoué, dans un tas de déchets plastiques.

Ces baleines-pilotes, sans leurs repères habituels, ne pourront pas vivre longtemps hors de l'eau. Elles vont périr, si personne ne fait rien.

Maitre Kong se sent impuissant. Par satellite, il fait appel au Commandant Cousteau. Celui-ci sort de l'eau, précédé d'un cameraman et de son équipe, tous coiffés d'un bonnet rouge. Mis au travail sans délai, ils arrosent à petits seaux la peau des mammifères.

Constatant très vite la vanité de leur action, ils ralentissent et se contentent d'écarter les goélands et les crabes, en attente, prêts à nettoyer la plage.

Les plongeurs se concertent, et décident de ramener un dauphin vers la mer, en le faisant rouler comme un tonneau. Impassible, le caméraman tourne.

Le reste du troupeau suffoque; il n'aura pas la force d'attendre la montée des eaux.

Le Commandant Cousteau défend une idée étonnante :

"- Je propose de tirer ce dauphin vers un delphinarium : il y vivra heureux, nourri, logé, à l'abri du plastique, dans une eau désinfectée, filtrée.

"- Vous croyez ? A quel prix ? ", demande le Sage.

"- La survie n'a pas de prix. Malgré le chlore, ces dauphins auront le loisir d'amuser les enfants, en sautant dans des cerceaux, en poussant des ballons sur leur nez.

- Cette vie sera-t-elle bonne, pour ce dauphin ?

- Pourquoi pas ? Un chlore bien dosé est plus sain qu'une surdose de plastique."

Sûr de son idée, le commandant fait harnacher le dauphin, et les plongeurs se transforment en haleurs, longeant la côte jusqu'au divin paradis des dauphins.

Maitre Kong songe : le sauveté va-t-il survivre, ou finira-t-il noyé en route ?

 

Novembre 2021

Octobre 2021 : un billet de Paule Giron "Parler la mort"

Parler la mort

« PARLER LA MORT »

Nous finirons bien par changer de regard vis-à-vis de la mort : La nôtre et celle des nôtres. Des livres sortent pour en dire combien cet instant de vie est vital pour celui qui meurt et ceux qui l’accompagnent et que mourir, comme ça, en dormant ou subitement, contrairement à ce qu’on prétend, n’est pas la plus belle mort qui soit. Cesser d’avoir peur, c’est à quoi s’attelle le livre de Léon Burdin, prêtre accompagnant les cancéreux de l’Institut Gustave Roussy depuis plus de quinze ans. Son témoignage est bouleversant et magnifique.

A ceux qui partent comme à ceux qui restent on a envie de dire : Ecoutez ceux qui vivent ces instants essentiels de la vie. Oubliez ce que vous croyez savoir et vivez ces heures en pleine ouverture. « Ils transforment votre regard ».

Bernard-Henri Lévy lui consacre une longue préface, bien que n’étant pas chrétien lui-même et c’est le miracle d’un parler vrai sur la mort.Il réconcilie tous ceux qu’intéressent ce grand moment de la vie quelles que soient soient leurs croyances.

                                                                                                      Paule GIRON

Octobre 2021 : Au clair de la lune ...."Deviens ce que tu es !" et "Urgent d'attendre", deux nouveaux billets de Maître Kong alias Claude Caillart.

Au clair de la lune..

 

Au bord d'une falaise, le vieux Kong songe à la mer qui monte, chaque année un peu plus. La terre s'effrite, les vasières s'envasent, les sables se meuvent, et les crabes se pincent. A 30 mètres d'altitude, le Vieux Sage a encore du temps à vivre ; environ 600 ans, dans la mesure où il reste de la glace. Il pourrait s'endormir, mais il reste inquiet.

Une comptine l'éveille. Sortant de l'horizon, sur le rivage , une voix éraillée s'élève : "I am what I am, and that's all what I am". Il reconnait la chanson de Popeye, le marin américain. C'est bien lui, avec son bob, sa pipe en épi de maïs, son œil fermé, et ses  bras tatoués.

Etrangement, la chanson lui rappelle une injonction philosophique: "Deviens ce que tu es !".

Popeye reste le modèle de l'américain de base, en quête d'épinards. Tout en avançant, il restera ce qu'il est : un  matelot qui marche, sans progresser pour autant.

Entre le Sage qui pense, sans avancer, et Popeye qui avance, mais ne pense pas, toute communication est difficile.

Sur ces fortes pensées, le Sage se rendort.

La mer continue à monter, et Popeye à marcher. Pour lui, la terre est plate, la menace de submersion n'a pas de sens : tout excès d'eau se déversera au bord de la terre. Innocent  et joyeux, il avance insouciant sur le rivage, en chantant, vers l'horizon qui s'éloigne, toujours.

Peu à peu, le sable devient mou, poreux, gorgé d'eau. Le marin peine à marcher, et à lever les jambes. Il s'enfonce de plus en plus profondément. La terre est peut-être plate, mais la mer gagne du terrain, et submerge l'inconscient.

En surface, un bob dérive, à côté d'une pipe.

Kong - Octobre 2021

Urgent d'attendre, parfois

 

Kong est étendu sur la dune. Masqué et palmé, un sémillant bipède affleure la surface,  s'avance et s'enquiert :

" - Je cherche une plage pour y débarquer. Je  voudrais un endroit discret, abrité, et un sol qui tienne sous les pieds.

" - Ici, " - répond le maître -  " dans les sables  mouvants,  les meilleurs marins s'enlisent. Prenez le temps, et pesez votre pensée.

" - Maitre, j'entends bien, mais il est urgent d'agir.

" - Un conseil, mon  ami : consultez Eisenhower, qui a beaucoup réfléchi sur le sujet.  Comme il est mort, allez le visiter sur Wikipedia.

Le nageur de combat sort une tablette étanche, et fait appel au Général, qui répond aussitôt :

" - Pour apprendre à choisir, entre l'Urgent et l'Important, procéder ainsi :

 Faire immédiatement ce qui est Urgent et Important. Déléguer ce qui est Urgent et Non-important; éliminer ce qui est Non-urgent et Non-important; et planifier  ce qui est Non-urgent, mais Important.

" - Simple comme bonjour", lui réplique le nageur, "mais comment distinguer l'urgence et  l'importance d'une action ?"

Kong sourit :

" - Avant de décider quoi faire, il faut apprendre à faire la moue, pas la guerre. Puis, en toute confiance, pousser les autres à agir. Répartissez la pression du temps sur vos équipes.

Pour débarquer sans trop de risques, prenez le temps, et planifiez le moment propice à l'action. Espérez une nuit sans lune, une mer calme, une haute marée de vives eaux.

" - Et si la lune, soudain, se lève ?

" - Reportez au lendemain ce que vous n'avez pu faire la veille.

"Ne remettez jamais au surlendemain ce que pourriez ne pas avoir fait l'avant-veille."

Après ces pensées profondes, le plongeur regagna les abysses.

 

Maitre Kong - Octobre 2021

Septembre 2021Maitre Kong et Claude Caillart.ont retrouvé leur plume avec 2 billets de rentrée.

Fumée des algues

Fumée des algues

L'éléphant, lourd et lent, s'estompe à l'horizon, à l'Est.

Maitre Kong, près du rivage, contemple les champs d'algues, les prairies de zostères. Y paissent des bernaches nonnettes- d'un noir de jais-, ainsi que d'autre oiseaux herbivores.

Sur la côte, sous vent doux, les fours à goémon dégagent une entêtante fumée : les laminaires se consument.

Le vieux sage hume la nuée, sombre de  brume, dont l'odeur le fait saliver .

Une petite faim se fait sentir. Il consulte le menu  possible :

- Laitue de mer, dulse, wakamé , pour ouvrir l'appétit ?

- Spaghetti de mer, ou himanthalia, pour continuer ?

- Du pioka pour finir ?   

Ces mots savants, il les déguste, rêvant de saucisses fumées aux algues, à la mode de Molène.

Mais comment trouver de la chair à saucisse dans cette prairie marine ?

Il consulte les oreilles de la mer, les ormeaux brouteurs.

Dans l'esprit du vieux Kong, embrumé par la fumée, tout doit venir de la mer.

Mais les cochons de mer, espèce de concombres vivant dans les abysses, sont jugés trop lointains, et incompatibles avec la production de saucisses de porc.

Les ormeaux conseillent d'exploiter les brenniques, proches et faciles à décoller des roches. Hachée menue, leur chair deviendrait moins coriace . Fumée aux algues, elle serait délicieusement comestible.

Kong le Sage, devenu sagace, sans doute halluciné  par la fumée inhalée, imagine  la production locale de saucisses de brenniques, dans la fumée des algues.  La recette est déjà dans sa tête.

Le Sage, seul sur le rivage. commence un long travail de création,  pour la fin de sa faim .

Décoller l'animal, l'extraire de sa carapace, le hacher menu, sans pitié.

La faim justifie les moyens,

Pour Maitre Kong, et PCC , Claude Caillart. Sept 2021

Sagesse : l'éléphant et la souris

Sagesse : l'éléphant et la souris

Le professeur Tournesol s'est éloigné vers l'Ouest, poursuivant son rêve. Il suit le soleil, rêvant à la Castafiore, son agaçante diva, celle qui se voit "si belle en son miroir".

Le Vieux Kong sourit à l'idée de ce rêve. Son estomac, gargouillant, le ramenant à la réalité. Il s'imagine festinant.

Un éléphant solitaire  surgit  du Levant, cheminant pesamment, lentement,  ébranlant le sol. Le pachyderme, s'arrête face à Kong, et s'assied pour converser. A ses côtés, une souris trottine, efficace et discrète. Le vieux Kong reconnait le dieu indien de la sagesse, de l'éducation et de la prudence, accompagné de Mūshika, sa confiante souris.

Dès qu'elle est arrêtée,  la souris est assaillie par un boisseau de puces, échappées à Tournesol. Elle virevolte autour de l'éléphant en couinant, le prévenant des dangers qui se présentent,  des puces qui piquent, alors que l'éléphant progresse sans les sentir. Elle lui parle d'un incertain cimetière marin,  habité de carcasses échouées - bateaux et  baleines-, et des restes fripés d'éléphants de mer. Les  crabes et les puces en sont les derniers gardiens-exploitants-utilisateurs. Ce  cimetière n'est sûrement pas destiné à l'éléphant indien.  La souris l'incite à faire demi-tour, vers l'étoile de l'aube, Vénus  aux doigts de rose.

Le Vieux Kong en profite pour  méditer :  

- Un sage assis  voit-il plus loin qu'un animal qui bouge ?

Alors le vieil éléphant indien répond :

- Un animal qui bouge en voit plus loin qu'un Vieux sage immobile ; et deux animaux qui marchent ensemble échangent plus de visions nouvelles qu'un sage visionnaire.

Le Vieux Kong sourit, car il se contente de ce qu'il voit ; tandis que l'éléphant, la souris - sans les puces -  repartent vers l'Orient.

Pour Maitre Kong et PCC Claude Caillart - rentrée 2021

juillet 2021 Savant qui déraisonne par Maître Kong et la plume de Claude Caillart

Savant qui déraisonne

Savant qui déraisonne. Le Vieux Kong se réveille, aux côtés de Vénus effacée par la mer.

Ses cheveux - et son peigne- témoignent de son passage ; algues séchant au vent, elles bougent encore. Les puces  de mer, éboueuses des plage, ces talitres sauteuses, s'en repaissent en gambadant .

Un petit bonhomme, l'air absent, s'approche, absorbé par sa recherche . Les cheveux longs, une  barbiche et des moustaches, des lunettes de myope décorent son visage, sous un chapeau trop petit.

- "Bonjour mon ami", dit-il à maitre Kong,"je suis le professeur Tournesol, et j'étudie la surdité chez les puces de mer."

- "Bienvenue sur mon rivage, Professeur ; les puces y foisonnent, sous les algues mortes."

Le savant personnage  y prélève une puce, commence par décompter  dix pattes et  deux antennes, avant d'arracher délicatement les quatre pattes arrière, puis de relâcher l'ex-décapode, qui boitille et s'enfouit à nouveau dans le sable. Il prend un second sujet, et l'ampute  cette fois-ci de  huit  pattes. Il pense qu'avec deux pattes, on peut réussir à marcher, avec plus ou moins d'équilibre. Mais la puce reste immobile, malgré les stimulations auditives. Le  savant conclut  à voix haute :

- "Plus on enlève de pattes à une puce, et plus elle devient sourde."

Maitre Kong n'est pas convaincu par ce raisonnement apparemment irréfutable, mais il sourit avec bienveillance.

- "Vous pouvez continuer à valider votre étude, et prélever autant de puces que vous le souhaitez. Vous pouvez également emporter ce qui reste de ma créature artistique, les coquilles, le bénitier, et même les opercules."

Tryphon, aussi sourd qu'une puce sans pattes, n'a rien entendu  de la proposition du sage.

Il s'éloigne, les yeux fixés sur son pendule, en marmonnant :

- "Toujours plus à l'ouest !"

Pour Maitre Kong, PCC Claude Caillart - juin 2021

Juillet 2021 Pierre Caro, retraité professionnel, membre de OLD'UP propose : "Le monde en 2040 vu par la CIA..." ET  écrit : "Amis de OLD'UP, vos remarques, suggestions, critiques, conseils ... me sont précieux, indispensables, ils nourriront mon travail ..."

Le monde en 2040

Durant ces vingt premières années de retraite 2000-2020, ceux-ci sont devenus de plus en plus présents dans ma vie de tous les jours. Outils de gestion de mon entreprise, ils l'ont été de mon temps d'apprentissage, de travail, de mes réflexions et actions, de mes loisirs .... Ils sont devenus des prothèses, car si j'en étais privés je serais incapable de chercher, classer, répertorier ... les documentations dont j'ai l'usage. En 2000 en France pour une population de 60 millions d'habitants, nous comptons 6,3 millions d'utilisateurs d'internet, dans le monde 550 millions d'utilisateurs pour une population de 6 milliards. En 2020, 4,54 milliards d'internautes dans le monde, connectées plus de 6 heures par jour, plus de 5 milliards se connectent à partir de leur (s) smartphone (s). et 40% de la population mondiale ne serait pas encore connectés Des chiffres qui me questionnent : quelles répercussions sur nos relations ? sur notre long temps de vieillissement ? quelles limites ? ...

Demain 2020-2040, je suis incapable de me prononcer sur ce que sera ce monde. Aussi j'ai choisi, de recopier les lignes ci dessous qui m'ont semblé reprendre les divers documentations dans mes livres et sur les sites d'internet ... bien entendu.

Le monde en 2040 vu par la CIA - Central Intelligence Agency- Un monde contesté Pior Smolar*

Ce rapport** 2021, qui envisage le monde de 2040, était très guetté dans le contexte éprouvant du Covid-19. Il annonce des bouleversements, en une génération, comme aucune autre n’en a vécu jusqu’alors dans l’histoire de l’humanité : dans le domaine du climat, de la connectivité, de la biotechnologie, de l’intelligence artificielle. Il dessine aussi des sociétés plus fragmentées, sous tension, confrontées à des menaces et des enjeux sans frontières. Un monde contesté se dessine où la confiance entre gouvernants et gouvernés sera sérieusement ébranlée. Comment les sociétés affronteront-elle le vieillissement de leur population ? Comment résisteront-elles à la pression migratoire ? Au manque d’eau ? Pourquoi la jeunesse risque-t-elle de connaître des troubles mentaux aigus ? La technologie pourra t-elle atténuer les effets du changement climatique ? Quels seront les pays qui détermineront la marche des prochaines décennies ? Une renaissance démocratique est-elle possible ?

Retraité, professionnel comme je souhaite le demeurer, j'ai conscience de participer à ce monde par mes choix de modes, conditions et environnements de vie, contraints ou imposés. Je me dois de demeurer responsable et par conséquent en devoir d'apprendre pour comprendre et entreprendre ces prochaines décennies en partageant mes relations familiales et amicales, mes réussites comme mes échecs, mes envies, mes passions, mes projets ... en participant à toutes les rencontres, en présentiel ou en virtuel, effet de ce temps présent, qui me seront ouvertes.

Amis de Old Up, vos remarques, suggestions, critiques, conseils ... me sont précieux, indispensables, ils nourriront mon travail pour anticiper les meilleurs situations capables de construire ces vingt prochaines années de bien vieillir longtemps dans un monde où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Une participation commune partagée, par exemple ?

Pierre Caro, retraité professionnel

* - Piotr Smolar, journaliste au Monde, est spécialiste des relations internationales, ancien correspondant en Israël, actuellement en charge de la diplomatie depuis 2019.

** - Ce rapport a été rendu public le 8 avril aux Etats-Unis. Depuis 2013, les Éditions des Équateurs publient le rapport du National Intelligence Council. 

PS vieillir longtemps est plus facile et agréable lorsque mes trois sœurs et deux frères viennent passer la journée à la maison ... en plus de nous rappeler les parents, nous nous amusons ... comme à 10 ans ....

juin 2021 un billet d'enthousiasme par Paule Giron à propos de Edgar Morin 100 ans dans quelques jours.

Enthousiaste.

L’occasion de s’enthousiasmer est tellement rare par les temps qui courent que je ne peux pas laisser passer celle-ci :

                               Je veux parler du livre d’Edgar Morin : Leçons d’un siècle de vie (Denoël).

                               Et de l’interview  que la grande librairie nous en a donné récemment.

                               Edgar Morin nous concerne tous :

100 ans dans quelques jours, peu d’hommes (ou femmes) auront vécu leur siècle avec autant de lucidité, utilisant les échecs pour en faire des tremplins, il ressemble trait pour trait à ces alchimistes qui font de leur vie «un grand œuvre », tentant patiemment de transformer le plomb en or. En le lisant, on sait maintenant que cette transformation est le travail d’une vie, qu’il est possible à tout homme ou femme de bonne volonté d’y parvenir et qu’il n’y a pas d’âge ni pour commencer ni pour finir. De lui, on pourra dire qu’il est mort vivant. En le lisant, j’ai pensé à tous les vieux qui se croient « finis » avant l’heure. Morin nous met en face de l’infinitude humaine. Mieux qu’un « vieux debout » c’est un centenaire en pleine force de l’âge. Quelle leçon de vie !

Paule GIRON      

juin 2021 Un billet témoignage d'un membre de OLD'UP, Pierre Caro : Octogénaire .. et toujours professionnel ! vous pouvez visiter son blog  Bien Vieillir Longtemps  bienvieillirlongtemps.fr  

Octogénaire et toujours professionnel

Octogénaire .. et toujours professionnel !

En fin de carrière, 1997, après quarante années de travail des manivelles d'un tour de production à petit patron d'une entreprise de droguerie détail et gros, je me suis inquiété de savoir avec qui ? où ? comment ? pourquoi ? ... entreprendre les quarante années et plus que je pouvais espérer en situation de retraite et vieillissement.

J'ai choisi, de reprendre un temps d'apprentissage : trois années à l'Université Permanente de Nantes pour deux DU, santé, et droits. J'avais titré mes deux mémoires identiquement : le rôle et la place possibles des retraités dans la société.

En 2000, fin de mon apprentissage, je crée "retraité professionnel" pour marquer ma volonté à demeurer professionnel, je décide d'une qualification "chercheur autodidacte" et une spécialité "retraite et long vieillissement".

De cette première mi-temps 2000 - 2020 j'ai acquis la conviction que la non anticipation de ce dernier tiers de vie 60 -90 ans possible aujourd'hui, 65 - 00 ans et plus probable demain, était un danger qui conditionne l'envie de vivre en bonne santé, les relations aux autres, le développement personnel et collectif de citoyen responsable. Je suis également convaincu que le travail, celui choisi, appris, compris et entrepris avec bonheur était le meilleur vaccin contre un vieillissement trop rapide.

J'entreprends la seconde mi-temps de cette nouvelle carrière, 2020 - 2040, en réflexions - actions sur "l'élaboration du projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés" ... j'aurais passé 100 ans !

Bénévole, je veux demeurer professionnel connu, reconnu pour mes responsabilités de grand, et arrière grand-père, de citoyen, et pour mes compétences entretenues et développées par un apprentissage tout au long de ma vie, dans le partage de mes savoirs et expériences qu'elles soient réussies ou non, mes erreurs sont souvent d'excellentes leçons.

Je demeure à votre disposition, vos remarques, suggestions, critiques, conseils ... nourrissent mon travail. Merci

Pierre Caro, retraité professionnel, hercheur autodidacte, artisan du bien vieillir longtemps

Blog professionnel Bien Vieillir Longtemps  bienvieillirlongtemps.fr  

ET Association A6 "Nous travaillons pour ne pas paraître ridicule demain" 

juin 2021 Solitude et Compagnie... ce qu'en écrit Maître Kong avec le clavier de Claude Caillart.

Solitude et compagnie

Solitude et compagnie

Kong est isolé, malgré le contact établi avec le poulpe.

Octopus a fini sa courte vie, dans un dernier jet d'encre.

Songeant qu'il est le seul animal à savoir penser  qu'il pense, il se sent un peu seul.

Il manque d'affection, et sa pensée tourne en boucle.

La corne de brume mugit, le sortant de sa réflexion . Entre deux bancs de brume, sortant de l'horizon et de l'écume des vagues, une image apparait. Celle d'une chevelure, coiffant une silhouette. Elle surplombe  une coquille de bénitier géant. Des dauphins la remorquent et cabriolent en couinant.

De loin, on dirait Le Printemps, celui de Botticelli. De  près, c'est une Vénus sans bras. 

Le Vieux Kong n'en croit pas ses yeux, et finit par douter. Comment une statue sans bras peut-elle surfer ? Pour valider son impression, il  salue l'image qui passe, qui défile  sans répondre. Il l'a reconnue : c'est bien la Vénus de Milo, qui s'éloigne comme elle est venue.

Les goélands argentés et les fous masqués l'accompagnent, jusqu'à disparaitre sous l'horizon.

Ce n'était  qu'une illusion, mais il en gardait une impression durable.

Au réveil, sur l'estran découvrant, il trouve des coquillages inconnus : un peigne de Vénus et des yeux de Shiva, ou de Sainte-Lucie.

Il forme sur le sable une silhouette agréable, une Vénus toute entière, avec des  bras tendus.

Il la coiffe d'une chevelure d'algues, soigneusement dépeignée par le vent. Les yeux de Shiva l'encouragent, préservant la pudeur de l'image. Deux cônes vont orner sa poitrine, un bigorneau son nombril, une coquille de bénitier protéger sa vertu.

Il sait bien que la marée montante va effacer son rêve, et la marée a toujours raison.

Entre le savoir qui rend fou, et l'incertitude qui rend sage, il doute.

Maitre Kong - PCC - juin 2021        

mai 2021 En chemin...Kong est très ami avec un Octopus de Claude Caillart

Kong est très ami avec un octopus

En chemin

Maitre Kong, en bas de la plage, médite devant une éponge échouée.  La contemplant, il songe aux poissons devenant mammifères, sortant de l'eau il y a 300 millions d'années, tandis que les pieuvres, les calmars et les seiches y restaient. Il est long, le chemin entre l'éponge et Kong.

"- Depuis l'éponge, où nous mène ce chemin ?", se demande le vieux Kong .

"Nous élevons des poissons en cage, et nous les nourrissons avec de la farine de roussettes  immangeables et de vaches folles. Le saumon  d'élevage est coloré au carotène ; bourré d'antibiotiques, il est passé du rose au rouge. L'homo sapiens a-t-il perdu le sens et la raison, pour tourner ainsi en rond ?"

Se dirigeant vers des mares découvertes par la marée, il piétine, mais l'ignore, une riche population de mollusques enfouis.

Arrivé dans une mare transparente, il y distingue un poulpe, dissimulé sous les graviers. Le céphalopode quitte son masque minéral, s'approche des pieds de Kong, les tâte, les juge inoffensifs, s'en détache, et s'éloigne.

"- Je te reconnais, ancêtre familier, étonnant cerveau sur pattes", l'interpelle le vieux Kong. "Parle-moi de tes tentacules et de ta grosse tête.

- Salut, jeune Sapiens. Mon nom est Octopus. On me dit parfois Prince des profondeurs. Dans chacun de mes huit  tentacules, j'ai un cerveau  autonome et tactile, qui collecte l'information et la connecte à ma tête. Je m'adapte au terrain, adoptant sa teinture, et vis  heureux en me cachant. Parfois, je lâche de l'encre noire. Je change de couleur quand je me  sens menacé,  et redeviens artiste peintre, expert en  camouflage. J'apprends de mes échecs, pour éviter les prédateurs.

- Le bonheur est dans le chemin, mais l'échec est le chemin de la réussite." approuve le vieux Kong.

PCC de Maitre KONG - Avril 2021

avril 2021 A lire avec précaution et humour... Zèbreton et thon breizhé avec un cadeau intergénérationnel offert par une zébretonne encore étudiante. Illustration à droite de la page. 

Zebrethon et thon breizhé

Zèbreton et thon breizhé

Cherchant des nouvelles fraîches sur la pandémie, une journaliste quadrupède s'approche du Vieux Kong.

Pour passer inaperçue, elle s'est habillée en costume local, tout en s'adaptant aux contraintes du réchauffement climatique. Elle porte une coiffe du pays. Sa robe, rayée  blanc et noir, indique  bien son appartenance bretonne.

L'animale femelle voudrait rencontrer un jeune congre debout, accusé de cannibalisme par la rumeur. Elle cherche un interprète amphibie, puisque les congres refusent désormais de sortir de l'eau. Finalement, c'est un jeune éléphant de mer, mammifère amphibilingue, qui est retenu. Il traduit donc les propos d'un jeune congre volontaire, dont le  discours semble tenir debout :

- En ingérant  du varan, j'ai vengé mon père. Je ne me sens coupable de rien, et j'ai débarrassé les fonds marins d'une charogne virale. Les arêtes de mes ancêtres et les os du dragon  sont maintenant mêlés, se polissant l'un l'autre.

Le vieux Kong complète le récit :

- Ce jeune congre ne fut  pas seul à la curée. Toute une meute de chiens de mer y allaient de bon cœur, pour nettoyer la carcasse du varan.

Ces chiens de mer ont disséminé le varan breton, jusque dans les assiettes des cantines, Compactés en barquettes, ces squales immangeables ont été vendus sous le nom de "goujonnettes". Tout mammifère correctement informé devrait s'abstenir de manger ces requineaux rugueux, ces roussettes charognardes, présentes dans les cantines scolaires.

Vantez plutôt le thon, où tout est bon, surtout  quand il est bien braisé.

La zèbretonne l'interrompt sèchement :

- Vieux Kong, votre propos est plein de bon sens, mais je trouve le thon trop gras, même braisé, et de plus inadapté à mon régime. Végétarienne, je me nourris uniquement de galettes  de blé noir et de crèpes. Breizh oblige.

Pour Maitre Kong - Claude Caillart

avril 2021  Le Vieux Kong poursuit...Utilité finale des arêtes : Les queues de congres, sur la plage,  finissent de pourrir. Les nettoyeurs ont délaissé leurs arêtes, trop fines pour être utilisables.

Utilité finale des arêtes

Utilité finale des arêtes : Les queues de congres, sur la plage,  finissent de pourrir. Les nettoyeurs ont délaissé leurs arêtes, trop fines pour être utilisables.

De toutes façons, il y a déjà trop d'aiguilles, et toujours pas assez de vaccins.

Soudain, venant d'une île lointaine, une silhouette menaçante descend vers le rivage. C'est un redoutable dragon de Komodo, à la recherche d'eaux polluées. Ce varan géant, porteur de virus exotiques, est également porte-parole d'une nouvelle menace. Se ruant sur les appendices caudaux des congres, il les avale tout rond. Avide de détritus, il se dirige vers les masques qui tapissent la mer. Il néglige au passage le vieux Kong, qui n'en mène pas large ; replié sur lui-même, il s'est fait tout petit.

- Le non-agir est la forme supérieure de l'action, se rassure-t-il.

- Ne pouvant rien faire,  je me garde de vouloir.

S'interposant sur le rivage, un énorme éléphant de mer fait face au dragon. Il gargouille, il éructe,  il rugit à grands coups de trompe. Mais ses barrissements n'impressionnent pas le varan glouton.

Un vol de fous à pattes bleues tournoie autour du saurien menaçant, comme pour dire quelque chose.

Un troupeau d'iguanes du Galapagos arrive en renfort, encerclant le monstre.

Le vieux sage prend enfin la parole :

  -  Pistez le varan mutant,  testez  sa résistance, isolez-le dans l'eau.

 Le danger disparait,  immergé sous les masques en dérive. Le variant du varan n'est plus opérant. Reste à le faire oublier. Les charognards de la mer s'en chargent, en commençant par les jeunes congres, affamés, qui dilacèrent allègrement l'avaleur de leurs ancêtres.

Le Vieux Kong peut se détendre sagement sur son rivage. L'éléphant de mer s'est tu. Les fous ont disparu à l'horizon. Les iguanes sont repartis brouter les fonds marins.  PCC. Claude Caillart - Mars 2021

mars 2021 : Maître Kong et Claude Caillart contribuent à la campagne de vaccination!

Arêtes et piqûres

Le vieux Kong,  sur le rivage, regarde la mer, tapissée de masques et de détritus plastiques. Pourtant, dans l'eau, la vie continue.

Cherchant une solution pour combattre le virus mutant, il consulte le roi des congres, chasseur ondulant en silence sous la surface.

Mieux vaut parler à un gros congre poli qu'à une crevette mal élevée, pense-t-il.

Le vieux congre est entouré de vieilles, la gueule pleine de dents. Ces coquettes sous-marines à la peau  colorée, éclairée de reflets verts et rouges entourent les tacauds gris et les grondins roses, ces râleurs qui grognent quand on les sort  de l'eau.

- Que pouvez-vous faire pour aider les hommes, confrontés à cette pandémie exceptionnelle ?

Ils ont inventé des vaccins, mais ils n'arrivent pas à piquer tout le monde.

- Pour les piqûres en nombre, nous pourrions mobiliser les oursins, qui accepteraient sans doute de vous céder une grande quantité de leurs douloureux  piquants.

Nous pouvons aussi inviter les  vives, malgré les risques de leur venin. Si elles  acceptaient de  diluer suffisamment leurs doses, ce serait une autre solution possible.

En prélevant les arêtes dorsales des poissons scorpions, nous pourrions mieux réagir aux variantes exotiques.

- Vieux congre, n'es-tu pas toi-même porteur de nombreuses arêtes, comme les vieilles, d'ailleurs ?

- Assurément, nous devons consentir à nous sacrifier,  pour vous aider.

Congres, vives, vieilles, grondins et autres porteurs d'arêtes décidèrent de rester sur la grève quand la mer se mit à descendre. L'ancêtre  des congres, avant d'expirer, citait encore Sénèque - " Rien n'est après la mort, la mort même n'est rien ". Des hordes de crabes les dépècent,  laissant nues les arêtes, séchées au soleil.

Le vieux Kong rend grâce au ciel pour ce présent, qui va repousser les futurs variants.

PCC Claude CAILLART - Mars 2021Accordion content 1.

février 2021 : Rêve de Kong par Claude Caillart, chroniqueur-délégué de Maitre Kong. Maitre Kong réfléchit, en digérant sagement une ventrée de bigorneaux. 

Rêves de Kong

Rêves de Kong. Maitre Kong réfléchit, en digérant sagement une ventrée de bigorneaux.

Sur sa tablette, il cherche des recettes pour moins souffrir de ses émotions.

Il hésite entre "Chevaucher son tigre, ou comment résoudre des problèmes compliqués à l'aide de règles simples"  et "Apprivoiser son crocodile, ou comment écouter le message de ses émotions pour progresser sur la voie du bien-être". Perplexe, il s'endort en rêvant.

Son crocodile somnole au fond de son cerveau reptilien. Quand  sa tigresse s'éveillera, elle  sollicitera la couche limbique de son cerveau. Sa couche  corticale,  plus développée, le poussera à raisonner, même s'il paraît déraisonner. Plus il raisonnera, moins ses raisonnements seront compréhensibles.

Il rêve qu'il est debout sur le rivage, au-dessus des homards et des congres. Quand les homards deviennent mous, les congres s'en régalent.

Il regarde les étoiles de mer, ces prédateurs extrêmes, qui mangent même les bigorneaux, ces paisibles mollusques. Il compatit et son crocodile verse une larme.

Il pense à Aristote,  qui remettait à l'eau les étoiles de mer échouées. Un philosophe écologiste devient parfois prisonnier de sa logique.

Il se souvient du vers d'Apollinaire: "Il est grand temps d'allumer une étoile."

Préférant définitivement  la poésie à la philosophie, il passe à l'acte.

Bien éveillé, il part avec le jour récolter les étoiles. Il les empile sur la plage, après les avoir ensevelis sous une couche de laminaires bien sèches; puis il cherche un moyen pour les allumer.  Un gymnote vient à son aide : en deux éclairs du poisson-torpille, le feu se déclare.

Tout le jour, le Vieux Kong est illuminé par les flammes des étoiles.

Le couvre-feu lui imposant d'arrêter, il l'étouffe sous une couche de goémon d'épave.

Sagement, il se rendort sur le rivage, sous les étoiles célestes. PCC Claude Caillart, chroniqueur-délégué de Maitre Kong- Janvier 2021

février 2021 : Est-ce que les individus s’impliquent plus dans la vie de la société grâce aux moyens de communication d’aujourd’hui, est-ce un excès de démocratie ?  C’est plutôt me semble-t-il un besoin d’en découdre. Ils ne s’impliquent pas dans la société, ils veulent simplifier les choses et dire leur haine. Les RS permettent aux gens ....   Ecrit par Eric Staram

Les réseaux sociaux

Les Réseaux Sociaux… Un média peut-il interdire de parole un de ses invités ?

Récemment, D. Trump s’exprime beaucoup sur les réseaux sociaux (RS) puis est exclu … France-Culture interdit de paroles Bourlanges,  LCI interdit Finkielkraut.

La propagande et son contraire, la censure, reviennent. Quant au mensonge il perdure.

Est-ce que les individus s’impliquent plus dans la vie de la société grâce aux moyens de communication d’aujourd’hui, est-ce un excès de démocratie ?  C’est plutôt me semble-t-il un besoin d’en découdre.

Ils ne s’impliquent pas dans la société, ils veulent simplifier les choses et dire leur haine.

Les RS permettent aux gens de dire, en peu de mots et sans réflexion, ce qui leur passent par la tête et de le transmettre quasiment à l’humanité entière. Ce peut-être un grand danger mais aussi un révélateur de l’opinion. Celle-ci se découvre non pas démocratique mais tyrannique.

Les RS :  une simplification à outrance, peu de mots, mais des mots qui choquent et émeuvent, c’est ce que cherche précisément l’émetteur. Cela conduit au mensonge, à la tromperie, à la dissimulation. En politique, c’est un outil de marketing idéal. Nous sommes très loin de la vérité. (1)

Les RS ce n’est pas la liberté de penser, mais l’obligation de ne pas penser, il faut aller vite aux résultats, au but, à une décision, sans réfléchir. Les RS conduisent à une attitude qui consiste à vouloir tout, tout de suite. Cela conduit au despotisme, à l’absolutisme à la tyrannie.

Ce n’est pas sans rappeler certains mouvements récents proches d’un nouveau populisme. Nous sommes dans une période de tentative de simplification car nous ne comprenons plus grand-chose. Les adeptes des RS ne posent pas de question mais le plus souvent y déposent des contre-vérités et de la haine.  Eric Staram

février 2021 : « La structure psychologique des foules permet au système politique d’exercer son pouvoir ». Les hommes et partis politiques se sont fourvoyés dans les RS et ce sont laissés abuser par leurs communicants, qui n’étudient que l’image, le comportement, donc l’extérieur et non pas l’intérieur ....Ecrit par Eric Staram

Quelle communication ?

« La structure psychologique des foules permet au système politique d’exercer son pouvoir »

Les hommes et partis politiques se sont fourvoyés dans les RS et ce sont laissés abuser par leurs communicants, qui n’étudient que l’image, le comportement, donc l’extérieur et non pas l’intérieur, ceci afin d’obtenir le plus d’électeurs et d’adhésions à leurs idées. Mais leurs idées, ils les ont perdues à force de ne chercher qu’à plaire et à mesurer l’effet qu’ils feront.

L’hypercommunication nous conduit à l’hyperhysterie, et au grotesque.

Les médias influencent de manière considérable nos existences, nos mœurs et les mentalités des hommes. Ils sont une intrusion dans nos vies privées. Le choix individuel est difficile, nous sommes en présence d’aliénation et de manipulation.

« C’est parce que la télévision nous gave que nous sommes enclins à nous gaver. Chaque jour, nous nous promettons sans succès de contrôler notre gloutonnerie optique ».

Je crains que notre thème nous fasse faire le procès des médias. Cependant ils nous divertissent, et bien précisément c’est là où il y a problème. La Politique, les idées ne sont pas un spectacle, un divertissement comme a pu le laisser entendre Berlusconi, Trump et autres adaptes des reality show. Les médias nous bercent d’illusions c’est pourquoi les politiques en sont friands, mais cela conduit à une montée du populisme partout dans le monde.

Nous avons pourtant besoin de nous informer pour comprendre.

« Qui maîtrise les images maitrise les esprits » Bill Gates.

Tout cela n’est pas une opinion, mais juste des remarques diverses, pour susciter votre participation et prise de paroles à notre prochaine réunion.   Eric Staram

Pour plus d’informations sur notre sujet :

Le grandcontinent article du 16/1 Olivier Abel et Delmas-Marty

https://legrandcontinent.eu/fr/2021/01/16/dans-la-spirale-des-humanismes...

  1. « Comment la Vérité et la réalité furent inventés » Paul Jorion. Gallimard Bibliothèque des Sciences Humaines (2009)

« La psychologie des foules » Gustave Le Bon 1895. PUF collection Quadrige 1988

janvier 2021 : Le Vieux Kong a volé l’image du calamarathon à sa petite fille, dans un opuscule de travail sur les mots-valises :"Le calamarathonien est un mollusque céphalopode pratiquant la course à pied de grand fond." Ecrit par Claude Caillart

Le calamarathonien

Le Vieux Kong a volé l’image du calamarathon à sa petite fille, dans un opuscule de travail sur les mots-valises :
"Le calamarathonien est un mollusque céphalopode pratiquant la course à pied de grand fond."

Portez-vous bien, en avançant un pied devant l’autre.
Claude Caillart (janvier 2021)

Poursuivre la lecture des billets 2020  en dépliant les textes dans l'encadré bleu ci-dessous. 

Décembre 2020 - Lune nouvelle de Claude Caillart

Le Vieux Kong a pu regagner son rivage, laissant les araignées lacustres déguster leurs mouches. Il admire la mer, et ces "brutes molles de vagues, rongeant obstinément les roches brunes".
Dans les prairies d'algues vertes ou brunes, ou le long des parois rocheuses, les bigorneaux noirs et les littorines jaunes broutent du goémon frais. Opercule déployé, chaque individu rampe sur son pied unique, en quête de pitance. Quand la mer monte, tous s'élèvent ; quand elle descend, chacun attend qu'elle remonte, confiné dans sa coquille. Le quotient émotionnel du bigorneau est peu élevé, ce qui exclut tout état d'âme; il se contente de satisfaire à ses besoins alimentaires.
Maitre Kong n'attendait rien de ces mollusques, mais il contemplait avec sérénité leur isolement tranquille, leur lent parcours, rythmé par les marées.
A son arrivée, les poulpes l'avaient accueilli en ondulant des tentacules. Les calamars avaient démarré un joyeux calamarathon, devant un banc d'anchois et de sprats.
Les raies-torpilles alimentaient les éclairages, et les noctiluques reflétaient la lumière des étoiles.
Avec les crustacés, il tentait d'échanger des signes. Les crevettes codaient leurs messages, faisant claquer leurs nageoires caudales ; difficiles à comprendre sans interprète.

Un cadeau l'attendait, laissé par le capitaine des crevettes en fin de mission : une paire de chaussettes de laine, une verte, et une rouge. Elles étaient d'une taille compatible avec ses tongs. Il se rappela que la verte, c'était la droite, et la rouge, c'était la gauche. Partir du bon pied pour s'orienter. Remerciant tout bas la Reine-mère, il émit un souhait : "Paix dans votre royaume, Ma Dame. Vos dix bras me manquent".

L'an dernier va passer dans le noir et le silence. La nouvelle lune va se lever, invisible. Le couvre-feu sera respecté.

Pour Maitre KONG et PCC : Claude CAILLART - Décembre 2020.

Décembre 2020 - Billet d'humeur personnelle de Paule Giron

Paule Giron exprime son ressenti à l'écoute d'une annonce à la télévision (annonce reprise avec modification par la suite).

"Je suis outrée. En ces temps troublés où le monde semble marcher bien souvent sur la tête, je viens d’entendre, via la télévision, la proposition d’un Noël vraiment pas ordinaire : « Afin d’éviter les clusters familiaux, pourquoi ne pas mettre, le soir du Réveillon, les grands-parents dans la cuisine » ? En voilà une belle idée. Un soir de fête, avec les jeunes générations à la grande table et les vieux entre les assiettes sales, les restes de dinde et les croûtes de fromage… Festif non ? L’enfer est décidément plein de bonnes intentions… J’ai pris d’autres dispositions : j’ai averti mes enfants et petits-enfants que je passerai Noël chez moi .Je n’ai rien contre la cuisine, j’y prends tous mes repas de l’année. Mais l’idée d’être écartée des miens sous peine de Covid m’insupporte suffisamment pour ne pas risquer la honte ! et pour moi et pour eux. Je ne saurai jamais s’ils auraient osé m’offrir la cuisine ou pas mais le doute permet encore de pouvoir rêver tranquille. Je m’interroge : quand saurons-nous respecter vraiment les vieux ? Pour moi, d’évidence, nous n’y sommes pas encore ».

Novembre 2020 - Maitre Kong et la vie en rose des crevettes de Claude Caillart

Capitaine de crevettes

Entouré d'araignées dans leurs toiles, Maître Kong commence à déprimer.
Le jour, il vit environné de mouches noires. La vie confinée commence à devenir grisâtre.
Mais le soir venu, il dialogue avec les étoiles, ces mouches lumineuses, scintillant au delà du dôme protecteur.
Il observe avec certitude que l'avenir est incertain. L'urgent ne fait plus le bonheur et les lents demains qui chantent tardent à se faire entendre.
Lentement, une colonne de chevrettes, bouquet de crevettes tropicales, remonte les ruisseaux jusqu'au lac. Leur coquille est verte, tigrée de tâches rouges; leurs pinces et leurs nageoires sont peintes en bleu pétard. Leur rostre dentelé les précède.
Leur coquet capitaine lit son ordre de mission au vieux Maître :
"- Envoyé spécial de la Reine des araignées de mer, "des gouffres interdits à nos sondes, comme montent au ciel des soleils rajeunis, après s'être lavés au fond des mers profondes", je viens vous livrer un présent."
Le paquet arrive bientôt, porté par un saumon Colisssimo, en quête de son bulletin de naissance. Une bouteille de Chasse-Spleen précède un Pape-Clément, Graves dépassant les meilleurs graves.
Maitre Kong porte paisiblement un toast à son amoureuse donatrice, la douairière lointaine.
Collées au plafond, seules témoins de cette libation solitaire, les araignées proposent, partagent, dégustent, en fraternelle agape, des pattes de mouches.
Enfin les chevrettes s'éloignent, en commençant par les plus vieilles. Elles chevrotent : "Avons-nous assez navigué, dans une onde mauvaise à boire? Avons-nous assez divagué, de la belle aube au triste soir."
Leur mission accomplie, elles changent de coquille. Puis, camouflées dans leur nouveau costume, elles regagnent le rivage.

Merci Maître Kong - PCC Claude CAILLART- Novembre 2020

A la santé de la Reine Douairière des Araignées, du Pape Clément en son château, d' Apollinaire, et Baudelaire.
 

Octobre 2020 - D'une araignée à l'Autre de Claude Caillart et Maître Kong

Le vieux Kong est toujours isolé, replié dans la montagne. Sous sa coupole, assombrie de toiles, une araignée velue lui  tend son fil. Au loin la veuve de King, régente des araignées de mer, appelle :

- Ici la Régente,

Pouvez-vous, cher Maître, et sans vous commander, avoir l'obligeance de bien vouloir éclairer ma lanterne ?  Pour régner sur des araignées, et fédérer les territoires, que dois-je faire ? Comment diviser pour régner, et en même temps réunir pour gouverner ? Comment contenter le terrain, et en même temps ménager les puissants ?

Le Maître sourit avant de répondre. C'est plutôt amusant, se dit-il, d'être dérangé  dans sa solitude  par une araignée-mère qui demande comment régner sur des araignées ; même si c'est un peu affligeant de se laisser aller à en sourire.Le regard du vieux Kong se perd dans les nuages, filochant en s'effilochant. Il tente de répondre brièvement aux questions posées :

 - Pour réussir, gardez à l'esprit trois facteurs essentiels : favorisez la liberté d'action locale ; concentrez tous vos efforts pour désigner les plus capables ; économisez vos forces et vos ressources.

- Si vous ne respectez pas ces principes, votre action d'araignée-mère aura été aussi utile qu' un couteau sans lame auquel manquerait le manche.

Sur ces paroles, Maitre Kong sourit à nouveau,  se déconnecte, et concentre son regard sur un nuage qui galope, indifférent au travail de tissage des araignées - au plafond.   À nouveau confiné, le  Sage  rejoint sa bulle, d'où il laisse à loisir défiler les images et les rêves.

PCC Claude Caillart - Octobre 2020   PS : Maitre Kong tient à remercier, pour leurs apports respectifs,  Goethe, Erasme, le Maréchal Foch, Mao-Tsé-Tong, Machiavel -  conseiller du Prince -, le moraliste Lichtenberg, et la psychanalyste Cynthia Fleury

Octobre 2020 - Note de lecture de Claude Caillart : "Changeons de voie - les leçons du coronavirus" de Edgar Morin

Edgar MORIN (99 ans), sociologue et philosophe, a publié cet été un ouvrage où il propose ses réflexions sur le coronavirus. A défaut de donner un sens à la pandémie, il suggère d'en tirer les leçons pour l'avenir.
Un extrait : " Le confinement doit surtout ouvrir sur l'essentiel de l'existence, aussi bien les infortunés captifs de leurs servitudes que les fortunés captifs de l'immédiat, du secondaire et du futile : l'amour et l'amitié pour notre épanouissement individuel, la communauté et la solidarité de nos Je dans les Nous." (p.30)
Et un second extrait, dans la conclusion : "Être humaniste (...) c'est aussi ressentir au plus profond de soi que chacun d'entre nous est un moment éphémère, une partie minuscule d'une aventure incroyable (...)" (p.147)
Ce livre de 150 pages a pour titre "CHANGEONS DE VOIE - les leçons du coronavirus".
Quelle voie devons-nous choisir ?

Claude CAILLART - 01/10/2020

Septembre 2020 - Rester confiné de Claude Caillart

Dans sa bulle, le vieux Kong médite : doit-il regagner le rivage ?

Sur la côte, les tortues pondent et leurs bébés pédalent vers la mer. La police les protège des touristes voyeurs.

Au large, une tortue-luth, prise dans un filin, est libérée grâce aux sauveteurs bretons . Elle réussit à rejoindre la terre pour brouter les méduses.

Dans les prairies, des chevaux sont mutilés, leurs oreilles lacérées. Qui a ouvert leurs barrières ? C'est la panique dans les campagnes. Les éleveurs accusent les druides, les végétariens. Les gendarmes se mobilisent.

Des drones signalent la présence de canettes de bière dans le fourrage des vaches, qui ont bien du mal à digérer.

Ils observent aussi un wallaby furtif. Echappé d'un zoo, il se cache, effrayant les passants. Il court toujours.

Les nouvelles du passé sont étonnantes. La photo colorée d'un trou noir, vieux de sept milliards d'années-lumière, apparaît. L'image révélée montre des spirales colorées, qui font penser à un mandala, ou à un opercule de mollusque des mers du Sud. Le vieux Kong est sidéré par les progrès de la connaissance de nos origines. La quarantaine passe de quatorze à sept jours. Quel progrès !

Kong hésite sur la direction à prendre : vers quelle côte se diriger ? La Bretagne, où vivent les Bretons ? Un auteur auvergnat le renseigne : "Ils ont inventé le lit clos. Ils naissent dans des placards, vivent en mer et meurent dans l'alcool. A moins qu'ils ne meurent en mer et ne vivent dans l'alcool. Il leur arrive de mourir dans un placard. " Ils respectent le confinement. Ne parlons pas des Grands-Bretons, qui veulent rester entre eux.

Il est certain que rien n'est sûr.

Dans le doute, il s'abstient le plus possible.

Pour Maître Kong - Claude CAILLART - 23/09/2020

Août 2020 - L'été passé de Claude Caillart

Isolé sous dans sa bulle translucide, le vieux sage pense à l'avenir, incertain.
Les araignées d'eau s'habituent à sa présence, deviennent familières. Son plafond devient sombre sous leurs toiles.
Kong y voit de moins en moins clair, devant les informations contradictoires diffusées.

Il consulte les quotidiens des régions maritimes, s'intéresse à la situation des plages. Les nageurs se baignent masqués, après avoir évité des méduses en forme de poumon. Ils retiennent leur respiration, le temps de pénétrer dans l'eau. Les deuxièmes vagues sont si nombreuses qu'elles passent inaperçues, tout en restant possible.
En Papouasie, les chercheurs font un geste pour la barrière de corail ; ils comptent les étoiles de mer dévoreuses.
Un septuagénaire a glissé sur les goémons en péchant la crevette de nuit, et il s'est noyé.
Une octogénaire s'est égarée dans les bois ; les pompiers l'ont retrouvée, légèrement déshydratée.
Une tortue centenaire, ayant fait l'objet d'un avis de recherche, est enfin signalée 1,5 kilomètre plus loin, au bout de 11 jours.
Les vieux requins-pélerins flânent le long des côtes, massifs, vulnérables et inoffensifs.
Le championnat de cracher de bigorneaux est interdit, mais le lancer de sabots reste autorisé.
Le concours du plus beau cri de cochon est annulé. La consommation repart.
Les taux d'alcoolémie dépassent 3,6 grammes par litre.
Mais la probabilité des averses reste faible, annonce la météo.

Les toiles d'araignées lacustres ont tapissé le plafond. Par ce réseau en expansion, Kong découvre des auteurs méconnus, ceux qui "font jaillir puis exploser ce qui est tellement enfoui".
Via les réseaux sociaux, du groupe des arachnides, il reçoit des nouvelles des lointaines cousines : la nouvelle reine des araignées de mer le salue. Même éloignés, ils deviennent proches ; ses nuits en sont illuminées. Il s'endort en rêvant.

Claude Caillart
Pour Maitre Kong

Août 2020 - billet d'humeur tranquille de Paule Giron

Pour les vacances, un petit livre à apprécier dans un transat, à l’ombre, quand tout est calme autour et qui ne demande aucun effort méningé superflu ! « Vivre dans un monde imprévisible de Frédéric Lenoir, chez Fayard. C’est court, ça concerne tout le monde et c’est bien dit. Lenoir nous propose de revisiter ce que nous venons de vivre : le trauma du confinement et la résilience nécessaire si l’on veut en avoir appris quelque chose aussi bien de nous-même que de notre époque.
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Juillet 2020 - Été à la Kong de Claude Caillart

C'est l'été. Les bords de mer sont couverts d'enfants, qui chevauchent des licornes gonflables. Maitre Kong repart en montagne, loin de la foule déconfinée. Un ballet d'hélicoptères l'entoure, l'assourdissant. C'est le Président qui  descend, précédé par la presse. Il vient rencontrer une convention de citoyens, désignés  pour réfléchir sur le réchauffement climatique.    Trois  propositions le surprennent : /  - Repeindre la nature en vert,   / - Réduire  les vols en altitude,    - Relocaliser la production  des bouées gonflables.     Le Président réserve son avis, afin de regagner son palais sans ses hélicoptères.     Les citoyens de base se sont déjà mobilisés. Ils peignent tout ce qui est immobile: les troncs d'arbres, les rochers, et même un âne contemplatif, qui réussit à s'échapper en ruant.    
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Juillet 2020 - Arc-en-ciel de Maître Kong et de Claude Caillart

Le vieux Kong, esseulé sur le rivage, est privé de sa mer : baignade interdite. Il part en montagne, près d'une mare d'eau douce. Il y trempe ses jambes engourdies et ses pieds douloureux. La commission scientifique lui a envoyé des poissons-docteurs, qui lui nettoient les espaces interdigitaux. Ça le chatouille. Il étale ses orteils en éventail, sort un pied de l'eau, le fait sécher au soleil, le remet dans l'eau, puis fait sécher l'autre. Et il recommence, à l'instar du Sapeur Camember.     Le Président, qui  s'est déplacé pour consulter le Sage, attend fébrilement son verdict : " - Que faire, ou ne pas faire ? Et comment ?" Kong arrête de baigner ses innombrables pieds. Il tourne sept fois sa langue dans sa bouche, avant d'émettre un avis posé er circonstancié :     "- Si c'est urgent et important, mobilisez tous les moyens, et dirigez l'action commune.     / "- Si c'est urgent, mais moins important, déléguez aux juniors,  plus créatifs.     / "- Si ce n'est pas urgent, mais important quand même, laissez mûrir le problème.     / "- Et si celui-ci n'est ni urgent, ni important, laissez-le pourrir.       Alors Kong regagne son rivage marin préféré. La marée noire a disparu,  la plage est maintenant envahie d'algues vertes. Les baigneurs circulent. Un nageur lève le bras : il a perdu pied. Un voisin lui tend la main. Dès qu'il a repris  pied sur le rivage, il est verbalisé, pour non-respect de la distanciation sociale. Le règlement triomphe, brutalement, appliqué au pied de la lettre. Après la marée noire,  les algues vertes, et en attendant que  le virus jaune disparaisse,  comme il est venu,  les citoyens  peuvent quitter les zones rouges, et retrouver la Grande Bleue.     Le Président peut commander un arc-en-ciel.

Juillet 2020 - Un texte de Rainer Maria Rilke redécouvert par Paule Giron

 Après…  Après la peur, pour soi et pour les siens,     /  Après la surprise de voir le monde incertain     / Alors qu’on le croyait « sécure »     / Après ce dur rappel de la fragilité humaine, un texte vaut d’être transmis à tous ceux qui voudront bien le recevoir !       Pour lire la suite : télécharger le PDF ou cliquer dans le rectangle bleu.

Juillet 2020 - billet d'humeur de Paule Giron "Complainte des Ehpads"
Personnes sensibles : s’abstenir.
Jacques Brel m’a inspiré ce petit détournement d’une de ses chansons les plus célèbres, « Quand on a que l’amour ».
J’en ai extrait cette complainte des Ehpads qui est à ma façon à moi de compatir avec tant de vieux en souffrance :
« Quand on a que la télé
à offrir en partage
Le jour du grand voyage… »
- Quand on a que la télé
pour vivre nos grands-messes
sans nulle autre richesse…
- Quand on a que la télé
pour unique raison
pour unique chanson…
- Quand on a que la télé
« à offrir en prière pour tous les maux du monde »
« Quand on a que la télé
Notre unique combat est de chercher le jour »
 
Paule Giron
Juin 2020 - billet "King disparaît" de Claude Caillart

Le vieux King souffre. Il a peur d'être contaminé. Il a besoin de parler à ses enfants, ses héritiers. Kong lui conseille de prendre l'air. Captain Planet ne peut approcher la plage, envahie par la nappe de pétrole. Le Capitaine Nemo doit rester au large, immergé.

Mais faisant appel à l'esprit de Jules Verne, l'idée d'un départ en ballon vient à Kong. King embarque dans la nacelle, salue une dernière fois le vieux Kong, et s'envole, muni de quelques olives, et autres provisions de bouche.
Le voyage dure plusieurs semaines. King est de plus en plus absent. Il croise dans les airs les images du Roi Lear, sous les traits de Michel Piccoli, qui bredouille sa fin prochaine.
Le ballon se pose sur des bords déserts, inhabités; ceux-là même d'où King est parti. C'est une île de sable, produit d'une rencontre : celle du Gulf Stream qui remonte, et d'un courant froid, qui descend du Labrador. La Dauphine, entourée de sa cour, l'attend. King peut lui transmettre un dernier message, solennel : "- Gardez-vous de vouloir tout faire. Une bonne reine, pour bien gouverner, doit ne rien faire, tout faire faire, et ne rien laisser faire sans contrôle."
Puis, en cette bonne île où il est né, King exhale un ultime soupir. L'image du vieux Kong lui apparaît, irréelle, devant la carapace de ses yeux déjà fermés. Le crabe qui va mourir laisse échapper les bulles irisées de son dernier souffle. Le Roi est mort, vive la Reine.
Kong reçoit ces bulles, en rêve. Une légère humeur de brume s'élève du rivage. La mer monte, emportant le vieux King vers les fosses abyssales, où sa carcasse reposera en nourrissant les bactéries, pour regagner enfin le monde minéral, en grains de sable anonymes.
Mai 2020 - billet d'humeur de Kong et Claude Caillart : Rêve éveillé

Le vieux Kong, allongé,  médite sur le temps. Il pense aux roches qui s'érodent, aux coquilles qui se vident, au sable qui s'écoule. Le vent souffle, à présent,  menaçant leur abri. A couvert, sous leur bâche commune, King-le-crabe rêve à ses proches. Dimanche prochain, qui pourra venir  le voir,  lui parler, et lui desserrer  les pinces, bloquées par l'arthrose ? La Reine douairière ? Une épouse ? Une dauphine ? Et le petit  prince, quand  le reverra-t-il ? Il s'éveille en sursaut. Une sale odeur, entêtante, a pénétré l'abri. Dans la nuit, une marée noire a envahi la côte. La plage et les rochers sont recouverts d'une couche visqueuse et puante.  Les oiseaux de mer, englués,  ne peuvent plus décoller. Les dauphins ont disparu. Les coquilles Saint-Jacques ont fui. Les crustacés ont trouvé un refuge sous les laminaires. Au large, les langoustines se sont repliées dans leurs terriers vaseux. King secoue Maître Kong, encore plongé dans sa méditation. Ils contemplent, muets, le désastre. King se lamente en sourdine : "- Rien ne sera plus comme avant.... / Kong pense à voix haute : "- Tout redeviendra comme avant. Ce qui fut cela sera, ce qui s'est fait se refera. Rien de nouveau sous le soleil. Un jour, ton prince viendra, pour te charmer et te donner l'espoir." / "- C'est bien mon seul espoir." soupire King" / Pour ce Dauphin tant espéré, voici les conseils avisés d'un grand Prince" rappelle  Maitre Kong : "Pour bien gouverner: réunir ; pour régner : diviser. /  "Pour réunir : partager des valeurs humaines. / "Pour  diviser : multiplier les discours vides, les commissions fantômes, les tableaux de chiffres extravagants, et les formulaires administratifs inutiles."  /  - Maitre Kong, laissez-moi méditer ces propos salutaires".Et King se rendormit. Il y eut une nuit, et il y eut un matin...

Mai 2020 - billet d'humeur de Mamaïku, 88 ans et demi

« Ecrivez-moi, / Ça m’touche / Téléphonez-moi, / Ça m’touche / Pensez à moi, / Ça m’touche /// Le toucher thérapeutique, / Fantomatique, / Ça vaut tous les bouche-à-bouche » ou   «Une gentille épistole / Toujours console, / De la coronale torgnole » ou  «Et si tous les Vieux de tous pays, repensaient pour de bon l’économie ? / Et s’ils rallumaient l’humain / Que leurs enfants ont éteint…/ Et s’ils rapetassaient de leurs frêles mains, Un monde lumineux pour demain … »

Avril 2020 - billet d'humeur de lectrice de Fr.S.

Encore un article concernant notre génération et susceptible d'intéresser les OLD'UP membres ou sympathisants...  voici le lien      https://www.telos-eu.com/fr/societe/covid-19-le-premier-ennemi-declare-de-la-generatio.html

Avril 2020 - billet d'humeur de Kong assigné et Claude Caillart

Maître Kong a rejoint le rivage, soulevé par les crabes de King. Certains de ces soutiens ont disparu en route, épuisés. Aux confins de la terre, il ne peut débarquer, placé en quarantaine par la Santé du territoire. King va l'aider à s'isoler du monde. Il mobilise le réseau des araignées de mer. En long cortège, elles montent du fond des abîmes, encapuchonnées de sacs plastiques célébrant les Super Marchés. Souverain, King libère les crustacés de leurs emballages. Tant bien que mal, il couvre le pédalo de ces sacs éventrés, pour assurer à Kong un confinement durable. Sur le pédalo, ils s'organisent. Le matin, au sec sur la plage, ils pédalent dans le vide, appliquant le principe de Poulidor : "- Plus on pédale moins fort, moins on ira plus vite, et plus tard on arrivera, mais en bon état." Enfin la mer remonte, et le pédalo est à flot. Soulevant leur voile précaire, Kong et King contemplent de haut le ballet des Bernard l'Ermite, nettoyeurs des fonds marins. King  explique : "- Mes lointains cousins doivent absolument se mouvoir : ils muent et cherchent dans l'urgence un logement plus grand. Sans coquille, leur long corps mou est vulnérable, menacé par tous les dangers. En même temps, ils doivent continuer à se nourrir, avant de trouver une résidence univalve ."

Kong médite  : "- Toute survie passe par une double quête. Manger sans être mangé. Trouver un abri de passage. Mais qu'il est doux de ne rien faire, quand tout s'agite autour de vous. " Il abaisse son rideau plastique, souvenir de supérette, et propose  une olive confite à King le Crabe, qui fait la moue. Après la mue, qui fait la moue maudit la guerre. Et ils s'endorment en paix. (A suivre)

Avril 2020 - billet d'humeur de Paule Giron : « La mesure »

Il arrive parfois qu’au fil de nos lectures, nous tombions soudain sur une « pépite » qui, vous illumine d’un coup de plume toute à l’actualité dans laquelle vous pataugiez plus ou moins péniblement avec, pour chacun, sa petite explication à laquelle il s’accroche comme une moule à son rocher !  Je ne résiste pas au plaisir de livrer ma « pépite » aux Oldupiens qui sauraient l’apprécier : J’apprends donc que, chez les Grecs, les Anciens bien sûr, le « mètre étalon » de toute vie, individuelle et collective était la mesure. C’est-à-dire  cet équilibre constamment à rejouer comme un funambule sur son fil entre le « trop et le pas assez ». Le jour où les Grecs ont perdu cet équilibre-là, leur civilisation s’est effondrée.

Faut-il faire un dessin pour ceux qui ne verraient pas le rapport entre ces grecs et notre actualité. Pour le trop, nous sommes champions, trop d’argent, trop de progrès, trop de bouffe (obésité), trop de voyages, trop, trop, trop. Pas assez de réflexion, de sagesse, voir l’effet du confinement sur tous ceux qui n’aiment que le stress et l’extérieur. Une suggestion pour le confinement : Essayer de se situer, jour après jour, entre le trop et le pas assez. Vous allez voir que ce n’est pas facile du tout !...Mais c’est peut-être çà « l’avenir ».

Avril 2020 - billet d'humeur de confinée de Geneviève C. : Voyage autour de ma chambre

En rangeant ma bibliothèque je viens de retrouver le livre de Xavier de Maistre et, devenue confinée à mon tour, je le relis avec intérêt. Je m'applique à découvrir tous ces petits riens qui m'entourent. Fantaisie, rêverie, abandon à l'imaginaire. Quand, tout à coup coincé entre deux pages du livre, un diable hideux et répugnant apparait. NON, NON, NON et NON !!!!! Je ne peux pas le voir. Il me nargue et ricane tout en rouge et noir et les griffes acérées. Je claque violemment le livre et écrabouille d'un seul coup ce démon tel un moustique. Quelle brusquerie, je ne me connaissais pas aussi brutale. Tout devient alors blanc et cotonneux, tout disparait autour de moi. Un temps incertain avant que la clarté ne revienne petit à petit. Les contours de la pièce se dessinent à nouveau, les couleurs prennent possession des objets, le soleil illumine la pièce. Les chemins du voyage autour de ma chambre sont visibles. Ironique exploratrice de cette aventure je reprends mon parcours. Les voies du confinement sont impénétrables mais le jour finit toujours par succéder à la nuit.

Avril 2020 - billet d'humeur de Laure Brandt : Mort d’une CORONA VIRUS

Malgré mon genou douloureux je décidai d’aller faire un tour dans la campagne. Je m’avançais doucement sur un chemin pierreux quand je vis un panneau. Je m’approchai curieuse et lus : attention DANGER. CORONA VIRUS. Ici commence le pays confiné.  Etonnée, je me demandai que voulait dire ce mot inconnu pour moi. Je décidai de continuer malgré une pointe d’inquiétude, Aucun bruit, pas même un vol d’oiseau. Le chemin bifurquait à droite pour s’enfonçer entre deux talus. Je m’y aventurai vaillamment. A quelques métres surgit une mygale goliath. Ses longues pattes étaient brunes et velues. De sa tête jaillissait deux yeux brillants d’un noir charbon. J’ai cru entendre dans un ricanement grinçant: “Ah, ah petite vieille la vie ne t’a donc rien appris ; tu oses l’aventure alors que tu tiens à peine debout, dis adieu au monde. Je vais faire de toi un repas de roi”. Tremblant de tout mon corps, j’étais comme paralysée. Elle s’approchait lentement et je sentis ses pattes velues enserrer mes pieds. Je me souviens que ma grand mère m’avait donné une petite dague empoisonnée à mettre dans mon soutien gorge au cas où je serai attaquée. Dans un ultime effort je sortis la dague de son fourreau et l’enfonçai dans le cou de la bête qui s’effondra. Il ne resta qu’une tache brune sur le sol.

Le bruit d’une porte qu’on ouvre me réveilla; sur le seuil la tête de mon fils effaré; tu vas bien Maman? tu as hurlé comme si tu courais un danger.

Avril 2020 - billet d'humeur de Kong et King et Claude Caillart

La mer s'est retirée. Le pédalo des migrants a échoué sous les oliviers.

Comment regagner le rivage ? / Kong appelle  King le crabe en consultation. / Le décapode écoute, et propose ses services : "- Cent crabes à dix pattes font mille pattes. / "Cinquante crabes sous chacun des flotteurs, et je prends la manœuvre en main./ "- Faites donc, King", dit Kong. / King et Kong montent sur le pédalo. / King se tient aux côtés de Kong, cap vers la mer. / Kong le félicite : - " Pour commander les hommes, marche avec eux" / King s'y emploie, avec ses deux cent crabes. /  "En position : cent à tribord,  cent à bâbord." /  "Creusez la vase, sous les flotteurs." / "A mon signal, les tribordais lèveront les pattes droites, puis les poseront." / "Les bâbordais, ensuite, lèveront les pattes de gauche, puis les poseront." / Les flotteurs se soulèvent, sous l'effort conjugué de la horde des crabes, ancrés dans le sol comme poissons dans l'eau. Le grand King dirige l'effort." /  En avant doucement, mais ensemble : les tribordais appuient sur leurs pattes de droite, les bâbordais sur leurs pattes de gauche. Quand c'est fini, ils changent . / Lentement, le pédalo décolle, et progresse en cadence. Cinq cent pattes à la fois, de chaque bord, poussent. / La mer est en vue : "Thalassa, Thalassa", remercie le vieux Kong. / Le vieux Kong égaré a rejoint le rivage, porté par mille pattes concentrées sur l'ouvrage. / Les crabes peuvent  reprendre la mer, après avoir retiré un dernier enseignement du Maitre : "Quand vous regardez devant vous, vous  avez un bel avenir ; mais si vous vous retournez, vous en avez  vraiment reçu plein le dos." / La mission est accomplie, jusqu'au prochain épisode d'aberration climatique. (A suivre)

Mars 2020 - billet d'humeur et d'humour conseillé par une lectrice du journal « la Vie » : Prendre son destin en main

Parmi les différentes mesures prises pour lutter contre l’épidémie du coronavirus, il est demandé de ne pas se serrer la main. En revanche, il est possible – et même recommandé – de se serrer les coudes. Il ne faut donc plus tendre la main, ne plus faire des pieds et des mains, seulement des appels du pied afin de garder les mains libres. Si vous êtes à la tête d’une association et que vous voudriez vous retirer, impossible de passer la main ; certes, il reste la solution de vous faire sortir à coups de pied dans l’arrière-train, mais ce n’est pas très élégant et l’on peut très vite en venir aux mains. Pour les amoureux qui ont le coeur sur la main, il est illusoire de le donner, ne même de le partager : les mariages vont tomber en désuétude, car plis personne ne fera une démarche pour demander la main de l’être aimé. Autre conséquence grave pour la démocratie: désormais, la politique de la main tendue est vouée à l’échec, être pris la main dans le sac sera moins grave que de donner un coup de main. Bien sûr, la main gauche doit ignorer ce que fait la droite, mais si elle a donné de l’argent de la main à la main, il sera nécessaire de lui passer un savon. C’est dans la tribulation qu’il convient d’être fort, l’épidémie génère un sentiment de peur ; la solution ? S’en laver les mains et prendre son courage à deux mains, surtout en mains propres.

Mars 2020 - billet d'humeur et de paix...  de Pascal Lenormand

Pascal Lenormand, Désigner énergétique, entrepreneur et auteur un message lu sur LinkedIn et Facebook que Brigitte Cadeac a eu envie de transmettre ... temps de guerre ou de paix ?

" Monsieur le Président,  J’écris ces mots au petit matin après un nuit de sommeil comme j’en ai rarement eue. Mes enfants jouent calmement dans leur lit sans pression pour courir après un horaire. J’apprends par les informations que la lagune de Venise a retrouvé son eau claire, que des poissons reviennent. J’apprends que la Chine retrouve un air pur. Je reçois depuis quelques jours des messages d’amis, de la famille. Chacun prend soin, s’inquiète des plus fragiles. En me promenant hier, des inconnus m’ont salué, à distance respectueuse.  Vous affirmez que nous sommes en guerre. Nous avons presque le même âge, Monsieur le Président. La guerre, nous l’avons vue dans les manuels ou sur les écrans. C’est un déchainement d’énergie tournée vers l’extérieur. Elle vise à anéantir l’autre, et dévaste tout ce qui est autour. Les hommes, la nature. La guerre, c’est Hirochima, Verdun, la Syrie. Violence, destruction, dévastation. Voyez-vous cela aujourd’hui, Monsieur le Président ?  
[...]
Et pour conclure "Que cette trêve soit la chance inespérée d’évoluer rapidement vers le seul projet valable. Soyons en paix".
Vous pouvez consulter ce texte en intégralité en PDF en bas de page.

Mars 2020 - billet d'humeur et de crise

Plusieurs OLD'UP recommandent l'article de Monique Lauret :

"Que peut nous enseigner la crise chinoise du Covid-19 ?".
Dans l’épreuve le sujet chinois plie, ploie comme un roseau mais ne casse pas. Sa force intérieure vient de la sédimentation d’une pensée confucéenne et taoïste enracinée depuis deux mille ans, privilégiant l’homme dans le monde et sa société contrairement à la pensée occidentale qui privilégie l’individu. La pandémie du Coronavirus prend une dimension mondiale. Cet événement qui met en relation les scientifiques du monde entier interroge aussi la psychanalyse. Il interroge un corps qui est toujours une donnée antérieure à son traitement psychique. Nous pensons que les psychanalystes doivent relever ce défi, dire ce que cette prééminence du corps nous enseigne.
A suivre en PDF en bas de page.

Mars 2020 - billet d'humeur et de confinement de Nicole Fabre

Je vous adresse ce texte très beau qui m’a été envoyé: Texte d'un confiné de Venise : « Je vous écris d’une ville coupée du monde. Nous vivons ici dans une parfaite solitude qui n’est pas le vide. Nous prêtons chaque jour un peu moins attention à ce que nous ne pouvons plus faire car Venise, en ces jours singuliers, nous ramène à l’essentiel. La nature a repris le dessus. L’eau des canaux est redevenue claire et poissonneuse. Des milliers d’oiseaux se sont installés en ville et le ciel, limpide, n’est plus éraflé par le passage des avions. Dans les rues, à l’heure de la spesa, les vénitiens sont de nouveau chez eux, entre eux. Ils observent les distances, se parlent de loin mais il semble que se ressoude ces jours-ci une communauté bienveillante que l’on avait crue à jamais diluée dans le vacarme des déferlements touristiques. Le tourisme, beaucoup l’ont voulu, ont cru en vivre, ont tout misé sur lui jusqu’à ce que la manne se retourne contre eux, leur échappe pour passer entre des mains plus cupides et plus grandes, faisant de leur paradis un enfer. Venise, en ces jours singuliers, m’apparaît comme une métaphore de notre monde. Nous étions embarqués dans un train furieux que nous ne pouvions plus arrêter alors que nous étions si nombreux à crever de ne pouvoir en descendre! A vouloir autre chose que toutes les merveilles qu’elle avait déjà à leur offrir, les hommes étaient en train de détruire Venise. A confondre l’essentiel et le futile, à ne plus savoir regarder la beauté du monde, l’humanité était en train de courir à sa perte. Je fais le pari que, lorsque nous pourrons de nouveau sortir de nos maisons, aucun vénitien ne souhaitera retrouver la Venise d’avant. Et j’espère de tout mon coeur que, lorsque le danger sera passé, nous serons nombreux sur cette Terre à refuser de réduire nos existences à des fuites en avant. Nous sommes ce soir des millions à ignorer quand nous retrouverons notre liberté de mouvement. Soyons des millions à prendre la liberté de rêver un autre monde. Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux. La nuit tombe sur la Sérénissime. Le silence est absolu. Cela suffit pour l’instant à mon bonheur. Andrà tutto bene." Peut être au delà de cet immense drame verrons nous poindre une lumière, une réflexion renouvelée s’amorcer."
V
ous pouvez télécharger ce texte en PDF en bas de page.

Mars 2020 - billet d'humeur de Kong et Claude Caillart

Depuis quarante jours, c'est le déluge.

Les crabes ne savent plus où donner de la pince, alors que l'écume du  rivage s'insinue dans les terres.
Maître Kong est trempé, mais il s'est réfugié sur le pédalo abandonné par les migrants. Il flotte.
La glace fond,  la terre se réchauffe. La Sibérie, la Californie, l'Australie, la Corse  brûlent. Le climat change, et la mer monte.
Porté sur les flux qui l'emporte, le vieux sage dérive dans la forêt inondée. Il  picore  au passage les fruits à sa portée.
Un corbeau croasse, annonçant la fin d'un monde. Est-ce Noé, notre patriarche, qui l'envoie ? Des colombes lui succèdent; elles se posent sur les branches, cueillent chacune un rameau d'olivier chargé de fruits, puis s'envolent.
Le Très Vénérable Kong, activant sa mémoire noyée dans le Déluge, adapte une maxime de Prévert :
- L'olive, c'est la vie; le noyau, c'est la mort; l'olivier, c'est l'amour. 
Il s'endort, mâchonnant un noyau pour oublier la soif.
Quand il s'éveille, caressé par le vent, la lumière est douce, et il plaît aux yeux de voir le soleil. Les eaux désenflent, le reflux s'amorce.
Des hirondelles annoncent le printemps. La vie va reprendre, mais les olives vont souffrir, dans la terre gorgée de sel. En attendant qu'elles renaissent, le vieux sage se contentera d'olives tombées, saumurées à point. Il va s'en trouver assoiffé, condamné à sucer le noyau apéritif.
Heureusement, Noé a planté de la vigne en débarquant de son Arche, et ils vont  pouvoir échanger : une olive en saumure contre un grain de raisin fermenté ; un boisseau d'olives contre une bouteille de Saint-Amour. Et la vie, d'un commerce devenu équitable, reprendra des couleurs.

Février 2020 - billet d'humeur "Don contre don" de Claude Caillart

Maître Kong, de tous ses yeux regarde, et ne voit rien venir. Où sont passés les dons d'antan ? Seule la brise se lève, portant un pélican poussif. Lassé d'un long voyage, il se pose. Dans sa poche de facteur, aucun courrier. No mail, no pub, no reply. Désespérant.

Sortant de l'horizon, une forme  apparaît. De loin c'est une baleine, mais de près c'est un gros cachalot, tout blanc. - Moby Dick, je présume ?, se dit  Kong. Un vieil homme en combinaison de plongée argentée, coiffé d'un bonnet rouge, s'incline :
- Je vous salue, Vénérable Kong
. Vous en êtes un autre,  et je vous rends votre salut, illustre inconnu.
- Inconnu de vous, peut-être, mais autrefois connu de tous : je suis le célèbre Commandant Cousteau.
- Votre nom me dit quelque chose, je vous ai vu à la télé, il y a longtemps, longtemps. Vous avez donc un don ?
- Oui, je viens tout exprès vous donner mon image, Vénérable ; dédicacée, en habit vert d'académicien, avec bicorne : l'uniforme des Immortels.
- Merci de ce cadeau, ce rappel de mémoire. Une image vaut plus que mille mots, dit la sagesse, mais vaut moins que cent euros. Votre proposition me touche profondément. Continuez à voguer sur les flots, Commandant, et dans l'éternité.
L'homme au bonnet rouge s'éloigne, porté par le cachalot blanc. Il rejoint sa légende, âme errant sur  les océans avec le Capitaine Achab, resté lui-aussi attaché à Moby Dick. Le cachalot, devenu leur ami, les transporte.
Maître Kong résume sa pensée sur le sable : A toute déception succède l'espérance. Et sur la poche du pélican, qui va repartir pêcher le don, il inscrit la mention : "Checks only". (A suivre)

Février 2020 - billet d'humeur SI JAMAIS VOUS RENCONTREZ MAÎTRE KONG… de Amé

Vingt-quatre décembre, fin de journée, dans la bonne maison toute en bois, l’ambiance déjà chaude depuis le matin, confine à l’ébullition !...La marche en montagne n’a pas entamé le dynamisme de…certains !

Céryx-le-chat somnole sur mes genoux. A l'aise, il veille. J'observe, j’attends.
Traditionnellement, pour la veillée de Noël, nous avons droit à une crèche vivante, toujours très animée; à la bougie qui coule, tenue de travers, par le grand-père, avant sa lecture du jour, où il se trompe régulièrement de texte! Cette fois, chacun devra parler de la nuit de Noël. Comme je passe la dernière, j’ai pu écouter, concentrée, tous les souvenirs, toutes les extravagances exprimées, sans penser, un  seul instant, à ce que je pourrais dire !
- Amé, c’est à toi !  C'est à moi ...
A cet instant précis, Céryx  tend une patte nonchalante qui vient heurter…ma tablette ! Sauvée ! Où est ce conte que j’ai aimé, qui m’a fait sourire, qui m’a fait penser ?...
Dans oldup.fr, bien sûr. J'y cherche un billet d’humeur, le plus récent de Maître Kong. Et je lis son texte de Noël, l’accueil des étrangers, la communication silencieuse, le don de ce qui lui est cher (l’âne)…
Alors dans la bonne maison, un miracle se produit : Le Silence ! Le Silence et l’écoute attentive !...
- C’est fini ?  - Oui, c’est fini !
Quelques instants d'attente, puis chacun se met en place avec son instrument, pour offrir à Maître Kong, pour offrir aux grands parents, pour s’offrir à eux-mêmes, un joyeux concert.
Si jamais vous rencontrez Maître Kong, dites-lui, s’il vous plaît, qu’il m’a sortie d’embarras ce soir-là, et que je le remercie. Mais surtout, dites-lui qu’il persiste à méditer. Lecteurs, vous y trouverez assistance et réconfort

Février 2020 - billet d'humeur Chpaltan de Slam Mamie de Brest

Mais où sont les ZAIDANTS d'antan ?

Aux abonnés absents ?
Pourquoi on ZAIDE plus ?
Parce qu'on s'aime plus  ?

Non, bien sûr, on s'aime énormément,
Mais le problème récurrent,
C'est CHPALTAN !
L'éternel argument.

A l'Hosto, soigner, panser, laver ?
Faute de personnel, c'est CHPALTAN !
En famille, visiter les Vieux, les écouter ?
Faute d'empathie, c'est CHPALTAN !

(...)

Pauvres CHPALTANS endémiques
Qui sont aussi des DÉSOLÉS chroniques.
Plaignons de tout cœur nos Gouvernants.
Leur désolation nous peine également.
Désolée, j'arrête mes boniments, CHPALTAN...CHPALTAN...CHPALTAN. Slam Mamie

Janvier 2020 - Lendemain de fête, billet d'humeur de Kong et Claude Caillart

Le vieux Kong, sur le rivage, a honoré le  Saint-Joseph. Dans son sommeil , des éléphants roses le berçaient.

Quand il se réveille, le soleil déjà haut embue les bouteilles vides.

La grève est déserte, à part un vieux crabe vert qui fait plage nette, suivi d’un goéland argenté.

Aux pieds du sage,  des étoiles de mer sont tombées du ciel.

Dans les terres, un chien aboie. La caravane est passée dans la nuit. Des rois, peut-être ?

Avec la marée, une baleine bleue s’approche, majestueuse. Un bleu pâle, presque blanc. En sort un petit bonhomme tout ridé.

-  Vénérable  Kong , je viens solliciter un don.

Sois le bienvenu sur la grève. Qui que tu sois.

  • Je suis un modeste chercheur de fonds. Cousin éloigné de Jonas , Pinocchio , et  Sinbad le Marin. Cette baleine m’a recueilli, et projeté jusqu’à toi.
  • Et qu’attends-tu de moi ?
  • Rien que de très simple : tu colles un timbre sur une étoile de mer, et tu la remets à l’eau, loin de la grève. Évidemment, sous le timbre, tu as joint une enveloppe, avec un chèque dedans .
  • C’est tout ?
  • Tu peux aussi mettre ton chèque dans la bouteille, que tu lances à la mer. C’est moins rapide, et plus dépendant des courants qui longent les grèves, incertaines.
  • A la cause des Vieux, je ne peux qu’adhérer. Compte sur mon soutien, moral et financier.

Après cet échange, le petit voyageur gris  rejoint sa baleine bleue, accompagné d’une nuée de mouettes rieuses. Sans dédain pour ce don dédié , il se promit d’adresser un reçu au Vieux Kong. donateur.

Ainsi prend fin cet appel de fonds, adressé à tous les généreux donneurs de sens.

 

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