OLD'UP EN BREF !

L'agenda de OLD'UP pour janvier/avril 2023 est accessible en page d'accueil / agenda.

Tous les mois, une nouvelle vidéo sur la chaîne YouTube de OLD'UP ici !

 

ACTUALITÉS CULTURELLES

Quelques mots sur le groupe

Parler, écouter, dialoguer allègrement sur des sujets culturels qui nous tiennent à cœur : chaque mois nous partons à la découverte des dernières actualités - films, expositions, spectacles, concerts - avant d’aborder le thème du jour choisi d’avance. C’est notre temps re-créatif propice aux échanges d’idées et aux émotions partagées. Ainsi, nous espérons donner envie de sortir, encourager des rencontres et des initiatives et faciliter une cohérence dynamique du groupe.

Informations pratiques

Le groupe est animé par Silvia Ertzer et Catherine Bailleux-Legrand
Contacts mails : silvia.ertzer@orange.fr et catherine_bailleux@orange.fr
Le groupe se réunit une fois par mois. Un compte-rendu est rédigé après chaque réunion. C'est à lire ci-dessous.

Retrouvez les prochaines dates en page d'accueil du site, rubrique "agenda".

 

Actualités culturelles : les rendez-vous 2023

Janvier C'est la passionnante exposition sur Oskar Kokoshka qui marque le début de la nouvelle année pour le groupe "Actualités culturelles. Compte-rendu à lire ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Oskar Kokoshka

Actualités culturelles 10 janvier 2023

Pour ouvrir l’année avec audace, c’est une passionnante exposition qui nous a donné le thème du jour : Oskar Kokoschka, un fauve à Vienne, à voir au musée d’Art moderne de Paris, MAM, jusqu’au 12 février. La rétrospective récapitule l’oeuvre du peintre, poète, dramaturge et essayiste autrichien (1886 - 1980) : les images d’une vie d’un artiste ardent et engagé, témoin de son temps.
Tel un fauve, le jeune rebelle fait irruption dans le courant de l’Art nouveau et ses élégantes arabesques avec des images radicales et des textes subversifs. Décrié comme « Oberwildling », le sauvageon en chef, il fait basculer la Sécession viennoise vers une modernité expressionniste. Avec sa pièce à scandale Assassin, espoir des femmes, il invente le prototype du théâtre expressionniste. Encouragé par l’architecte Adolf Loos, Kokoschka se lance dans le portrait psychologique. Il gratte la surface pour dégager le tréfonds de l’être, le très humain de l’homme. Stupeur des modèles. En 1910, le jeune homme trouve à Berlin auprès de
l’éditeur Herwarth Walden et son influent hebdomadaire avant-gardiste Der Sturm / La Tempête, une scène digne de ses ambitions. Parmi les superbes portraits, dessins et lithographies, de ces années, ceux d’Alma Mahler, sa muse fascinante dont il est follement épris. Et puis, l’émouvant manifeste de l’Autoportrait de 1917, la main sur le coeur pointant la blessure de la guerre 14 - 18, un coup de baïonnette dans la poitrine. A Dresde, entouré d'un nouveau cercle d’amis, Kokoschka convalescent extériorise ses tourments et travaille la matière picturale épaisse avec fougue. Des couleurs éclatent dans Le Pouvoir de la musique. Suit l’histoire étrange de la poupée. Kokoschka peint sa femme fétiche de chiffon, l’exacte double d’Alma, dans des séances en guise de désenvoûtement. Avec Le Peintre et son modèle, il s’affronte en 1923 dans un face à face avec lui-même et signe ostensiblement OK. Après coup, il se fait peintre voyageur, sillonne l’Europe, pousse jusqu’au Maroc et rapporte une série de vibrants portraits de villes. Ostracisé par les nazis, il s’affiche sereinement dans l’Autoportrait de 1937 à Prague, en tant qu’artiste dégénéré. Ses toiles n’ont jamais été aussi bucoliques et colorées. Après l’exil à Londres, il s’installe à Villeneuve, sur le lac Léman en Suisse, et voyage abondamment. Dans ses dernières années, Oskar Kokoschka surprend encore avec des toiles d’une liberté de touche affolante. Dernier autoportrait à 86 ans : Time, Gentlemen please / C’est l’heure, Messieurs où un personnage sombre vise sa blessure, le coeur. En 1975, Kokoschka finit Thésée et Antiope. Eros et Thanatos l’inspirent encore une fois. OK meurt en 1980 à 94 ans.

Notre fauve viennois a été généreusement accueilli et commenté par le groupe. Mais c’est  l’exposition Alice Neel. Un regard engagé au Centre Pompidou qui a allumé le feu, agité nos échanges et parfois même ébahi nos certitudes. Une des « culturelles » nous a admirablement présenté cette artiste américaine (1900 - 1984), sacrée bonne femme libre dans son art et dans son corps. «J’ai beaucoup aimé» dit notre rapporteuse, frappée par l’énergie et la force de sa peinture. Très engagée politiquement, Alice Neel peint avec empathie la population déshéritée. Elle joue avec les nuances remarquables sur la peau noire des modèles. Elle montre, sans inhibition, des corps dans leur nudité, leur vitalité, parfois d’une inquiétante étrangeté. Elle puise au fond de la personne, extrait le moi profond et le livre sur la toile. Une des convives ajoute «  sa peinture, c’est du vrai ». Pour elle, c’est une grande peintre, capable d’émouvoir avec son délicat autoportrait d’octogénaire en costume d’Ève. Osant une peinture figurative à contre-courant de l’abstraction triomphante, Alice Neel n’est reconnue qu’à 60 ans.

Jamais deux sans trois : Sam Szafran (1934 -2019). Obsessions d’un peintre, exposition au musée de l’Orangerie. Et celle-là plaît à tout le monde.

Prochain rendez-vous, mardi, 14 février.
 

 

Actualités culturelles : les rendez-vous 2022

Décembre En ce dernier mois de l'année, le groupe a été ébloui par l'exposition "Les Choses" au Musée du Louvre jusqu'au 23 janvier 2023. Compte-rendu à lire ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Les Choses

Actualités culturelles 13 décembre 2022

Une exposition vertigineuse, débordante d’idées et d’images inattendues a animé notre thème du jour : Les Choses, à voir au musée du Louvre jusqu’au 23 janvier 2023. Quelque 170 pièces, toiles, objets, films, photos et installations, une abondance de chefs-d’oeuvres, pour présenter Une histoire de la nature morte, donc des objets, de la matière inerte, agencés dans un certain ordre donné. Cette vie silencieuse (still life) est devenue en France la nature morte. Et pourtant, elle est bien vivante. Ce que veut démontrer Laurence Bertrand Dorléac, commissaire de l’expo. Comme pour faire voler en éclat la définition du genre, codifiée au XVII° siècle à son âge d’or, l’exposition s’ouvre sur une grandiose déflagration qui envoie des objets de consommation valser dans l’air, scène finale de Zabriskie point (1970), film de Michelangelo Antonioni.

Pour la commissaire, le goût des choses s’ancre loin dans le passé. Alors, elle est allée chercher des témoignages en amont qu’elle met en scène comme une petite sociologie des choses inanimées. Dès la première salle s’installe un télescopage de styles et d’époques. Une estampe des haches de Gavrinis, monument mégalithique, avoisine Le Repas hongrois, mars 1963, tableau-piège de Daniel Spoerri et un film muet burlesque de Buster Keaton. Le parcours reprend le fil chronologique en traversant l’Antiquité, puis le Moyen Age avec un nécessaire à couture de la Vierge de l’Humilité de 1355. Aux antipodes de l’opulence baroque flamande : l'une des bodegones mystiques de Juan Sanchez Cotan à côté d’une Nature morte vivante de Salvador Dali.
Grand thème de l’expo : les vanités. Le groupe a été particulièrement intrigué par la mosaïque romaine d’un memento mori stoïcien et par Crâne (1983), photo-peinture sur fond minimaliste de Gerhard Richter. Deux chapitres thématiques ont entraîné de vifs échanges. D’abord La Mort des bêtes, des tableaux de chasse, sport noble, avec La Grive morte (1755) de Houdon. Ensuite, La Bête humaine : la besogne de la boucherie, dépeçage, souffrance, le vivant devient une chose, un objet comestible. Il y a Le Boeuf écorché de Rembrandt, l’Agnus Dei de Zurbaran et surtout la photo d’Andres Serrano, la Tête de vache (1984) avec ce regard « humain » et accusateur de l’animal mort.
Et puis, le bonheur de voir : Manet, Bonnard, Redon, Gauguin, Cézanne déploient le charme des choses simples. Favori de nos convives, la splendeur incommensurable du Citron de Manet. Avec Porte bouteille (1914), ready-made de Marcel Duchamp, on passe au temps modernes. Maintenant, les choses servent à dire les désastres qui ont frappés les XX° et XXI° siècles : ce qui reste et ce qui ne reviendra pas, comme le documente Christian Boltanski avec Les Habits de François C. (1972). En sortant de l’expo, le visiteur entre de plein pied dans l’actualité : disposé sous la Pyramide, Le Pilier des migrants disparus de l’artiste camerounais Barthélémy Togua. Effectivement, Laurence Bertrand Dorléac l’avait bien dit : « C’est notre vie que nous regardons sur toile ou sur n’importe quel support choisi par l’artiste. »

« Il y a toujours tellement de choses à voir, » a résumé l’une de nos membres, habituée à fréquenter les galeries du Marais. Mais aussi Cinétique - La Sculpture en mouvement, l'exposition pleine d’inventivité à la Fondation Villa Datris, Paris 20°, qui a tant émerveillée une autre.
Néanmoins, c’était le théâtre qui a pris une place capitale dans nos discussions. Toutes ont participé avec entrain et ont raconté leurs « aventures » avec le spectacle vivant. Soit, des pièces récentes comme La Cerisaie de Tchekhov à la Comédie française. Sinon des souvenirs d’actrices formidables telles que Catherine Hiegel  (76 ans) au théâtre du Petit Saint Martin dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne et aussi la bouleversante prestation de Judith Magre (96 ans), comédienne ensorceleuse dans Une Actrice au théâtre de Poche Montparnasse.

Prochain rendez-vous, mardi 10 janvier 2023.
 

Novembre Cluny était le sujet phare de la réunion de novembre. Compte-rendu à découvrir ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Cluny

Actualités culturelles 8 novembre 2022

 

Il faut bien l’admettre. Nous avons choisi un thème du jour un peu foufou pour raconter une

flânerie à travers les siècles au musée de Cluny : « Comment visiter une exposition sans se fatiguer et prendre son pied. » L’idée nous a été insufflée par la nouvelle programmation du musée national du Moyen Age. Après sa cure de jouvence (vingt mois de travaux de rénovation), le musée propose à un public candide et curieux des parcours « sensibles » pour mobiliser émotions et sensations. Bref, un Moyen Age vivant qui prend corps, touche, éveille.

A notre tour, nous sommes partis dialoguer avec un passé lointain. En parcourant pêle-mêle les collections, nous avons fait de formidables rencontres : un drôle de type chauve et barbu, Cernunnos, le dieu cornu des Celtes, un ange de l’an 1207 au sourire énigmatique, une Madone en pierre avec son petit Jésus joufflu, l’ange de l’Annonciation venant de Pise, vêtu avec raffinement jusqu’au soulier dun bleu délicat. Et puis, une délégation de têtes feuillues sous forme de clefs de voûte où des feuilles de chêne fusionnent avec le visage humain. Dans la sculpture et larchitecture gothique, ces hommes verts étaient des images du pouvoir créatif, des métaphores du renouveau.

Enfin, un roi, haut de 63 cm, sculpté dans un précieux bois dif. C’est Saint Louis au regard perçant (1214 - 1270). Une fois canonisé, ses ossements, devenus reliques, subissent de curieux destins. Des fragments sont éparpillés à travers l’Europe jusqu’en Norvège. Oups : un rat des champs, disons un mulot, dessiné au revers d’un plat en céramique lustrée hispano-mauresque du XV° siècle. Fin du circuit devant la Dame du Goût du fameux cycle de tapisseries de Cluny. Un petit renard est assis tout au bord droit sur fond d’un rouge qui vous prend les yeux. Le  coquin sait des choses : « Les légendes vous invitent à lire la tenture comme une allégorie des cinq sens. Pourquoi en réduire la poésie ? Car il n’existe pas seulement cinq sens. Il n’y a pas cinq sens, il y en a mille. Et lorsque vous entrez dans ce qui s’ouvre d’une oeuvre d’art, vous avez des centaines de manières de toucher, de goûter, de voir… Vous devenez un territoire vibrant où sont pulvérisées les perceptions ordinaires. »  Extrait du livre de Yannick Haenel A mon seul désir ( Edition Argol ). Et cette virée fantastique a bel et bien donné envie à l’une ou l’autre de visiter le musée et ses trésors.

Un autre renard, pris sur le vif, a enchanté l’une des convives : un petit tableau de Rosa Bonheur (1822 - 1899). L’artiste, devenue un star de la peinture animalière, est plutôt célèbre pour ses toiles panoramiques comme Labourage nivernais. L’importante retrospective que lui consacre le musée d’Orsay présente toute la richesse de son oeuvre dont une multitude de dessins. « Une très belle exposition », dit notre visiteuse. Les portraits de boeufs, de chevaux, de lions et de cerfs, saisis comme des êtres sensibles, témoignent de son approche révolutionnaire du vivant. Rosa Bonheur nous a également impressionnées par son esprit téméraire et sa modernité : une femme culottée dans tous les sens du mot.

Ensuite « séance cinéma » au moment où la fréquentation des salles est, selon le rapport du Centre national du cinéma CNC, au plus bas niveau depuis 40 ans. Chez nous, aller au cinéma est l’un des passe-temps favoris des culturelles. Pour vivre un bon moment : L’innocent avec Anouk Grinberg et Roschdy Zem ou Le Petit Nicolas, film d’animation où René Goscinny et Jean-Jacques Sempé inventent leur enfant commun. Des vifs « pour » et « contre » fusent en parlant de Simone, le voyage du siècle, un biopic de Simone Veil, femme politique au destin extraordinaire signé Olivier Dahan.

Prochain rendez-vous, le mardi 13 décembre pour clôturer l’année.

Octobre La réunion d'octobre était principalement consacrée à l'exposition Fussli. Compte-rendu à découvrir ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Exposition Heinrich Füssli

Actualités culturelles 13 octobre 2022

Notre thème du jour nous a mis nez à nez avec l’un des artistes les plus originaux et singuliers de la fin du XVIII° siècle : Johann Heinrich Füssli (1741 - 1825). Le musée Jacquemart-André accueille jusqu’au 23 janvier 2023, une soixantaine de ses oeuvres « entre rêve et fantastique ». Dans l’Autoportrait de 1780-90, Füssli se dessine en artiste génial, le regard interrogateur. Lien
« Il avait en lui, selon l’historien d’art Marcel Brion, un débor-dement de vie tumultueuse, un tempérament de cyclone qu’il transmet à ses personnages». Polyglotte, érudit, passionné de littérature et de théâtre, Füssli puise la matière de ses ta-bleaux et dessins dans les grands cycles littéraires de Homère à Milton, dans le folklore anglais ( Robin Goodfellow, dit Puck) autant que dans des épopées germaniques ou dans des mythes nordiques. Nous avons bien aimé Achille saisit l’ombre de Patrocle, dessin fluide d’une élégance
maniériste. Mais Füssli surprend et enflamme les Londoniens ( et aussi notre petit groupe ) surtout avec ses tableaux shakespeariens. Avec un élan dramatique hors pair, Füssli revisite Macbeth, drame plein de crimes abominables. Acte V, scène 1 : Lady Macbeth somnambule comme hantée par les furies, proie à la folie. Füssli excelle à mettre en scène des horreurs délectables, mélange le vil et le sublime, amasse ténèbres, fantasmes, folie, érotisme et angoisses : La Sorcière de la nuit rendant visite aux sorcières de Laponie. Et il ne trouve pas que des admirateurs parmi nous. Füssli, originaire de Zurich (Suisse), s’est installé après de tortueuses pérégrinations en 1780 définitivement à Londres. En 1782, il fait fureur par le succès scandaleux de son tableau Le Cauchemar qu’il présente à la Royal Academy. Une scène d’une inquiétante étrangeté : une jeune femme, un lit, un gnome diabolique assis sur le corps alangui. L’imagination du spectateur s’emballe. Cet être démoniaque, un incube, un incubateur de nos passions endormies ? Ce Cauchemar ne nous n’a pas lâché si vite. Devenue icône, même Freud va garder une gravure du Cauchemar chez lui.
Nous avons poursuivi avec un autre artiste qui a exploré sa vérité intérieure, inventé un langage inimitable et ouvert une nouvelle époque artistique : Edward Munch (1863 - 1944). Le musée d’Orsay expose une centaine d’oeuvres du peintre norvégien sous le tire évocateur Munch. Un poème de vie, d’amour et de mort. Sans Le Cri, toile d’une renommée immense, l’exposition met toute la lumière sur la Frise de la vie, grand cycle du recommencement éternel, peint pendant 60 ans de création. Notre visiteuse s’est délectée, dit-elle, des dessins splendides, des portraits magnifiques, des superbes paysages des rivages du fjord d’Oslo.
Au-delà de l’offre de l’agenda culturel, riche en pépites et vivement commenté, c’est le récit d’un séjour au Brésil qui a attisé notre curiosité. Guidés par notre voyageuse, nous avons fait un saut temporel dans le Brésil colonial des XVII°et XVIII° siècles. C’est l’âge d’or de l’art baroque brésilien : les églises s’ouvrent sur d’éblouissants intérieurs surchargés d’or. D’abord, raconte la voyageuse, on s’extasie devant cet extraordinaire travail artistique et technique.
On admire le beau volume des églises, mais l’exubérance décorative commence à devenir écrasante à nos yeux contemporains. Poussée à l’extrême, l’opulence du style baroque brésilien servait à impressionner les ouailles et à provoquer l’acte de foi chez les esclaves Noirs. Maintenant, nous attendons, comme promis, le deuxième volet pour replonger dans ces fastes.
Décidément, nous partageons le point de vue du romancier et essayiste britannique Julian Barnes :« Un des constants plaisirs de l’art tient à sa capacité de venir à nous sous un angle inattendu et de nous saisir d’étonnement.»

Prochain rendez-vous, le mardi 8 novembre.

Septembre Une rentrée en douceur après l'été. Un beau voyage, tel était le thème de la réunion de septembre. Le compte-rendu à lire ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Un beau voyage

Notre premier rendez-vous de la rentrée s’est déroulé en version light. Se dégager en douceur de l’été, se remémorer, s’ils ont eu lieu, de beaux voyages en train, à dos de chameau, aux semelles de vent. Simplement prendre la parole et raconter nos découvertes, des instants poétiques, des petits riens qui ont enchanté nos journées.
D’abord le souvenir de promenades dans les champs de lavande luberonnais. Puis le récit d’une excursion à Auvers sur Oise : visiter la maison-atelier abondamment décorée du peintre paysagiste Charles François Daubigny (1817 - 1878). Fréquenté par ses élèves et amis, dont Camille Corot, Honoré Daumier et Achille Oudinot, le lieu se mue dès 1860 en colonie d’artistes, des années avant que Vincent van Gogh ne procure une renommée mondiale à la commune en peignant son église. Bien installé sur Le Botin, son bateau-atelier flottant, Daubigny navigue sur l’Oise ou la Seine, étudie les jeux de la lumière sur l’eau et dans le ciel, anticipant la percée des impressionnistes.
En attendant les grandes manoeuvres de la rentrée culturelle parisienne, nous avons trouvé émerveillement et émotion au musée Montmartre, à l’Institut Giacometti et au musée Guimet. Toucher au feu : femmes céramistes au Japon, s’appelle la superbe exposition au musée national des Arts asiatiques. Elle présente treize artistes femmes qui ont modernisé et dynamisé l’art séculaire de la céramique japonaise. Cet acte magique de toucher le feu, de procéder à la transmutation de la glaise en matière dure, a été de longue date dominé par les hommes.
Jusqu’au milieu du XX° siècle, les techniques ancestrales furent transmises dans les célèbres lignées de potiers exclusivement de père en fils. Depuis, les femmes ont ouvert de nouvelles voies comme Kyoko Tokumaru (59 ans) avec sa création de 2017 L’île de Cythère : moulage de feuilles et fleurs sur un vase du style meiping. Au milieu du bouquet en porcelaine pointe un sein nu. Toutes les œuvres exposées, témoins de l’art en train de se faire, ont rejoint les collections du musée.
A voir encore jusqu’au 24 octobre au musée Guimet, Carte blanche à Yang Jiechang. L’artiste (66 ans), mondialement connu pour ses visions non conventionnelles, tend des passerelles entre les mondes. Emigré en Europe de sa Chine natale en 1988, il expose l’année suivante à la mémorable exposition Les Magiciens de la terre au Centre Pompidou. Depuis, il vit entre Paris et Heidelberg en Allemagne. Dans la Rotonde du 4° étage : un paysage chinois traditionnel de 18 m, peint à l’encre noire sur soie : un paradis sensuel où hommes, femmes et animaux forment des couples hétéroclites.
Dans ses enregistrements sonores et les performances calligraphiques, Yang combine événe-ments traumatisants réels et quête métaphysique. Bouleversante vidéo Oh, my God, évoquant les attentats du 11 septembre 2001 du World Trade Center à New York.
Nous avons beaucoup parlé «cinéma». Dans le tiercé gagnant de nos cinéphiles : Les Promesses d’Hasan, film turc, pour ses images sublimes. Sundown du réalisateur mexicain Michel Franco, pour les formidables acteurs : Tim Roth et Charlotte Gainsbourg. La Nuit du 12 de  Dominik Moll, une enquête policière sur un féminicide. Mais c’est le documentaire d’animation Flee du cinéaste danois Jones Poker Rasmussen qui nous a le plus occupé et ému. Le film retrace le destin mouvementé d’Amin, jeune réfugié afghan arrivé dans les années 1990 à 15 ans au Danemark, laissant tout derrière lui, sa famille, sa langue, sa joie.
Cette fois-ci, ce n’est pas la lyrique beauté du monde qui nous a été transmise par le septième art, mais son pouvoir d’éveiller notre sensibilité face aux malheurs du monde.  
Pour continuer ces réflexions, on peut lire Le Partage d’Orient (Stock 2021) de Sophie Makariou, présidente du musée Guimet. Pour elle «les musées sont des lieux du combat des idées,
des lieux essentiels».

Nous nous retrouverons, le mardi 11 octobre, pour raconter d’autres histoires.
 

Juin Iannis Xenakis, le Festival de Cannes, August Sander... tel est le menu de la réunion du mois de juin. Compte-rendu complet à lire ci-dessous ou à télécharger en bas de la page.

Révolutions Xenakis

Actualités culturelles 7 juin 2022

Notre thème du jour a fait la part belle à une personnalité fascinante qui aurait eu cent ans cette année : Iannis Xenakis (1922 - 2001). Le musée de la Musique de la Philharmonie de Paris lui consacre une très riche exposition à voir et à écouter : Révolutions Xenakis célèbre les nombreuses facettes de ce bâtisseur du son.
Xenakis, résistant communiste grec, arrive en France en 1947. Le jeune ingénieur se réinvente architecte dans l’atelier de Le Corbusier. La journée, il élabore des rythmes architecturaux pour le Couvent de la Tourette et collabore au Pavillon Philips de Exposition universelle de Bruxelles de 1958. Encouragé par Olivier Messiaen (1908 - 1992), la nuit, le compositeur autodidacte révolutionne la musique des années 1960. Il invente des programmes informatiques pour produire des sons de synthèse. Xenakis et Pierre Henry (1927 - 2017) ont jeté les bases de la musique électroacoustique et électronique.
Tout explose en 1953 quand Xenakis se met à écrire des partitions graphiques. Il aborde la musique en tant que puissantes masses sonores à l’impact émotionnel sidérant. En utilisant des modèles arithmétiques, il crée en 1955 Metastasis où retentit le chaos originel vécu dans les rues d’Athènes en combattant l’occupant nazi. Persephassa (1969 ), exécutée par six percussionnistes, est une folle aventure rythmique réglée avec une précision inouïe. Ses transcriptions musicales de la nature font penser à Debussy. En 1996, Maurice Béjart crée Nomos alpha, une chorégraphie pour le festival de Royan, sur une musique de Xenakis. L’auteur d’envoûtantes expériences acoustiques est aussi le concepteur des Polytopes. Le premier des immersifs spectacles « son et lumière » est réalisé en 1967 à Montréal, suivi en 1978 du Diatope de Beaubourg pour l’inauguration du Centre Pompidou et en 1972 du Polytope de Cluny. Ces installations multimédia anticipent les shows de Jean-Michel Jarre.
Xenakis a été habité par l’idée d’une antiquité grecque idéalisée, moment où fusionnent art, science et nature. Cette vision est palpable jusque dans sa dernière oeuvre O-mega (1997 ).
A lire : Iannis  Xenakis, un père bouleversant, de sa fille Mâhki Xenakis. Editions Actes Sud.

Nous nous sommes également penchés sur le Festival de Cannes  (17 - 28 mai 2022 ), «  cette arme d’émotion massive » qu’est le cinéma, selon Vincent Lindon, président du jury. Notre Grand prix va à Compétition officielle, satire sur le cinéma d’auteur en attendant la sortie de la Palme d’or Sans filtre de Ruben Östlund. Et puis, trois heures de théâtre entre lassitude et fascination en regardant Richard III de Shakespeare : version d’une noirceur sans égale de Marcial Di Fonzo et Mathias Langhoff à la Grande Halle de la Villette.

A voir absolument au Centre Pompidou jusqu’au 5 septembre : Allemagne Années 20 : Nouvelle Objectivité / August Sander. Une exposition effervescente comme la décennie qu’elle met en avant. Un panorama de l’art allemand de la république de Weimar ( 1918 - 1933 ). Dans une ambiance euphorique, après le séisme de la guerre 14-18 et l’effondrement de l’Empire allemand, le pays vit des années folles, des années de transgressions et de cécité face à la montée du nazisme. Dans ce contexte naît le courant de la Neue Sachlichkeit / Nouvelle objectivité. Il clame une esthétique fonctionnelle basée sur la rigueur et le réalisme sans affect qui gagne tous les arts. George Grosz, Otto Dix, Christian Schad, Max Beckmann et leur style figuratif en peinture, une standardisation appliquée en architecture avec Walter Gropius, la musique de Kurt Weill, le théâtre épique de Bertolt Brecht, le cinéma expressionniste de Friedrich Wilhelm Murnau. Berlin devient le phare de la création artistique. Berlin, c’est aussi la grande Babylone, la folie de nuits frénétiques, des cabarets, des revues, des bars et des bals de travestis. Au centre du parcours, comme une ancrage dans la vie quotidienne, L’Homme du XX° siècle, chef-d’œuvre du photographe August Sander (1876 - 1964). Un fleuve continu de portraits de la société allemande : paysans, notables, artistes, chômeurs et forains, les femmes, épouses, infirmières et chanteuses.

Nous nous retrouverons mardi, 13 septembre pour une nouvelle saison très culturelle.

Mai Le groupe s'est intéressé de près à la rétrospective Shirley Jaffe, présentée jusqu'en août au Centre Pompidou. Le compte-rendu de la réunion est à lire ci-dessous.

Une Américaine à Paris

Actualités culturelles du 10 mai 2022

Avec Une Américaine à Paris, une stimulante exposition au Centre Pompidou, nous avons trouvé notre thème du jour. Il s’agit de la première rétrospective consacrée à Shirley Jaffe (1923 - 2016). Décédée en 2016 à 92 ans, elle laisse une oeuvre significative dont des tableaux, versés par dation au musée national d’art moderne, racontent l’évolution stylistique de cette artiste remarquable. A voir jusqu’au 29 août 2022.
Elle a 80 ans quand elle confie au magazine Bomb. « C’est assez excitant de continuer à vivre et à peindre. » Dans son atelier-appartement rue Saint Victor, où elle vit depuis 1969, elle crée des tableaux inspirés de son environnement urbain immédiat. Elle sort dans la rue face aux images qui défilent et les transpose. Le tableau retient l’idée tout en supprimant l’anecdote.
Tout commence fin 1949 quand elle arrive à Paris. Elle absorbe autant d’art que possible et rejoint les cercles d’artistes américains expatriés dont Joan Mitchell, Sam Francis et le Quebécois Jean Paul Riopelle.
Après une première période débordante d’énergie gestuelle, elle rompt avec l’expressionnisme abstrait. Tout bascule à Berlin en 1963 lors d’un séjour d’un an grâce à une bourse de la fondation Ford. Elle élabore une grammaire picturale plus structurée en adoptant des formes géométriques. Ovales, diagonales, cercles, triangles se bousculent. La couleur claque.
Et puis, elle fait un saut radical et bâtit son propre univers visuel d’une apparente simplicité. Des formes ludiques et géométriques très colorées se côtoient sur de grandes toiles. Des combinaisons infinies d’une ingéniosité joyeuse. En 1985, Sailing (Navigation), une large palette de couleurs, parfois du mauve, un orange piquant, un vert vif, le noir ponctue, le blanc affûte les contours. En 1995, All Together (Ensembles). Le tableaux devient une zone de contacts et d’échanges. Chaque élément a trouvé sa juste place dans un chaos dynamique d’où naît un équilibre collectif. Elle précise que son art n’est pas la métaphore d’une forme de vie intérieure. Ce serait plutôt son commentaire sur le monde qu’elle voit.
Shirley Jaffe a 91 ans quand elle peint en 2015 The Gray Stroke (La trace grise). Un titre platement descriptif ? Le fait de nommer cet élément étrange parmi tant de couleurs lui procure une signification élémentaire. Il fait le tableau, fixe l’attention, crée la surprise.

Ensuite, nous avons étalé nos autres trouvailles : voir la créativité à l’état pur en visitant la galerie Dior, avenue Montaigne, haut lieu des couturiers de rêve. Admirer les audaces artistiques du Catalan Antoni Gaudi (1852 - 1926). Le musée d’Orsay présente toute l’envergure de ses plus célèbres projets (architecture et design) dont la Sagrada Familia, spectaculaire cathédrale à Barcelone, toujours en cours de construction. Toucher au merveilleux en se promenant à La Fabuloserie à Dicy/Charny Orée de Puisaye. Le musée privé et son jardin habité présentent une débordante collection d’art hors du commun, réalisée par des artistes autodidactes.
Et puis, chavirer, voir la série La Ruine de sa demeure du photographe Mathieu Pernot à la fondation Henri Cartier-Bresson. Des cliches grand format de Beyrouth, Tripoli, Homs, Alep, Mossoul en ruines, les antiques cités comme Baalbek ou Palmyre ravagées. Mathieu Pernot parcourt le Liban, la Syrie et l’Irak entre 2019 et 2021, retraçant le voyage que de son grand-père, photographe-amateur, a entrepris dans les années 1920. Les mêmes lieux cent ans plus tard montrent cette région, berceau de l’humanité, dévastée par conflits et guerres récents.

Prochain rendez-vous, mardi 7 juin.
 

Avril Honneur à la Finlande, pour la réunion du mois d'avril, nous avons découvert deux peintres finlandais exceptionnels. Compte-rendu à lire ci-dessous.

Excursion en Finlande

 

Actualités culturelles 12 avril 2022

Comme thème du jour, nous avons choisi une double excursion en Finlande pour rencontrer les deux artistes finlandais les plus célèbres au tournant du XX° siècle qui ont contribué à l’essor d’un art national finlandais. Le Petit Palais consacre la première rétrospective en France à Albert Edelfelt (1854 - 1905) et le musée Jacquemart-André présente des oeuvres d’Akseli Gallen-Kallela (1865 - 1931). Les deux expositions sont à voir jusqu’à mi-juillet.

En France un illustre inconnu, Albert Edelfelt est une gloire nationale en Finlande. L’exposition est astucieusement appelée Lumières du Nord, un phénomène naturel dont Edelfelt sait tirer les meilleurs effets. Dès l’entrée, il impressionne avec des scènes de la vie quotidienne de ses compatriotes sur fond de paysages percutés d’une lumière cristalline. En 1874, le jeune homme arrive à Paris, habité par l’idée de devenir le chef de file de la peinture d’histoire finlandaise. Mais il se tourne vers la peinture naturaliste et adopte une touche plus spontanée. Il a trouvé sa veine d’or. Il devient l’un des pionniers de la peinture de plein air finlandais. Désormais, Edelfelt vit entre l’effervescence de la vie parisienne et les étés passés en Finlande où il puise les sujets pour ses toiles de grand format. Dès 1883, Il connaît un immense succès comme portraitiste. Son coup de maître, le portrait de Louis Pasteur, pris sur le vif au milieu de son laboratoire, qu’il retranscrit avec une exactitude photographique. Dans ses dernières années, Edelfelt peint des paysages prenant un accent patriotique. Nommé commissaire général du pavillon finlandais à l’exposition universelle de 1900 à Paris, il confie la décoration à Gallen-Kallela qui couvre les voûtes avec des motifs du Kalevala.

Akseli Gallen Kallela a émerveillé le public parisien avec ses paysages indomptés de la Carélie lors de sa rétrospective au musée d’Orsay en 2012. Le musée Jacquemart-André présente maintenant Gallen-Kallela mythes et nature. Artiste aux multiples courants, Gallen-Kallela est l’un des auteurs essentiels d’une culture nationale finlandaise en plein renouveau. En 1884, le jeune Axel Waldemar Gallen part étudier à Paris. De retour en Finlande, il développe des peintures irriguées de la grande épopée populaire du Kalevala, un recueil de chants traditionnels, composé dès 1835 par le folkloriste Elias Lönnrot. Gallen-Kallela transforme la saga finlandaise en grande peinture à une période de lutte pour une indépendance de l’Empire russe, acquise en 1917. Dès 1892, il vit dans sa maison-atelier au bord du lac Ruovesi à 200 km au nord de Helsinki. Il peint des paysages dégagés de toute figure, une exaltation des contrées sauvages, un regard qui embrasse les grands espaces dans le rythme des saisons. Loin de se calfeutrer au fin fond des bois, Gallen-Kallela fréquente les avant-gardes européennes entre Paris, Berlin, Munich et Vienne. Ses paysages de silence, où l’immensité du ciel se reflète dans d’innombrables lacs, visent l’intemporel. Engagé dans une démarche spirituelle, il produit aussi des toiles saturées d’un symbolisme cosmique. Mais pour Gallen-Kallela, il y a toujours un retour aux racines finlandaises. En 1907, il reprend le nom finlandais Kallela au détriment du Gallen suédois. La Finlande a dépendu de la Suède avant d’être annexée par la Russie en 1809.

Les travaux de Diébédo Francis Kéré (56 ans), architecte du Burkina Faso, formé en Allemagne, ont piqué notre curiosité. Ce pionnier de l’architecture durable a remporté le prix Pritzker 2022, la distinction suprême du monde de l’architecture. Des échanges sur l’urbanisme, la réhabilitation de bâtiments et les enjeux de l’architecture écologique ont suivi.
Sans oublier les récits de nos sorties : Romy Schneider à la Cinémathèque française, En corps, film de Cédric Klapisch. Côté expos : Les Fantômes de Sophie Calle au musée d’Orsay, Lovis Corinth à la galerie Karsten Grève et la collection Al Thani à l’hôtel de la Marine.

Prochain rendez-vous, mardi 10 mai.
 

Mars Louis Léopold Boilly et autres découvertes, tel était le sujet de la réunion de mois de mars dont vous lirez le compte-rendu ci-dessous.

Louis Léopold Boilly et autres découvertes

 

Compte-rendu de la réunion de mars

Notre thème du jour nous a emmené à faire une extraordinaire visite de Paris en compagnie du peintre Louis Léopold Boilly (1761 - 1845). Pendant près de 60 ans, de la Révolution française au règne de Louis Philippe, Boilly croque avec malice les foules bariolées de ses contemporains flâner sur les boulevards, se bousculer devant les théâtres, fréquenter cafés et jardins publics en quête de divertissements. Le musée Cognacq-Jay retrace sa carrière foisonnante dans l’exposition Boilly Chroniques parisiennes. Ses Portraits de poche de la nouvelle bourgeoisie parisienne comme des personnalités de passage, rapidement peints à l’huile en une séance de deux heures, lui ont assuré une réputation universelle. Fin portraitiste, caricaturiste inspiré, Boilly est aussi un virtuose de l’art du trompe-l’oeil autant qu’un pionnier de la lithographie en France, bref un artiste aux multiples talents et ambitions qui a séduit de son vivant grand public et collectionneurs. A découvrir sans modération jusqu’au 26 juin.
En 1785, tout fringant du haut de ses 24 ans, il quitte son patelin proche de Lille et part à la conquête de la capitale. Boilly, grand maître de la feinte, se met en scène dans d’innombrables autoportraits pleins de dérision, reflets du tumulte des époques qu’il traverse.
Curieux du monde qui l’entoure, Boilly fait une sorte de recensement de la société parisienne en pleine mutation. Avec un luxe de détails et une touche méticuleuse, il campe les rues animées de Paris, véritable théâtre à ciel ouvert. La Marche incroyable, en 1797, montre un défilé hétéroclite d’élégants et de pouilleux, tous désormais citoyens de la République en marche. Tout un roman-feuilleton se déroule en 1803 à l’Arrivée d’une diligence dans la cour des Messageries. Sous l’Empire, il s’attarde sur la traversée d’une rue inondée après une averse. En 1832, il brosse avec Scène du carnaval un vaste panorama du boulevard Saint Martin, multipliant fêtards masqués et grappes de spectateurs. Boilly livre en même temps une image quasi photographique de la ville contemporaine. En 1839, Louis Jacques Daguerre saisira la première photo de badauds sur le boulevard du Temple.

Flâner dans Paris, quel délice. Evidemment, cela fait partie de notre culture. Voici notre  florilège de mars : marcher dans le Marais, entrer dans la galerie des Filles du calvaire et se faire surprendre par les grands formats de James Hyde (64 ans). Dans l’exposition Going public sculpture, l’artiste américain joue avec une palette de différents matériaux, photos, images virtuelles et peinture. Puis continuer Rive gauche. Sous le titre Je suis la règle, la galerie Kamel Mennour, présente des toiles de la peintre Judit Reigl (1923 - 2020) : des formes austères et des projections puissantes des années 1960 à 2020. Et pourquoi ne pas poursuivre avec une séance de ciné ? Nous avons vu et bien aimé Maigret, réalisé par Patrick Leconte avec Gérard Dépardieu.

Richement illustrée par 280 oeuvres et documents venus du monde entier, l’impressionnante exposition Juifs d’Orient à l’Institut du monde arabe, a occupé une large partie de nos échanges. Elle met en lumière l’histoire multi-millénaire des communautés juives dans le monde arabe autant que les dialogues entre cultures juive et musulmane.

Nous nous retrouverons le mardi, 12 avril.
 

Février La réunion du 8 février était intitulé A la recherche de J. Beuys et d'autres contes étranges. L'occasion d'explorer quelques pistes qui ont stimulé l'imagination d'artistes de tous bords. Lire le compte-rendu ci-dessous.

A la recherche de J. Beuys et d'autres contes étranges

Compte-rendu de la réunion du 8 février 2022

Notre thème du jour A la recherche de J. Beuys et d’autres contes étranges, nous a permis d’explorer quelques pistes qui ont stimulé l’imagination d’artistes de tous bords.

Le MAM, Musée d’art moderne de la ville de Paris, présente encore jusqu’au 27 mars, Ligne à ligne - feuille à feuille pour commémorer le centenaire de la naissance de Joseph Beuys (1921 - 1986), figure controversée, mais incontournable de l’art allemand d’après-guerre.
L’exposition réunit plus d’une centaine de dessins, aquarelles et compositions végétales de la collection de la famille Beuys couvrant toute la carrière de l’artiste. Ses explorations de formes, ses croquis hâtifs, ses lignes simples, ont occupé une place centrale dans la pratique de l’artiste. Pour Beuys,« le dessin est la prolongation de l’idée». Beuys traite les pensées comme des procédés plastiques. Ses dessins faussement anodins, une feuille de noisetier, un squelette de phoque, un cerf mort, un jeune lapin, un tambour de chaman, seront donc des signes préliminaires de futures actions spectaculaires comme I like America and America likes me, réalisée en 1974 à la galerie René Block à New York. Le visiteur découvre la vidéo à la fin du parcours : pendant trois jours, muni d’un bâton de berger et protégé d’une cape de feutre, Beuys cohabite dans une cage avec un coyote.
En 1963, il utilise la graisse comme matériau pendant sa première action avec le mouvement Fluxus qui prône l’abolition des frontières entre l’art et la vie. Beuys élargit le concept à toute la société et développe la notion de sculpture sociale, car «  L’art est la seule force révolutionnair ». Beuys soigne avant tout sa propre légende d’artiste guru de la post-apocalypse, conscient d’une mission rédemptrice.
En 1979, la retrospective au musée Guggenheim de New York le fête comme le plus grand artiste européen vivant. Au même moment, en Allemagne, il fait la une de l’hebdomadaire Der Spiegel : « Beuys, charlatan ou génie ? »
L’une de ses toutes dernières installations fait partie des oeuvres VIP du Centre  Pompidou. Plight (1985) est un espace tapissé de colonnes de feutre, au milieu un piano à queue mis en sourdine. Le mot anglais pliqht, correspond à un état critique : on se relève d’un traumatisme pour reconstruire, libérer son pouvoir créatif.
En 2021, des polémiques se réveillent avec la publication du quatrième volume d’une biographie Beuys de Hans Peter Riegel.

Ce jour-là, à l’émission Matinale de France musique, Pascal Quignard parle de son nouveau roman L’Amour la mer sur fond de musique baroque. Cette vertigineuse histoire d’amour est plantée au milieu du XVII°siècle.« Il faut peut-être en musique, en amour, une sorte de nostalgie plus vaste que la joie, que le plaisir donné, un souvenir qui anime. »

Catherine Meurisse, première autrice de bande dessiné élue à l’Académie des Beaux arts, raconte son parcours lors d’une des Masterclasses de la Bibliothèque nationale de France. Pour elle, la bande dessinée, une oeuvre visuelle où s’imbriquent écriture et dessin, est un art à part entière. «  Dessiner c’est quelque chose qui résonne à l’intérieur et a besoin de sortir, mot ou image. » comme dans son récent album La jeune femme et la mer, né après deux voyages en Japon. Meurisse, ou plutôt son double crayonné, se promène dans une nature vibrante et belle comme les images des grands maîtres de l’estampe de l’ukiyo-e : un voyage hors du temps plein de pirouettes fantasques et une méditation sur l’art et l’art de créer.

Nous avons beaucoup parlé « cinéma », sautant de Presque avec Bernard Campan et Alexandre Jolien aux Les leçons de piano de Vadim Perelman.

Prochain rendez-vous, le mardi 8 mars.
 

Janvier La réunion du 11 janvier s'était donné un ordre du jour ambitieux : Les arts, fenêtres ouvertes sur le monde. Compte-rendu détaillé ci-dessous.

Les arts, fenêtres ouvertes sur le monde

Actualités culturelles 11 janvier 2022

Pour notre premier rendez-vous de 2022, nous avons choisi un thème du jour ambitieux : Les Arts, fenêtres ouvertes sur le monde, inspiré par les lumineuses créations végétales d’Duy Anh Nhan Duc, artiste franco-vietnamien de 39 ans, au musée Guimet. Quand le visiteur arrive à la Rotonde, au 4e étage, il entre dans un jardin enchanté. Les larges baies vitrées, qui inondent l’espace de clarté, ouvrent le regard sur le monde, la ville, la tour Eiffel à l’horizon. Dedans,
Le Parloir des souhaits, où de plumeuses bulles de pissenlits défilent sur de hautes tiges. Si la carte blanche donnée à l’artiste se comprend comme une invitation à renouer avec le vivant, il est bel et bien question d’écologie. Sur un bout de sol en argile desséchée gît une calebasse fendue dans laquelle germe un gland de chêne : Les Racines du ciel.

Picasso à la Porte dorée ? Une exposition engagée où l’art et les questions d’actualité s’imbriquent. Picasso, l’étranger au Palais de la Porte dorée n’a rien d’une rétrospective d’oeuvres d’art. Ce bâtiment-monument, érigé en 1931 à la gloire de la France colonialiste et civilisatrice, a été successivement rebaptisé musée des Colonies, de la France d’outre mer, des Arts d’Afrique et d’Océanie, avant d’accueillir en 2007 le musée de l’Histoire de l’immigration. Nommé en février 2021, son nouveau directeur dynamique, Pap Ndiaye (56 ans) veut en faire un grand lieu civique en programmant des expositions populaires sur la colonisation, l’environnement et l’immigration. Selon le Journal du Palais, la destinée de Picasso s’inscrit pleinement dans le grand récit de l’histoire de l’immigration en France.
L’exposition est un condensé illustré du livre Un étranger nommé Picasso, lourd de 748 pages, de l’historienne Annie Cohen-Solal : une quête qui retrace l’histoire complexe qui lie la France et Picasso, immense figure de l’art du XX° siècle.
En 1900, le gamin espagnol de 19 ans, surdoué et affamé de gloire, débarque à Paris. Surveillé par la police, espionné par des mouchards, il est fiché comme anarchiste dès 1901. Le premier rapport est bouclé par un commissaire de police zélé qui a ce métèque au regard sombre dans le collimateur. Picasso est hébergé à Montmartre, quartier populaire et mal famé, par un Catalan réputé anarchiste et violent. De plus, il peint des saltimbanques, des mendiants et des prostitués. Conclusion du commissaire, c’est forcément un étranger dangereux qui partage les idées de son compatriote.
Toute sa vie, Pablo Picasso (1881 - 1973) reste un émigré suspect. Les surveillances des Renseignements généraux continuent pour culminer en 1940 dans la France de Vichy. Picasso vit en France depuis 40 ans quand il demande sa naturalisation, qui lui est refusée. Annie Cohen-Solal a trouvé l’auteur du rapport du 7 mai 1940 : un enquêteur de la sûreté nationale, un collabo actif dans une cellule clandestine de la préfecture de police. Il a repris tels quels les rapports de 1901, 1911 et 1932. Piètre peintre du dimanche, il a dénoncé « cet étranger qui s’est fait en France, dans la peinture dite moderne, une réputation lui permettant de gagner des sommes considérables. »  Après la Libération, Picasso, désormais artiste du monde, n’a plus besoin de nationalité. Quand la France la lui offre en 1958, il la refuse.

Nous avons vu et aimé :

Expositions : Sur le motif : peindre en plein air à la Fondation Custodia. 150 études à l’huile réalisées entre 1780 et 1870 par de grands peintres paysagistes comme Valenciennes, Isabey, Turner, Constable ou Corot et Rosa Bonheur. Des petits formats pour exercer l’oeil et la main en croquant une cascade, un roc, un bois de hêtres, un ciel d’orage.

Cinéma :  En attendant Bojangles, adaptation du roman d’Oliver Bourdeaut. Une histoire d’amour fou et fantasque portée par Virginie Efira et Romain Duris.

Théâtre : Adieu Monsieur Haffmann, les dernières représentations au théâtre Tristan Bernard avant que la pièce de Jean-Philippe Daguerre ne sorte, fortement modifiée, au cinéma. Paris sous l’Occupation. Un bijoutier juif, conclue un étonnant pacte avec son employé. Une pièce qui parle d’amour, de courage et de peur.

Nous nous retrouverons, le mardi 8 février.

 

 

Actualités culturelles : les rendez-vous 2021

Décembre La dernière réunion de l'année était consacrée à la fabuleuse collection Morozov, présentée à la Fondation Louis Vuitton jusqu'au 22 février prochain. Pour lire le compte-rendu de cette réunion, cliquer ci-dessous.

La collection Morozov

Actualités culturelles 14 décembre 2021

Pour finir l’année en beauté, nous avons choisi la fabuleuse Collection Morozov comme thème du jour. Au début du XXe siècle, les frères Morozov ont réuni des centaines de chefs-d’oeuvre d’une modernité frappante où se croisent l’art français et des oeuvres russes. Quelque 200 de ces icônes de l’art moderne, éparpillées depuis des lustres entre la galerie nationale Tretiakov et le musée Pouchkine à Moscou ainsi que le musée de l’Ermitage à Saint Petersbourg, sont maintenant présentées ensemble. A voir jusqu’au 22 février 2022 à la Fondation Louis Vuitton.

MikhaÏl Morozov (1870 - 1903) ouvre la collection à Gauguin et Van Gogh. Ivan (1871 - 1921), qui gère le puissant empire textile familial, aime la couleur, les paysages, les peintures lumineuses. Il commande à Pierre Bonnard l’immense triptyque La Méditerranée inondé d’une lumière dorée. Ensuite des Monet à volonté. Le plus somptueux : Waterloo bridge, effet de brouillard en mauve et rose. Ici et là intercalés des impressionnistes russes. Gauguin entre Arles et Tahiti : Nave  Nave Moe, Eau délicieuse. Sensualité et mystère.
Parmi les pièces maitresses de l’avant-garde russe : Verger en automne de la jeune Natalia Gontcharova. Kazimir Malevitch, portraitiste, encore redevable au cubisme de Picasso. Que trois Picasso dans la collection. Mais des oeuvres clefs : période bleue, période rose et le portrait cubiste d’Ambroise Vollard en multiples facettes grises. Ah, les Fauves : Marquet, Vlaminck, Derain, Dufy, Signac.
Et puis 17 glorieux Cézanne dont La Montagne Sainte-Victoire. Sa masse claire se détache, précise et légère, au dessus de tout le reste. Le sublime Paysage bleu proche de l’abstraction. Matisse avec une série de natures mortes, d’abord académique, avant que les toiles commen-cent à vibrer pour s’épanouir dans une farandole de couleurs vives : Fruits et bronzes. Viennent les splendeurs du Triptyque marocain, une rapsodie en bleu outremer, turquoise, azur.
Suivent quelques douceurs. La Toilette, femme s’essuyant, délicatement tracée au pastel par Edgar Degas. L’Historie de Psyché tout en sucre de Maurice Denis.
En 1903, Ivan Morozov achète ses premiers tableaux impressionnistes. Dès lors, jusqu’à la guerre de 14 - 18, chaque année, il fait le tour des grands marchands d’art parisiens. En dix ans, il réalise son audacieux projet de rassembler des oeuvres représentatives des courants de l’art contemporain. Sa prestigieuse collection est nationalisée par les bolcheviques en 1918. En 1919, il se réfugie en Suisse, ensuite en France. Il meurt en 1921 à 49 ans.

Et puis, nous avons étalé nos butins glanés lors de nos sorties. Côté expositions : Signac, collectionneur au musée d’Orsay. Des toiles pointillistes, des fameux « noirs » de Seurat, les couleurs vives des Nabis et des Fauves. Un régal. S’émerveiller devant des mondes enchanteurs d’Eva Jospin, sculptés dans le carton. Galleria, entre songe et réalité, investit tous les espaces du musée de la Chasse et de la Nature. Aller au théâtre Montparnasse et suivre, ravie, l’histoire, basée sur des faits réels, de Marie des Poules, gouvernante de George Sand. Voir comment une jeune paysanne s’affirme à travers l’éducation, le langage, la parole, les mots. Brillante interprétation de Béatrice Agenin. Cinéma : Madres paralelas/Mères parallèles de Pedro Almodovar avec Penélope Cruz : émotions fortes garanties.
Et pourquoi pas, tout simplement se promener, entrer à l’improviste dans une de ces églises
insignifiantes vues du dehors qui hébergent des trésors : Notre Dame du Travail de Plaisance
bâtie en 1901. La nef, un vaisseau métallique de 135 tonnes de fer et d’acier rappelant la tour Eiffel. Sainte-Rosalie et sa remarquable orgue 1900, construite par Charles Mutin, successeur d’Aristide Cavaillé-Coll, l’un des plus importants facteurs d’orgues du XIXe siècle.

Prochain rendez-vous : mardi 11 janvier 2022.
 

Novembre Le thème de la réunion de novembre : Voyage en terre inconnue. Découvrir le compte-rendu en cliquant ci-dessous.

Voyage en terre inconnue

Actualités culturelles du 9 novembre 2021

Avant de partir en Voyage en terre inconnue, comme prévu par le thème du jour, nous avons vagabondé sur d’autres chemins. Alors que se déroulait le sommet climat COP26 à Glasgow, nous nous sommes arrêtés à la Fondation Villa Datris, Paris 20e. Dans cet espace d’exposition dédié à la sculpture contemporaine, 25 artistes présentaient sous le titre Recyclages-Surcyclages leurs travaux crées à partir d’objets de récupération. Insolite !
Ensuite au musée d’Orsay : Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France (1833 - 1907). L’exposition raconte la naissance d’un regard quand l’image choisit le mouvement ( magnifiques toiles de Monet et de Caillebotte). Pour nos cinéphiles, l’occasion de réviser leurs classiques. Les films burlesques de Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais. Le mythique La Dame de Shanghai (1947) avec Orson Welles et Rita Hayworth. Goupi Mains Rouges (1943) de Jacques Becker qui réalise en 1952 Casque d’Or avec Simone Signoret.
Et puis, la rétrospective Georg Baselitz au Centre Pompidou. Six décennies, toute une vie de peinture, de l’artiste allemand de 83 ans. Des toiles d’une violence expressive. Des toiles inversées, sa manière de se positionner face au monde. Evidemment, pour Baselitz, l’art n’est pas un objet décoratif.
Et maintenant, l'impressionnante rétrospective au Petit Palais : Ilya Répine. Peindre l’âme russe. A voir jusqu’au 23 janvier 2022. Formé au style de l’idéalisme classique à l’Académie des Beaux Arts de Saint Petersbourg, Ilya Répine (1844 - 1930) fait un carton avec un sujet typiquement russe, Les Haleurs de la Volga (1870/73). Ces bourlaki, attelés tels des bêtes de trait, semblent tirer tout le fardeau de la nation. Au fond à droite, un détail inattendu : une petite fumée sur l’eau, un vapeur. Peint avec un sens dramatique scrupuleusement réaliste, la toile reflète les élans idéaux de l’époque. Répine reste longtemps dans le sillage du mouvement des Ambulants et de leur réalisme social engagé.
Dès les années 1880, il commence un cycle de grandes compositions. Ces illustrations de l’histoire mouvementée de sa patrie sont devenues des icônes nationales. La bande hilare Les Cosaques zaporogues. La violence hallucinante dans le regard du tsar Ivan qui tue son fils dans une crise de rage. La magistrale Procession religieuse dans la province de Koursk. Un reportage de la vie populaire ancrée profondément dans les traditions. Un reliquaire majestueux, porté par des fidèles, passe à droite. Au centre, une riche bourgeoise endimanchée tient fermement son icône. A gauche, une cohue de pauvres et de mendiants. L’un d’eux sort du lot, un jeune bossu, le visage illuminé.
Fin portraitiste, Répine saisit à merveille l’instant fugitif, un geste, une pose, un cadrage qui rendent ses toiles si vivantes. Il peint une ravissante série d’images de ses enfants. Il livre aussi un formidable panorama des élites culturelles : Léon Tolstoi, les pieds nus. Modeste Moussorgski, terriblement marqué par la maladie et l’alcool.
Dans beaucoup de ses tableaux, Répine embrasse les tensions sociales et politiques qui parcourent la société russe. Il peint des activistes anti-tsaristes exilés et emprisonnés et exécute en même temps des commandes officielles de la cour. Techniquement parfaitement réalisé, Répine montre le tsar Alexandre III - celui qui a ordonné les vagues de répression des narodniki - au milieu du petit peuple. Un style qui engendrera un jour le réalisme socialiste soviétique.
Répine passe ses dernières années dans sa propriété en Carélie. Après la Révolution d’octobre de 1917, la région est récupérée par la Finlande. Finies les légendaires réceptions du mercredi avec des artistes et intellectuelles russes. Répine décline l’invitation de Staline à rejoindre la Russie bolchevique. Son ultime tableau est en hommage à la Russie éternelle : Le Gopak, danse des cosaques zaporogues (1926/1930).

Pour clore l’année 2021, nous nous retrouverons mardi 14 décembre.

Octobre   Notre thème du jour, "mettre la main à la pâte", inspiré par une expérience vécue, a entraîné de vifs échanges. Lire le compte-rendu de la réunion en cliquant ci-dessous.

La main à la pâte

 

Actualités culturelles du 12 octobre 2021

Notre thème du jour,« Mettre la main à la pâte » inspiré par une expérience vécue, a entraîné de vifs échanges : L’artiste Prune Nourry (36 ans) l’a fait littéralement dans son Projet Phénix présenté à la galerie Templon, 30 rue Beaubourg, Paris 3e. Elle a sculpté, les yeux bandés, des bustes de huit modèles aveugles. Suivant un itinéraire dans l’obscurité totale, la main droite sur une corde pour avancer, le visiteur va « voir » ces portraits en terre cuite en les touchant, palpant avec ses mains. Constat unanime : le noir absolu sans repères est déstabilisant. Le parcours a été entrecoupé par une vidéo qui raconte les rencontres entre la sculptrice et ses modèles. Ces aveugles y assurent « tu vois toujours, sauf, tu ne vois pas avec tes yeux. Tu vois avec tes oreilles, tes doigts. ». Coïncidence heureuse : le Prix Nobel de médecine venait d’être attribué à deux chercheurs pour la découverte de capteurs sensoriels. Les lauréats, l’Américain David Julius, et le Libano-Américain Ardem Patapoutian, ont, selon le comité Nobel, « dévoilé l’un des secrets de la nature, les mécanismes qui nous permettent d’être doués du sens du toucher. » Et nous l’avons bien testé.

Etre touché par une exposition qui aiguise le regard et réveille les papilles artistiques : Chaïm Soutine/Willem de Kooning. La peinture incarnée au musée de l’Orangerie, conçu dans le but de déceler comment de Kooning a été marqué par la peinture de ce fou de Soutine. A voir jusqu’au 10 janvier 2022.

En 1912, Chaïm Soutine (1893 - 1943) quitte sa Russie natale et se mêle à la bohème de Montparnasse. Il jette un tourbillon de visions tourmentées sur la toile : Grotesque, Autoportrait ou Le Petit Pâtissier, assis comme un prince dans la pose frontale des grands portraits des maîtres anciens que Soutine admire tant. Les paysages qu’il rapporte de ses séjours au Midi planent à la limite de l’abstraction. La Colline à Céret : la surface devient une masse effervescente. Les tableaux s’embrasent, lâchent toute la splendeur de la couleur, des rouges vermillon, cinabre, des bleus puissants, et puis les rouges sanglants des carcasses suspendues. Boeuf et Tête de veau : le motif se noie dans un magma de lignes et de couleurs. L’action de peindre produit la chair du monde.

Willem de Kooning (1904 - 1997), d’origine néerlandaise, débarque en 1926 à New York à la quête d’un avenir prometteur. Entouré de ses potes Rothko, Pollock et Barnett Newman, il fait partie des artistes qui imposent la nouvelle peinture américaine, l’expressionnisme abstrait. Fasciné par Picasso, sa vision artistique danse entre figuration et abstraction. La rétrospective de Soutine au MoMa de New York en 1950, suivie d’une visite à La Fondation Barnes à Philadelphie, lui donnent une impulsion définitive. Il dit être fou de Soutine, il a tout vu et assimilé. Cette expérience le mènera vers son légendaire et provocateur cycle des Woman/Femmes et plus loin encore vers la fluidité grandiose des oeuvres des années 1970/80.

Le corps massif et féroce de Woman II, malmené par des coups de brosse passionnés, de traces colorées , frottis, taches, stries. Peu à peu, la femme est engloutie par le paysage, Woman in landscape III, où elle flotte dans un halo coloré comme un reflet dans l’eau. Dans Woman Sag Harbor la toile vibre sous l’effet d’émotions d’une sensualité franche. Entre 1969 et 1974, de Kooning met la main à la pâte dans une série de sculptures : Pêcheur de palourdes. Une façon de saisir, après coup, les corps peints à pleines mains.

Nous avons aussi évoqué le Festival mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières et l’exposition Paris-Athènes. La Naissance de la Grèce moderne ( 1675 - 1919 ) au Louvre.

Septembre  Une passionnante nouvelle saison nous attend cette rentrée pour sortir, aller voir en vrai, « goûter, toucher, humer, vivre cette expérience physique, charnelle, sensible, des autres et du monde », comme le promet Lydie Salvayre dans son nouveau roman Rêver debout (Seuil). Retrouvez le compte-rendu de cette réunion de rentrée en cliquant ci-dessous.

Des cerisiers en fleurs

Actualités culturelles 14 septembre 2021

Une passionnante nouvelle saison nous attend cette rentrée pour sortir, aller voir en vrai, « goûter, toucher, humer, vivre cette expérience physique, charnelle, sensible, des autres et du monde », comme le promet Lydie Salvayre dans son nouveau roman Rêver debout ( Seuil).

Emballé ou pas de voir l’Arc de Triomphe habillé par 25 000 m2 de tissu bleu au reflets argentés, l’ultime projet de Christo (1935 - 1920), devenu un imposant paquet-cadeau posthume, était déjà fin prêt pour les Journées du Patrimoine les 18 et 19 septembre. Egalement dans la catégorie XXL, Big John, un tricératops géant, à voir 13 rue des Archives. Le squelette de ce dinosaure vieux de plus de 66 millions d’années, sera ensuite mis aux enchères à l’Hôtel Drouot.

Avec notre thème du jour, nous sommes restées dans l’extravagance. Jusqu’au 2 janvier 2022, la Fondation Cartier pour l’art contemporain montre Cerisiers en fleurs : 30 peintures à lhuile, puisées dans la série des 107 toiles, toutes en format superlatif, de lartiste britannique Damien Hirst (56 ans). Depuis 30 ans, Hirst, trublion de lart contemporain, pratique lart de déstabiliser le public avec ses oeuvres spectaculaires, tout en sassurant un large cercle de collectionneurs. Alors, quand il revient avec des images apparemment bucoliques, cela intrigue.

L’exposition parle, selon l’artiste, de beauté, de vie et de mort. Dans son verger artificiel, on ne voit d’abord que des houppes saturées de teintes douces ou le vrombissement d’un rouge pourpre. En s’approchant, le regard distingue lassaut de la matière, la juxtaposition de touches, des macarons blancs écrasés, des giclées désordonnées de peinture. Ici et là apparaissent des rameaux envahis par des points de couleur dessinant une charpente derrière laquelle s’ouvre un ciel bleu. Aux cimes, l’enchevêtrement des branches crée une grande structure de 5,50 m x 7,30 m : une vision où « fleurit La Vallée de lOmbre de la Mort ».

Dans le court film 360°, tourné par la Fondation, Hirst se met en scène : vue sur un atelier gigantesque, un hangar, une usine à peindre. On le voit s’affairer, travailler sur les plus grandes pièces de la série, manier le pinceau, toucher la toile, savourer la spontanéité du geste. Pendant trois ans, entre 2017 et novembre 2020, il va répéter le spectacle fleuri d’un printemps éternel. Un désir dimmortalité ? Mais l’éclosion des fleurs cache une image accélérée de la mort. Son sujet de toujours. Tout culmine avec le triptyque Sakura Life Blossom/Sakura Fleur de vie, qui invoque la sensibilité esthétique japonaise. « Fleur de cerisier en vérité ne dure, mais sa renommée passe toute autre, dit-on » écrit l’écrivaine japonaise, dame Murasaki Shikibu, au XIe siècle dans son roman Le Dit de Genji. Quoi que Hirst concoctera ensuite, il a planté une cerisaie et on s’en souviendra.

Changement radical de style avec l’exposition L’Heure bleue du peintre danois Peder Severin Kroyer (1851 - 1909) au musée Marmottan. Excellent portraitiste, chroniqueur intimiste de son cerce d’amis et témoin des labeurs des pêcheurs de Skagen, village de la presqu’île de Jutland au nord de Danemark. Kroyer peint des plages lumineuses, la mer scintillant dans le soleil de l’après-midi et lambiance exquise qui préside les crépuscules : l’heure bleue, instant voluptueux quand la mer confond son bleu avec le bleu du ciel.

Coté cinéma, nos membres ont aimé Boîte noire avec Pierre Niney : une enquête haletante après un crash d’avion. Drive my car, film de trois heures du réalisateur japonais Hamaguchi : extraordinaire jusqu’à la dernière scène. Serre-moi fort de Mathieu Amalric : sa façon lancinante de raconter l’histoire d’une femme qui s’en va.

Inquiétude pour le patrimoine afghan et ses nombreux sites archéologiques.

Nous nous retrouverons le mardi 12 octobre.

Juin  La plupart des restrictions sanitaires levées, nous avons sorti notre panier du marché pour faire des emplettes de produits culturels frais. L’offre était abondante et goûteuse. A découvrir en cliquant dans le rectangle bleu.

Produits culturels frais !

Actualités culturelles 15 juin 2021

La plupart des restrictions sanitaires levées, nous avons sorti notre panier du marché pour faire des emplettes de produits culturels frais. L’offre était abondante et goûteuse :

Ouverture est le titre emblématique de l’exposition inaugurale de la Collection Pinault à la Bourse de commerce, l’ancienne halle aux blés du XVIIIe siècle remodelée en un temple de l’art contemporain. On est saisi par l’élégance architecturale et chamboulé par des oeuvres stupéfiantes. Que dire de l’installation de Ryan Gander, artiste conceptuel britannique : une souris a grignoté le mur. Son minuscule visage mécanique bouge, elle parle avec une voix de petite fille. Pour bien la voir, il faut se baisser, se remuer. Et tout à coup, lart devient quelque chose de ludique, de vivant : une ouverture.

C’est parti pour une immersion visuelle et sonore dans le coeur de la foret amazonienne à la Philharmonie de Paris. Pour Amazonia, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a capté de vastes paysages et des portraits idylliques de peuples autochtones, pendant que, ailleurs, la forêt brûle. Suit une plongée délicieuse dans LEmpire des sens au musée Cognacq-Jay. Soupirs, baisers, étreintes, regrets racontent le feu de l’amour voluptueusement évoqué par des grands artistes du XVIIIe siècle, de Boucher à Greuze.

Une échappée rafraîchissante au musée dOrsay : Modernités suisses 1890 - 1914. Les paysages bleutés de Ferdinand Hodler évidemment, les couleurs expressives de Giovanni Giacometti, papa d’Alberto et de Diego. Et beaucoup de belles découvertes comme les lumineuses toiles de Martha Stettler ( 1870 - 1945 ). Native de Berne, active à Paris sa

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