NAISSANCE D'UNE NOUVELLE GENERATION
Naissance d'une nouvelle génération
Vivre à tout âge : regards croisés
Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Daniel Remond
Editions Fauves, collection OLD'UP
17 euros
« Conscients de la mutation en profondeur du monde dans lequel nous vivons et de ses répercussions, il nous a paru évident que les générations de “personnes âgées” que nous représentons, dont on nous annonce une croissance démographique sans précédent, sont en mesure d’avoir un impact réel sur l’évolution de la société. Cet allongement de la durée de vie en général, même s’il existe encore de grandes inégalités de conditions de vie au niveau de la planète, définit d’une certaine manière de nouvelles générations d’êtres humains. (...) Nous sommes donc tous des “apprentis centenaires” à l’école d’une autre vie, pleine d’inconnu, de mystère, de découvertes et d’infini. »
Un ouvrage collectif porté par l’association OLD’UP, qui croise les points de vue de différents spécialistes afin d’analyser l’impact de ces nouvelles générations du grand âge sur l’évolution de notre société.
Claude Caillart, l'un des auteurs du livre, a écrit un texte que vous pouvez découvrir ci-dessous.
- Vers une co-génération harmonieuse
Avant le commencement de la vie, il n'y avait personne sur la terre.
Puis quelqu'un advint, disent certains écrits fondateurs de l'humanité : dans cette histoire, dans cette Genèse, un être est sorti de la glèbe, inspiré et animé par un souffle venu du ciel, ou de quelque part dans l'univers .
Mais avant ce commencement, la vie était déjà là - depuis longtemps -immergée dans les abysses sous forme de bactéries, de vers, de mollusques, de crustacés, puis de mammifères. Les biologistes et les chimistes continuent à se demander comment.
Un certain moment plus tard, sur terre, Adam le glébeux a été formé, Eve à ses côtés. Puis des générations ont succédé aux générations, jusqu'à celle de nos grands-parents, engendrant les parents que nous sommes devenus, après avoir donné la vie à des enfants, libres à leur tour de continuer à exister. Chaque génération passe sur terre pendant un certain temps, variable, avec une mission potentielle : transmettre quelque chose à la suivante.
En 2026, 22,5 % de notre population a plus de 65 ans ; en 2050, 30 %.
Quand la génération actuelle de "jeunes vieux" aura pris de l'âge, il lui sera difficile de pouvoir encore jouer un rôle actif dans la société. Déjà, elle est menacée d'obsolescence par l'invasion technologique. Les robots, générés par l'Intelligence Artificielle générative, proposent dès à présent avec succès leur aide mécanique, prodiguent leurs conseils, et prétendent même nous remplacer.* Si nous en prenons conscience, nous pouvons encore réagir, et faire face à la menace. Héritiers des générations qui nous ont précédés, solidaires sans en être dépendants, nous portons le devoir de résister ; et de transmettre ces valeurs humanistes reçues en héritage, plus on moins consciemment.
La transmission entre générations est fragile, volatile, et le dialogue est parfois difficile. Les paroles s'envolent, même si les écrits restent, proposant des actions communes, des actions qui relient. Tout commence donc par l'écoute et l'attention à l'autre, dans le respect et la compréhension des propos exprimés, avant de les traduire en paroles et en actes communs ; chacun peut ainsi apporter sa pierre à l'édifice, proposer une valeur ajoutée à l'ouvrage . Le trans- et l'inter-générationnel se rejoignent alors dans une démarche co-générationnelle. Car pour continuer à exister, à cohabiter sur cette terre en bonne intelligence, chacun peut et doit apporter sa contribution personnelle au développement collectif ; pour prolonger la demande de vie, en animant à la fois un dur désir de durer** et par un doux besoin de donner. La générosité des uns peut ainsi profiter aux autres, et faciliter la vie en société. Ainsi, l'économie solidaire et l'écologie universelle peuvent se concilier.
Ce partage, cette complémentarité, résultent d'une volonté d'équilibrer les énergies. Alors que l'énergie physique des plus jeunes se développe, l'élan vital des plus vieux tend à diminuer, et à se transformer en énergie spirituelle. Entre ceux qui réfléchissent avant d'agir, et ceux qui agissent sans réfléchir, une alliance est nécessaire, pour conjuguer la vision et l'action.
Acceptons de passer la main, la suite à d'autres, après avoir échangé sur les besoins à satisfaire, et partagé les moyens d'agir. C'est une ardente obligation, un impératif catégorique, pour les sujets plus vieux comme pour les plus jeunes.
Naître, grandir et mûrir, pourrir ou blettir, puis mourir ; c'est le destin commun de chaque individu, et de chaque génération. Les nouvelles, celles qui vivront leurs propres expériences, avec leurs réussites, leurs errements et leurs échecs. "Une génération vient, une génération va, et la terre reste." Rien de nouveau, sous le soleil. ***
C'est par l'échange et le partage, le dialogue établi en confiance, que ce passage de témoin pourra s'effectuer harmonieusement ; et par le soutien réciproque, que les générations resteront solidaires et vivantes, en bonne intelligence. La guerre des générations n'aura pas lieu. ****
Claude Caillart - Mai 2026
* Lire "Le temps de l'obsolescence humaine", par Bruno PATINO, chez Grasset
** Titre d'un poème de Paul ELUARD
*** Écclésiaste 1,4
**** Lire le livre "La guerre des générations aura-t-elle lieu ?", par Serge GUÉRIN et Pierre-Henri TAVOILLOT, chez Calmann-Lévy